LETTRE DE S. G. MGR PAUL LAROCQUE
ÊVÊQUE DE SHERBROOKE
Evêché de Sherbrooke, le 5 décembre 1908.
Monseigneur,
J'ai parcouru attentivement votre livre Droit public de V Eglise, dont vous avez eu l'obligeance de m'adresser un exemplaire. Je viens aujourd'hui vous dire tout le plaisir que m'a causé la lecture de ces pages dans lesquelles, avec une lumineuse clarté et une grande sûreté de doctrine, vous avez exposé et développé un sujet dont l'importance, pour tous les catholiques de notre pays, ne saurait être, raisonnablement, mise en doute.
La connaissance du droit public de l'Eglise s'impose, aujourd'hui surtout, dans notre cher Canada comme dans tous les autres pays. Eu effet, avec la forme populaire de gouvernement qui nous régit, tous, les plus humbles comme ceux des classes dites dirigeantes, sont souvent appelés, par leur vote, à approuver ou à rejeter des mesures qui touchent intimement aux droits sacrés de l'Eglise catholique.
L'Eglise au Canada, et principalement dans la province de Québec, a des droits que lui reconnaît la constitution qui nous gou-
verne. Ces droits, tout catholique ne doit-il pas avoir à cœur de les défendre ? Sur plusieurs points notre constitution ne concorde pas avec la divine constitution de l'Eglise; tout catholique, s'il a dans le cœur cet amour pour la Sainte Eglise, qu'un fils doit avoir pour sa mère, ne doit-il pas se dire qu'il y a pour lui un grave devoir de travailler, dans la mesure du possible, à remédier à ce mal? Ce devoir, tous nos catholiques canadiens en réaliseront davantage l'importance et la gravité, quand, à la resplendissante clarté des fortes thèses que vous développez dans votre livre, ils connaîtront mieux la constitution essentielle que Jésus-Christ a voulu donner à son Eglise.
Les Canadiens aiment l'Eglise, sans doute; ils restent encore profondément attachés aux pratiques de la foi dans laquelle Elle les a engendrés et ils savent, en maintes circonstances difficiles, faire preuve d'un admirable dévouement à promouvoir ses intérêts.
En dépit de cette consolante mentalité catholique, nous sommes bien obligés, cependant, d'avouer que trop souvent, même chez ceux qui forment ce qu'on appelle la classe instruite, l'ignorance de la vraie notion de l'Eglise, de sa constitution, de ses lois, se trahit d'une façon aussi évidente que lamentable. Est-ce bien à l'heure présente où de multiples erreurs, subversives des droits de l'Eglise, cherchent, non sans quelque succès, à s'implanter parmi nous, que les catholiques instruits peuvent, sans s'en faire un reproche, se contenter de croire et ne s'imposer aucun travail pour approfondir les raisons de leur croyance? De nos jours, tant de législateurs s'appliquent à nier à l'Eglise, l'un après l'autre, ses droits, dans la société civile, qu'un catholique ne serait pas à la hauteur de sa position si surtout, mêlé à l'administration de la chose publique, il ne connaissait point clairement, dans toutes les questions où les droits de l'Eglise sont en jeu, ce qu'Elle peut exiger de son dévouement, ce qu'un impérieux devoir de conscience l'oblige à lui reconnaître et à travailler loyalement à lui procurer ou à lui conserver.
Ces connaissances essentielles sur la constitution de l'Eglise et ses rapports avec la société civile, si nécessaires à tout catholique instruit, vous les mettez à la portée de tous. Il est bien à désirer que votre beau et solide ouvrage soit dans les mains de tous nos catholiques qui jouent un rôle, modeste ou considérable, dans le monde de la politique, de la magistrature, du journalisme, et même de la finance. Nos jeunes aspirants aux professions libérales et ceux qui sont déjà à leurs premiers débuts dans cette carrière, passeront des heures délicieuses à se pénétrer de la saine et lumineuse doctrine que leur présente votre livre. Cette étude les aidera singulièrement à réaliser leurs généreuses aspirations de catholiques convaincus : se préparer aujourd'hui, parla prière et l'étude, auxluttes que, demain
peut-être, ils devront soutenir pour la défense de la Sainte Eglise et de l'intégrale vérité catholique.
Vous avez donc, Monseigneur, en nous donnant votre Droit public de l'Eglise, fait une bonne œuvre, une œuvre parfaitement opportune, utile à l'Eglise et à notre patrie canadienne : je suis heureux de vous en féliciter et de vous en remercier.
Veuillez agréer, Monseigneur, l'assurance de mes sentiments affectueux et dévoués.
f Paui,, Ev. de Sherbrooke.