Varges, de Statu JEg. p
-'. Leironne, Rech. l. l. C. I. Gr. 4679.
dans la Moyenne Egypte, seulement les Grecs d'Hermopolis et les Anlinoéens, enfin, collectivement, tous les Grecs habitant la Basse et la Haute Egypte; car par nome Thébaïque, on désigne ici toute la Thébaïde. Pourquoi les autres Grecs de l'Heptanomide n'ont-ils pas jugé à propos d'honorer leur illustre compatriote ? — On l'ignore ; mais l'induction certaine qu'on peut tirer de ce monument, c'est qu'il n'existait, comme au temps de Tacite, ni dans la Haute ni dans la Basse Egypte, un seul sénat grec vers le milieu du deuxième siècle de l'ère chrétienne. S'il y en avait eu un, on n'aurait certainement pas manqué de le mentionner, comme on a mentionné celui d'Antmoé. — Pas plus qu'Alexandrie, Ptolémaïs, quelque portée qu'on veuille donner au texte précité de Strabon, ne possédait donc de curie à cette époque K Si elle en a une au début du
1. Sic : Letronne, ibidem. Lunibroso, l'Egitto al tempo dei Greci e dei Rom. p. 74 et suiv. Mommsen, Uist. rom. XI, p. 138. — Contra : Kuhn, Stadt. u. burg. Verfass. d. Rom. Reichs, II, p. 504. Marquardt, Handb. d. Rom. Alt. IV, p. 431. Wilcken, Observât, ad hist. JEg.prov. rom. p. 17. — Notre opinion vient de recevoir une nouvelle consécration. Dans une inscription grecque provenant d'El-Menchieh (l'ancienne Ptolémais-Hermiu) et publiée tout récemment (J. Baillet : Stèle découtei-te à Menschieh, Rev. archéolog. 18S9, p. 70), il s'agit de la dédicace d'un temple et de son enceinte à Esculape et à Hygie, faite par la ville (r| T^ol'.ç dit l'inscription), au nom de l'empereur Trajan le Germanique, Pompeius Planta étant préfet et Calpurnius Sabinus étant épi stratège. Après la dédicace vient un assez long chant, un péan, en l'honneur des divinités helléniques que nous venons de nommer. — Il résulte de ce monument qui trouve sa date entre l'an 98 et l'an 102 de l'ère clirét. que Ptolémaïs avait, dans les premières années de Trajan, un culte et des dieux purement helléniques, qu'elle obéissait au préfet de l'Egypte et à lepistratége de la Thébaïde; mais ne reconnaissait pas l'autorité du stratège du nome Thiuites dont elle était cependant la métropole. — Mais il en résulte, d'autre part, d'une façon certaine, qu'à cette époque Ptolémaïs n'avait ni archontes, ni boulé; car ils n'auraient pas manqué de figurer dans une dédicace aussi solennelle. On ne doit donc pas se laisser séduire par ie mot « r, 7to).ii: » qui occupe à lui seul une ligne et divise l'inscription en deux parties, pour croire, avec Baillet, à une organisation municipale à Ptolémaïs. Ptolémaïs était une tvoX-.; mais à la manière d'Alexan-
ORGANISATION DES VILLES GRECQUES. 225 troisième siècle, c'est que la situation des villes d'Egypte entrait alors dans une phase nouvelle.
Arslnoé.
