Cf. V Univers, 31 mars
à sa guise le siège de ses tribunaux et le foyer central de ses affaires \
Des protestations se sont fait entendre, dont les accents répétés de Pie IX à Léon XIII, de Léon XIII à Pie X, n'ont cessé d'entretenir au fond des âmes chrétiennes l'idée nette et le sens très vif du droit outragé. Le Pape ne pouvait se taire ^. Ces revendications courageuses se sont répercutées dans les sphères les plus hautes du monde catholique, dans les congrès, dans les parlements, dans les universités. Et en Italie elles ont pris une forme spéciale et, pour ainsi dire, permanente : nous voulons parler de la défense faite par le Saint-Siège aux catholiques italiens de participer, sous le présent régime, soit comme électeurs soit comme candidats, aux élections politiques. Cela n'est ni expédient ni permis ^ Le Pape ne veut pas que les fils soumis de l'Eglise osent, sans son autorisation, et dans une ville qui demeure, de droit, sa capitale, prendre part aux fonctions législatives; qu'ils apportent au gouvernement spoliateur, sans une raison suffisante dont lui seul est le juge "*, l'appui même indirect d'une attitude qu'on interpréterait bien vite comme une acceptation des faits accomplis.
Dans le même esprit de protestation ferme et persévérante, il a été réglé que les chefs des nations catholiques, surtout si euxmêmes sont nés dans le catholicisme, devaient par déférence pour le Saint-Père et par respect pour sa souveraineté temporelle, s'abstenir dans les circonstances présentes de faire vasite, à Rome, au roi d'Italie. Car, dit le Livre blanc du Saint-Siège '\ « la visite officielle et solennelle rendue au roi d'Italie à Rome dans le palais
• I. Cf. Solution de la question romaine, trad. Guérin, ch. III, art. 2.
2. Cf. La Vérité sur la question romaine, par B, O. S., V: Pourquoi le Pape ne se tait pas.
3. Non expedit et non licet; cf. Solution de la question romaine, ch. IV, art. 4; Mgr de T'Serclaes, Le Pape Léon XIII, ch. XXX.— Le terrain des élections communales et provinciales reste cependant accessible aux catholiques.
4. Cette raison suffisante, elle semble aujourd'hui se rencontrer dans la nécessité de protéger l'ordre social, l'école, la famille, la religion, contre le socialisme grandissant. Voilà pourquoi le Saint-Siège vient de permettre aux catholiques de se jeter dans la mêlée électorale et d'entrer au parlement.
5. La Séparation de VLglise et de l'Hlat en l'rance. Expose et documents, ch. VIII (Questions actuelles, t. LXXXIV).
apostolique du Quirinal signifie de par sa nature même, et nonobstant toute déclaration contraire préalablement faite, l'approbation tacite et la reconnaissacne du statu qiio. » Le premier, M. Loubet, président de la République française, eut le triste courage d'enfreindre la règle établie, et de se rendre .officiellement coupable, envers le Pape et envers ses droits, d'une offense grave que les souverains catholiques avaient jusque-là soigneusement évitée. Contre cette démarche offensante, le Saint-Père dut élever «les plus fomielles et explicites protestations^», protestations d'autant plus justes que la France, dès ses origines, se trouvait unie au Pontificat romain par des liens plus étroits.
Sur une question qui touche de si près à l'indépendance du pouvoir religieux, comme sur toute autre question de principe, la Papauté ne saurait transiger. L'Etat pontifical, quoique ressortissant à la juridiction de l'Evêque de Rome, appartient en quelque sorte à l'Eglise entière, et le Pontife romain ne pourrait, en eût-il la tentation, abdiquer ses droits de prince temporel sans violer de solennels serments ^. Il y a donc pour lui un devoir rigoui^eux et un engagement sacré de repousser sans équivoque toute proposition inconciliable avec son titre de Roi.
Tous, nous l'avouons, ne pensent pas ainsi.
Beaucoup d'esprits modérés, de diverses nuances religieuses, déplorent le fossé profond creusé entre l'Italie unitaire et le Chef vénéré de trois cents millions de catholiques; et ils s'efforcent à découvrir le moyen de combler ce fossé.
Un sénateur italien, M. Scotto Pinto, a émis l'opinion que la souveraineté civile des provinces romaines pourrait, sans inconvénient, être échangée par le Pape avec celle d'un autre Etat, en particulier de la Sardaigne ^\ Ce projet est inadmissible: il rompt avec le passé, avec toute l'histoire de la Papauté; il en détourne les destinées, et il en compromet l'action essentielle. Dès le principe et providentiellement, c'est, — nous l'avons vu, — ^^à la chaire
1. Ihid., Document XXVI. — Ici encore, le Saint-Siège, mû par des raisons d'ordre majeur, a cru devoir, tout récemment, relâcher les règles établies (Benoît XV, encycl. du 28 mai 1920).
2. Encyl. de Pie IX, 19 janv. 1860; lettre de Léon XIII au card. Rampolla, 15 juin 1887.