Duballet, ouv. cit., t. II, p
les limites de l'équilibre ou de l'égalité juridique des deux puissances. Il va plus loin, et, conformément à l'idéal absolutiste qu'il s'est créé, il soutieut carrément la subordination de V Eglise à PEtat. C'est le second système ou la seconde théorie faisant revivre dans le monde chrétien, au moins à certains égards et dans une certaine mesure, cette conception païenne de la société qui concentrait dans les mains de l'Etat l'universelle domination des corps et des âmes.
Que de fois les souverains de Byzance, les empereurs d'Allemagne, et tant d'autres ambitieux couronnés, renouvelèrent, en empiétant sur la juridiction religieuse, les antiques usurpations du pouvoir civil ! Personne n'ignore qu'au XVIe siècle l'œuvre principale de la Réforme fut d'arracher les églises à l'autorité du Pontife romain, pour les mettre sous la tutelle et le gouvernement des princes. Puis les rois gallicans, en s'arrogeant sur le pouvoir religieux une suprématie au moins partielle, frayèrent la voix aux prétentions d'une suprématie totale. 1
Cette théorie césarienne, dont le libéralisme juridique contemporain n'est que l'écho, trouva sous Napoléon un interprète digne d'elle. "Il faut, disait Portalis \ qu'il y ait une puissance supérieure qui ait droit. . .de lever tous les doutes et de franchir toutes les difficultés. Cette puissance est celle à qui il est donné de peser tous les intérêts, celle de qui dépend l'ordre public et général, et à qui seule il appartient de prendre le nom de puissance dans le sens propre ... La société religieuse a dû reconnaître dans la société civile, plus ancienne, plus puissante, et dont elle venait faire partie, l'autorité nécessaire pour assurer l'union ; et le souverain est demeuré maître de faire prévaloir l'intérêt de l'Etat dans tous les points de discipline où il se trouve mêlé, à la charge d'en répondre à Dieu seul ."
Parmi les partisans de cette théorie, les uns attribuent à l'Etat sur les choses sacrées un pouvoir positif. C'est ce qu'ex-
t. Dom Benoît, Les erreurs modernes, t. II, p. 371.