Léon XIII, encycl. Liber tas prœstantissimum
C'est une faculté précieuse. Et qui mieux que l'Eglise en a soutenu la cause et revendiqué les droits contre les fatalistes de tous les âges? Qui en a réglé la marche et favorisé les applications avec plus de zèle, plus de vaillance, et plus d'intelligence que la hiérarchie catholique?
N'est-ce pas l'Eglise qui, la première, a brisé la double servitude dont le joug, pesant et cruel, opprimait l'homme et dans son âme et dans son corps? N'est-ce pas elle qui, répétant ces sublimes paroles : Vous êtes tous frères dans le Christ, 1 lui a appris à prendre conscience de lui-même, de ses destinées, et de sa grandeur, et qui, de saint Paul 2 à Léon XIII, 3 de Grégoire le Grand au cardinal Lavigerie, tantôt par des principes et des leçons, tantôt par des exemples et par des œuvres, a peu à peu fait tomber les chaînes que traînait partout dans l'opprobre une si large portion du genre humain dégénéré?
Dans l'ordre domestique, quel n'a pas été le rôle salutaire et émancipateur de l'Eglise? La tyrannie du père de famille, que ne gênait ni la religion ni la loi, écrasait de tout son poids les faibles êtres soumis à sa puissance: elle trafiquait de l'honneur de la femme, elle jouait avec la vie de l'enfant. L'Eglise, en proclamant l'unité et l'indissolubilité du mariage, a rétabli dans ses droits l'épouse opprimée ; par sa doctrine sur le prix de l'âme humaine, par son zèle à rappeler et à inculquer le devoir paternel et à prendre elle-même soin des tout petits exposés ou abandonnés, elle s'est montrée la vraie libératrice de l'enfance et de la jeunesse.
L'âge moderne exalte bien haut, et va jusqu'à présenter comme une conquête arrachée malgré l'Eglise au despotisme de l'ancien régime, les libertés civiles et politiques. Ces libertés, réelles en quelques pays, ne sont qu'apparentes en certains