‹ Droit public de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 185 sur 260 · LE IL · texte numérisé non relu

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ployeurs et les employés; elle les fait se rencontrer et fraterniser ensemble non seulement sur le théâtre du travail, mais dans les cercles où ils délibèrent, au pied des autels où ils prient, dans les œuvres de charité et d'économie sociale auxquelles ils prennent part. C'est la famille corporative, modelée en quelque sorte sur la famille naturelle ?.

Organisation utile, organisation magnifique sans doute, et qu'il est bon d’implanter en toute terre propice, mais que les circonstances rendent, dans beaucoup d’endroits, peu pratique et malaisément réalisable. Il y faut, en ce cas, suppléer par un autre moyen et par une combinaison qui, au lieu de laisser les syndicats ouvriers et les syndicats patronaux face à face et comme en défiance, les rattache par un lien commun et par une force arbitrale et conciliatrice. C’est ce que demande Léon XIII, lorsqu'il dit ?: « Que les droits et les devoirs des patrons soient parfaitement conciliés avec les droits et les devoirs des ouvriers. Afin de parer aux réclamations éventuelles qui s'élêveraient dans l’une ou dans l’autre classe au sujet de droits lésés, il serait très désirable que les statuts chargeassent des hommes prudents et intègres, tirés de son sein, de régler le litige en qualité d’arbitres. »

C'est le rôle de ce qu’on a appelé les commissions mixtes, ou conseils de travail, ou tribunaux d'arbitrage. Ces institutions, composées de représentants des patrons et de représentants des ouvriers, revêtent différents modes: elles peuvent être ou perma-

1. Cf. Léon Harmel, Manuel d’une corporation chrétienne; où l'on trouve décrite l'œuvre corporative que Léon XIII a louée en ces termes: “ Nous félicitons les excellents patrons qui ont entrepris et exécuté une œuvre si remarquable; Nous félicitons les ouvriers qui se sont montrés dociles à leur parole ; et Nous exhortons tous les maitres et tous les ouvriers des grandes usines, dans l'intérêt de la religion et de la patrie, aussi bien que dans leur intérêt propre, à considérer l'ordre, la paix, la charité mutuelle qui règnent dans les ateliers du Val-des-Bois, et à s'efforcer de suivre un si bel exemple ” (Bref à l'Archevêque de Reims, 21 avril 1879).

2. Encycl. Rerum novarum. — Cf, la Civiltà cattolica, 6 juin 1914 (p. 539) ; les Etudes, 5 août 1914 (p. 344).

mentes ou provisoires; des comités inférieurs dits de réclamation ou de conciliation, où les griefs soient d’abord déférés, peuvent y être subordonnés et annexés. Les commissions mixtes fonctionnent avec satisfaction en plusieurs pays; par elles, des différends graves ont été réglés, et de plus graves conflits sociaux ont pu être évités !,

C'est grâce à cette collaboration pacifique des ouvriers et des patrons, et c'est aussi grâce au zèle intelligent et dévoué d'autres laïques influents que la pensée et l’action religieuse, dans la question sociale, pourront porter tous leurs fruits.

Les classes supérieures ont ici un rôle considérable à remplir. Dans la direction du mouvement ouvrier dont nous savons la nécessité impérieuse, elles sont les auxiliaires naturels de l'Eglise. Aussi Léon XIII déclare-t-il que, pour améliorer la vie du peuple, “on doit surtout faire appel au bienveillant concours de ceux à qui leur situation, leur fortune, leur culture d'esprit ou leur culture morale assurent dans la société plus d’influence », Le Pape ajoute* “que c’est pour eux un devoir rigoureux de s'occuper du sort des petits. Car, dans la société, chacun ne vit pas seulement pour ses propres intérêts, mais aussi pour les intérêts communs ‘ ».

Le comte de Mun a mis en belle lumière ce devoir des classes élevées. « Le bon sens, dit-il‘, et l’observation des faits m'ont ap-

1. Action populaire de Reims, Guide social, 1912, p. 168. — Les comités mixtes de conciliation ont été récemment loués et recommandés par l'épiscopat irlandais. j

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