‹ Droit public de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 130 sur 260 · L'ÉGLISE ET LA POLITIQUE · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE ET LA POLITIQUE

Le pouvoir vient de Dieu. Les formes du pouvoir viennent des hommes.

Les hommes s’agitent autour des systèmes et des régimes politiques qu’ils créent et qu’ils célèbrent, qu’ils abhorrent et qu'ils battent en brèche.

Dans cette fièvre et dans ces luttes pour le commandement, il est rare que les esprits gardent un juste milieu et que les passions, fouettées par le vent du jour, ne se portent Pas aux extrêmes. Le sol de l’histoire politique est jonché de débris. Notre époque ne le cède à aucune autre en ce genre de conflits. Tout au contraire. Les idées nouvelles semées dans le monde par la tourmente révolutionnaire ont fait, entre les partis, la compétition plus âpre et les dissentiments plus profonds. Un large fossé a été ouvert. En face des dynasties caduques se dresse une démocratie ambitieuse.

I. Si nous parlons, sous le titre général d'œuvre sociale catholique, des rapports de l'Eglise avec la politique, c’est que le mot “ social ” peut être entendu de deux manières: dans un sens large et dans un sens restreint. Dans son sens large, ce mot s'applique à l'ensemble des questions religieuses, politiques, économiques, qui concernent les groupements sociaux. Dans son sens restreint, il est réservé par l'usage aux seules questions où l'ordre économique et moral est particulièrement intéressé. (Cf. Action populaire: Guide Socic', 1912, pp. 17-18).

Deux cemps bien tranchés, et très opposés l’un à l'autre, se partagent les tendances et les prétentions des meneurs. Les uns, et ils sont nombreux, condamnent sans restriction l’ancien régime; les autres, et ils sont tenaces, maudissent sans scrupule les régimes nouveaux. Pour ceux-là, le sceptre monarchique n’est qu’une force arrogante et un symbole de despotisme; pour ceux-ci, l'influence populaire n'est qu'un produit d'erreur et un élément de désordre.

L'Eglise, dans les écrits de ses chefs et de ses docteurs, se montre plus impartiale et plus juste.

Sans cacher pour la forme politique la plus stable certaines préférences théoriques, elle ne reconnaît aux maisons royales ni des titres de droit divin, ni des privilèges d’immunité contre l’erreur et l'abus. Elle flétrit l'oppression du peuple et l’oppression des âmes dont tant de monarchies, anciennes et modernes, se sont rendues coupables, et elle suspend son admiration devant l'autocratie où le caprice d’un homme suffit pour déchaîner les guerres les plus injustes et les plus meurtrières.

Elle n’entonne pas pour cela l'hymne démocratique. Elle n’oublie ni ne méconnaît les gloires incontestables du passé. Les doctrines et les excès démagogiques lui répugnent et lui font horreur. La démocratie * elle-même est à ses yeux chose complexe qu’on ne peut, au nom des principes catholiques, ni accepter sans réserve, ni réprouver globalement. Et c’est pourquoi elle distingue avec soin ce qui lui paraît être l’essence même du régime populaire, et ce qui en est plutôt une déviation trop fréquente et une corruption périlleuse. Le nivellement des classes et la souveraineté du peuple * con-

1. “La forme du gouvernement naît de l'ensemble des circonstances historiques ou nationales, mais toujours humaines, qui font surgir dans une nation ses lois traditionnelles et même fondamentales” (Léon XIII, encycl. au clergé de France, 16 fév. 1892). er

2. Nous prenons ici le mot “ démocratie” dans son sens politique; plus loin, on verra ce qu'il faut penser de la démocratie prise dans le sens social que ce terme comporte.

3. Cf. Droit public de l'Eglise. Principes généraux, App. — Vers la souveraineté du peuple glisse manifestement le referendum, c'est-à-dire la consul-

damnés par les docteurs catholiques et par les papes, notamment par Léon XIIL: et Pie X?, constituent un genre politique spécial et un concept démocratique erroné. On ne peut pas dire, pour parler avec précision, que ce concept et ce genre sont /a démocratie ?.

Ces distinctions faites, l'Eglise s'éloigne avec prudence de l'arène où les factions se heurtent et où les ambitions sont aux prises. Elle laisse à ses enfants une juste liberté de discussion et d’appréciation ; mais elle se garde de river elle-même son sort à un mode quelconque de domination politique. « Divers gouvernements politiques, écrit Léon XIII *, se sont succédé en France, et chacun avec sa forme distinctive: empires, monarchies, républiques. En se renfermant dans les abstractions, on arriverait à définir quelle est la meilleure de ces formes ® considérées en el!esmêmes; on peut affirmer également en toute vérité que chacune d'elles est bonne®, pourvu qu'elle sache marcher droit à sa fin, c’est-à-dire le bien commun, pour lequel l'autorité sociale est constituée; il convient d'ajouter finalement qu’à un point de vue rela-

tation, non pas simplement accidentelle, mais systématique et constitutionnelle, par laquelle les citoyens sont appelés à se prononcer directement sur ‘out acte législatif important.

Page 1