L'abbé Gosselin, Henri de Bernières, pp
Ht voilà pourquoi ce qu'elle demande à nos gouvernants, ce n'est pas de proscrire les autres cultes ni d'ostraciser les citoyens qui ne partagent pas ses croyances, mais d'octroyer et de conserver aux catholiques, dans la répartition des faveurs légales, la part de haute justice et de nécessaire liberté qui leur revient. A ceux qui sont ses enfants, elle rappelle en même temps le devoir très sérieux qui leur incombe, de travailler de toutes manières à la diffusion de sa doctrine, au soutien et au progrès de ses institutions, au développement légitime de son action publique et de son influence nationale.
Tout à l'heure, Messieurs, nous nous sommes demandé si la théorie catholique des relations de l'Eglise et de l'Etat est vraiment réalisable. Et pendant que nous cherchions dans le spectacle du passé une réponse affirmative à cette question, le présent, de son côté, semblait nous infliger le démenti le plus cruel en nous transportant bien loin de l'idéal chrétien.
Ce sera l'honneur du XIXe siècle d'avoir vu, sous l'impulsion d'un homme d'Etat véritablement digne de ce nom, une jeune république américaine relever le drapeau du Christ et, d'une main fière, l'arborer au frontispice de ses parlements et de ses palais.
L'histoire de Garcia Moreno est trop connue pour qu'il soit besoin de l'esquisser ici, même brièvement *. Je dirai seulement que l'exemple de ce grand chrétien, reconstruisant sur des débris une nation officiellement catholique, mérite toute notre gratitude et notre admiration. Je dirai que cet exemple, venu en un temps où les principes faiblissent, où les caractères baissent, où les convictions s'effacent, console de bien des misères, de bien des défections et de bien des ruines. Je dirai qu'il démontre, contre les affirmations de l'école libérale, une vérité contestée par elle, et pourtant certaine : c'est que même de nos jours, avec de la foi, du nerf, de la ténacité, un homme, un
i. Voir Garcia Moreno, Président de V Equateur, vengeur et martyr du droit chrétien (1821.-1875) , par le Père P. -A. Berthe.
groupe d'hommes, à plus forte raison uu gouvernement, est capable non seulement d'imposer le respect de l'Eglise catholique et de ses droits, mais encore, selon les circonstances, d'assurer à cette même Eglise la place qui lui couvient dans le monde, d'étendre le rayon de son action, de favoriser l'expansion de sa doctrine, de faire régner Jésus-Christ sur les hommes et sur la société K
i. A l'exemple de l'Equateur s'ajoute celui de la Colombie consacrée, il y a quelques années, au Sacré-Cœur de Jésus, et qui, au congrès eucharistique de Bogota, a fait par l'organe de ses chefs politiques une déclaration où se lisent les belles paroles suivantes : " Grande erreur que la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Loin de se contredire, ces sociétés ont toutes deux pour fin la perfection et le bonheur de l'homme ; elles doivent donc concourir amicalement, chacune dans sa sphère, à les réaliser par des moyens appropriés, avec cette différence toutefois que le domaine de l'Eglise est plus vaste et plus élevé. Une nation convaincue de cette vérité, comme est la nôtre, échappera à tous les dangers, car l'unité religieuse est l'âme et la sauvegarde de l'unité nationale. "