ÉVÊOUE DE SAINT-HYACINTHE
Saint- Hyacinthe, le 4 janvier 1909.
Monseigneur,
C'est avec bonheur que j'ai reçu votre nouveau livre Droit public de l' Eglise, dont vous voulee bien me faire hommage. Nul livre, en effet, ne saurait mieux venir à son heure. Car, dans ces temps où l'on remet tout en question, où l'on sape par la base toute autorité, quel est le grand danger qui menace notre peuple, si religieux qu'il soit demeuré, si attaché qu'il soit toujours à sa foi? Je ne crains pas de le dire, après beaucoup d'autres, c'est son ignorance de sa religion, c'est son ignorance des principes généraux, qui sont comme l'arsenal où on trouve des armes pour répondre à toutes les attaques. Parce que notre foi, ici, ne souffre pas la persécution, on sent moins le besoin de l'étudier, d'en sonder les fondements, ou sent moins le besoin de se rendre compte des droits de l'Eglise du Christ. Aussi, qu'arrive-t-il? Quand l'attaque se produit, quand on répand dans notre peuple, sous l'aspect séduisant d'une thèse raisonnée, les doctrines qui délimitent parcimonieusement le champ d'action de l'Eglise, qui la renferment toute dans l'administration des rites sacrés, qui écartent son action et son influence de la vie même de notre société, on ne sait que répondre, on ne sait plus voir la vérité, on se laisse facilement glisser sur la pente rapide
de l'erreur. Le remède à ce mal, à ce danger, c'est évidemment l'étude du vrai, c'est la connaissance de la vérité.
Votre livre. Monseigneur, où on retrouve les qualités de méthode, de clarté, de précision scientifique, auxquelles vous nous avez accoutumés et qui font vos écrits si faciles à lire en même temps que si pleins de doctrine, mettra à la portée de tout le monde, des laïques comme des prêtres, les plus précieuses connaissances, leur permettra l'étude du vrai, leur donnera cette science que rien ne peut remplacer, et les préservera ainsi du danger auquel je viens de faire allusion. En leur exposant les principes généraux immuables, en leur montrant ce qu'est l'Eglise et ce qu'est la société civile, votre livre leur fera voir les relations qui doivent exister entre ces deux sociétés faites pour s'aider mutuellement et pour travailler ensemble, chacune dans sa sphère, mais dans l'harmonie des plus hautes aspirations, au bonheur de l'homme.
Puisse donc votre livre être lu et étudié, Monseigneur ! Je le souhaite pour vos lecteurs et même pour la nation plus encore que pour vous, plus encore que pour la récompense légitime de vos travaux, puisque c'est ainsi que se fera le bien que vous ambitionnez.
Agréez, Monseigneur, avec mes félicitations les plus sincères et mes meilleurs remerciements, l'assurance de mon entier dévouement en N.-S.
t A.-X., Ev. de Saint-Hyacinthe.
LETTRE DU R. P. A.-M. LEPICTER