V. III
Des rivalités sans nombre subsistèrent. Je n'en donnerai qu'ua .exemple : après de longues contestations entre les maîtres des eaux et forêts et le bailli de Mantes touchant leurs droits respectifs de juridiction, il fut décidé, en 1386, que le bailliage et les eaux et forêts resteraient à Mantes à Tétat permanent de rivaux qui s'observent; ce qui en droit aboutit à cette formule : le bailliage de Mantes et l'administration des eaux et forêts de Mantes connaîtront par prévention des délits commis ^sdites eaux et forêts*. — J'ai déjà parlé dé ce système très simple de la prévention, procédé heureusement imaginé pour faire pénétrer Tordre dans Tanarchie elle-même.
Le service des eaux et forêts jouissait, au xv* siècle, d'une mauvaise réputation. En 144S, Jean Juvénal des Ursins en parle en termes très sévères : il engage son frère, le chancelier, à rendre tout simplement aux baillis les eaux et forêts. « Et faittes « oster, lui écrit-il, ces offices des eaux et forestz qui ne sont que « mengeries, carlesbaillifz et seneschaulx le feront bien". »
 beaucoup de bons esprits cette multiplication des services semblait abusive : ainsi, en 1413, l'Université et la ville de Paris avaient demandé la suppression des élus et des receveurs spéciaux dont nous parlions à l'instant, pour ces services être
qui pourrait être, disait-on, très aboodaut (voyez uo texte de 1330 environ, cité par M. Moranvillé dans Hibl, de i' Ecole des chartes, t. XL VI II, p. 394, note 4 in fine). De là évidemment ces ordonnances diverses relatives aux eaux. En 1344, malgré les ordonnances de 1320 et 1333, les maîtres dont nous nous occupons sont qualifiéa tt maistres des forests et des yaues : » ils sont au nombre de sept : la présence de ce mot yaues en 1344 permet de supposer, avec M. Moranvillé, que les ordonnances de 1320 et de 1333 étaient fort mal obéies.
4 Ord.f t. XII, pp. 148, 149. Il y avait en Franche-Comté deux baillis : le bailli d'amont et le bailli d*aval. En 1337, apparaît, avec un nom spécial, on troisième bailli, qui enlève aux deux autres tout ce qui concerne Tadminlstration des forêts ; c'est le gruyer (Coulon, Etude sur les forêts de Franche- Comté, thèse manuscrite présentée à TEcole des chartes en 1893, p. 56). Lajuridiction des maîtres des eaux et forêts une fois admise pour les cas touchant directement les eaux et forêts, les difficultés et les conflits sont loin de disparaître : on jugera assez bien de la complexité de ce domaine juridique, en lisant avec attention Part. 233 de l'ordonnance cabocbieone (édit. Co ville, pp. 157, 158).
3 Jean Juvénal des Ursins, EpUreau roi^ dans ms. fr. 2701, fol. 116 ro ; cf. fol. 55 V*. En 1483, Louis XI parle des fraudes et abus qui se commettent dans ce service «t retire au « souverain mitlre des eaux et forêts » le droit de nommer aux office» relevant de aa direction (Ord , t. XIX, pp. 110, 111).