Le régime municipal ou décurionat commençait alors de s'introduire en i<.gypte. Nous savons que Septime Sévère accorda \ejus bulcutarwn aux Alexandrins; les papyrus du Fayoum sont venus, depuis peu, nous apprendre que la ville d'Arsinoé avait, elle aussi, une curie, des décurions, des prytanes. Et tandis que ceux de ces actes qui datent du deuxième siècle ne contiennent aucune mention de ce genre et laissent, au contraire, voir la ville administrée comme le reste du nome, ceux du début du troisième siècle, font preuve évidente d'une transformation dont il faut probablement attribuer la cause à ce même Sévère qui visita l'Egypte et en admira les merveilles, surtout celles du nome Arsinoïtes^
Les mêmes papyrus montrentque, mêmeaprèsl'institution de la curie et bien que la ville d'Arsinoé eût cessé d'être régie par les fonctionnaires du nome, ceux-ci ne cessèrent pas d'y résider. Elle continua d'être appelée la métropole du nome Arsinoïtes; la population du nome y venait, comme autrefois, célébrer en certains jours le dieu Suchus. — La curie d'Arsinoé prenait même part, suivant l'usage romain, à l'administration du nome, puisque dans des fragments de l'époque de Gallien, on trouve des decemprimi, constitués deux par toparchie, qui étaient chargés de la perception des impôts dans le nome. Ces « dix-premiers «rendaient leurs comptes au stratège de la i-égion où était située la toparchie dans laquelle ils opéraient, et lui signalaient en môme temps les contribuables en retard de paiement. Les decemprimi étaient, d'ordinaire, pris parmi les
drie, c'est-à-dire sans constitution autonome, une cité de nom seulement.
1. Spartian. in vila Severi : « Et Memflm et Memnonem et pyramides et labyrinthum diligcnter inspexit. »
sénateurs, les membres de la curie d'Arsinoé K II est dès lors facile à s'expliquer que Claude Ptolémée fasse d'Antinoé et de Ptolémaïs les métropoles des nomes Antinoïtes et Thinites. Chacune de ces villes avait, sans doute, une organisation à part, indépendante du stratège et de ses agents, mais elle n'en était pas moins le siège de l'administration du nome dont elle était la métropole. Elle pouvait même, comme nous le voyons pour Arsinoé, prendre part à l'administration du nome dont elle faisait partie.
Diffusion du décurionat en Egypte.
Le fait enfin, que les sénateurs de Ptolémaïs ne remontent pas plus haut que l'an 215 rend très probable que le sénat de cette ville fut organisé à la même époque que ceux d'Alexandrie et d'Arsinoé;, et par une concession du même prince. Le hasard qui nous a fait connaître les sénats de Ptolémaïs et d'Arsinoé nous ménage peut-être d'autres surprises de ce genre pour d'autres villes égyptiennes.
Commencé au début du troisième siècle, le développement du régime municipal ou constitution décurionale en Egypte ne s'arrêta plus, sans qu'on en puisse suivre la marche pas à pas. Dès le commencement du Bas Empire, la révolution paraît achevée ^. L'originalité de notre province disparaît pour faire place au type uniforme sur lequel sont modelées toutes les provinces romaines. Avec la diffusion du décurionat, les métropoles des nomes s'é-
1. Sur ces divers points, voy. Wilcken, Observ. p. 14. 15, 16 et les extraits qu'il cite.
2. On trouve, à l'époque de Constantin, des xara totiov TtpaiTtoatToi fAthanas. Hist. Arian. ad monachos) que Kulin, II, p. 507, compare aux pagarques et patrarques du treizième édit de Justinien. Il en conclut que, dès cette époque, la constitution municipale italique avait r.^mplacé en Egypte l'organisation antérieure des nomes. Voy. les lois 51 au G. Théod. de cursu pub. 8. 5; 34 de decur. 12, 1; 80. 126. 190. 191, au même titre, qui se réfèrent aui décurions de l'Egypte.
levèrent au niveau des rares cités à constitution grecque qui existaient auparavant dans le pays. La marche historique des événements passa le niveau sur leurs inégalités. Tous les habitants de la province d'Egypte, Grecs ou Égyptiens fussent-ils, finirent par être régis de la même manière par les lois romaines. — Il est seulement à regretter que les Egyptiens n'aient connu le régime nmnicipal qu'au moment où commençait sa décadence, et qu'ils ne s'y soient familiarisés que lorsqu'il était devenu un lourd fardeau pour tous les provinciaux. — Les libertés locales et une certaine autonomie, bien appliquées, auraient, peut-être, eu pour effet de relever le moral de ce peuple dégradé par une servitude dont l'origine se perd dans la nuit des temps.
Pages.
Préface vu
Index bibliographique xi