‹ Droit public de l'église (volume 3)Chapitre 150 sur 199 · Ibid.y Q. XI, a · texte numérisé non relu

Ibid.y Q. XI, a

2. M. l'abbé Vacandard, dont les idées sur le pouvoir coercitif de l'Eglise ne s'accordent guère avec l'antique législation chrétienne contre l'hérésie, prend à partie les défenseurs de cette législation, entre autres saint Thomas d'Aquin, dont il parle avec une légèreté voisine du persifîlage. {L* Inquisition, pp. 205-21 1, 2e éd.) . Les coups du moderne critique, plus féru d'érudition que de doctrine, n'ont pas de quoi ébranler la réputation de ferme bon sens et de lumineuse logique du premier des théologiens de l'KgHse catholique.

et de persuasion. Innocent III, dont on a chargé la mémoire de cruautés mensongères, disait dans un sermon:1 "La ligue des hérétiques doit être détruite par une instruction fidèle, car le Seigneur ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et vive. " Voilà pourquoi saint Dominique, l'illustre fondateur des Frères-Prêcheurs, promena pendant plusieurs années, à travers les provinces méridionales de France, ie flambeau de sa parole apostolique et l'exemple de sa vie pénitente.

Mais la douceur seule demeurant insuffisante pour sauver la société menacée, il fallut recourir aux mesures de rigueur. La guerre aux sectaires fut déclarée, et l'Inquisition fut créée 2.

On a souvent dénaturé le sens de ce mot "inquisition": hâtons-nous de le bien fixer.

Inquisition veut dire ici tribunal établi et organisé par l'autorité ecclésiastique, avec le concours de l'autorilé civile, pour la recherche et la répression des actes tendant au renversement de la religion. — De tout temps sans doute les évêques, dans leur zèle pour la défense de la foi, se rirent un devoir grave d'opposer une digue au flot des doctrines hérétiques. Mais, à l'époque dont nous parlons, le progrès constant et l'affreux débordement de ces doctrines rendaient nécessaire une institution spécialement chargée de s'en enquérir et de les réprimer 3.

f. Hurter. Hist du Pape Innocent III, t. III, p. 41.

2. Mgr Douais, dans son ouvrage Inquisition, ses origines, sa procédure, 1ère P., attribue la création, par le Pape, de ce nouveau mécanisme juridique non pas seulement au désir de triompher de l'hérésie, mais encore à celui d'écarter du domaine doctrinal l'ambitieuse action de l'empereur Frédéric II.

3. " Contenue en germe dans les prescriptions du concile de Vérone en 1184 et du IVe de Latran en 1215, l'Inquisition ne devint permanente qu'au sortir de la guerre des Albigeois parle décret du concile de Toulouse en 1229, ordonnant aux évêques de charger, dans chaque paroisse, un ecclésiastique et quelques laïques de veiller sur les fidèles et de rechercher ceux des paroissiens qui paraîtraient suspects d'hérésie. Quelques années plus tard, en 1233, parut la fameuse bulle Ille humani generis de Grégoire IX, premier acte officiel d'institution " (Gaffre, ouv. cit., pp. 37-38). La mise en œuvre de. l'Inquisition fut confiée aux Frères Prêcheurs et Mineurs, sous la haute direction des évêques ; lesquels, défenseurs nés de l'orthodoxie, ne cessaient pas pour cela de jouir du

L'Inquisition eut donc pour mission de rechercher les coupables ou suspects d'hérésie, de les examiner, de juger s'ils pouvaient encore faire partie de l'Kglise ou s'ils devaient, branches flétries, être séparés de ce tronc vénérable.

A travers certaines rigueurs qu'expliquent les mœurs du temps et la haute gravité des intérêts en jeu, la procédure inquisitoriale laisse voir suffisamment la charité maternelle et la justice miséricordieuse de l'Kglise. " Avant de procéder, dit Cantù, l'Inquisition donnait deux avertissements 1 ; elle n'arrêtait que les obstinés et les relaps, acceptait le repentir de tout individu qui abjurait son erreur, et se contentait souvent de châtiments moraux. Elle sauva donc beaucoup de personnes que les tribunaux séculiers auraient condamnées 2 ".

Dans l'application des peines temporelles, la justice inquisitoriale se contenta au début de corrections pénitentielles, telles que jeûnes, pèlerinages, disciplines publiques. Plus tard, en proportion du mal lui-même, les pénalités s'aggravèrent. On statua contre les coupables la confiscation des biens, le bannissement, la déclaration d'infamie, l'incapacité de témoigner, d'ester en justice, d'exercer aucune fonction publique, la détention temporaire ou perpétuelle " dans une prison tolérable et humaine 3 ".

L,e repentir pouvait donner lieu à une commutation, à une diminution, à une suppression même de peine 4. Que si l'in-

droit inquisitorial inhérent à leur charge. — An XVIe siècle, les envahissements du protestantisme décidèrent les souverains pontifes à centraliser les tribunaux de l'Inquisition en une importante congrégation romaine, d'un caractère à la fois doctrinal et judiciaire, la S. Congrégation de l'Inquisition ou le Saint-Office, la première des congrégations cardinalices qui entourent le Saint-Siège.

1. Saint Thomas d'Aquin, dans un des articles de la Somme cités plus haut, signale ce charitable procédé de l'Kglise soucieuse de se conformer aux prescriptions de l'Apôtre (Tit. III, io) .

2. Les hérétiques Italie, vol. i, Disc. 5.- Cf. Vacandard, ouv. cit., p. 236.

Page 1