‹ Droit public de l'église (volume 3)Chapitre 18 sur 199 · Encycl. Immortale Dei · texte numérisé non relu

Encycl. Immortale Dei

cette conséquence fatale que tout peut changer au gré du peuple, et qu'il y a toujours à craindre des troubles".

Pour nous, quoi qu'en disent quelques auteurs du reste fort recominandables ce jugement très clair clôt définitivement le débat; et si jadis certains théologiens, préoccupés qu'ils étaient de combattre l'opinion régalienne, d'ailleurs insoutenable, sur les monarchies de droit divin, ont outré le rôle du peuple dans l'institution du pouvoir social et fourni le thème d'honnêtes discussions, l'incertitude là-dessus ne nous semble plus permise2.

Résumons cette controverse en trois mots. — L'autorité est inséparable du concept de société. Or, la société, tout en se formant par le concours de certains faits, de certaines causes historiques, procède néanmoins de la nature et de l'auteur de îa nature qui est Dieu. Donc l'autorité elle-même, tout en restant soumise aux diverses conditions qui en règlent ou en modifient l'actualisation, tient ses pouvoirs, non de la volonté populaire, mais du droit naturel et de Dieu.

La question, en vérité, n'est pas oiseuse ; car c'est au nom de la souveraineté du peuple que les meneurs révolutionnaires de tous les temps et de tous les pays ont cherché à légitimer leurs plus criminels attentats. Ç'a été le principe menteur invoqué par Cavour et par Victor Emmanuel dans leur guerre sacrilège contre le Pape-Roi ; c'est encore le prétexte commode de tous les semeurs de désordre, de tous les fauteurs de sédition, de tous les oppresseurs du droit par la force brutale du nombre. Aux yeux de ces hâbleurs et de ces affamés de pouvoir, le dernier mot de la justice n'est pas dans la loi de Dieu ; il repose au fond de l'urne électorale, et toute la grandeur, toute la sagesse politique consiste â faire sortir de cette urne, par ce qu'on appelle des moyens habiles, l'oracle vainqueur d'une majorité aveugle et crédule. C'est, en réalité, la négation même du droit et la ruine de la morale sociale.

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