TECHNIQUE DU PANSEMENT
Une idée doit dominer ce chapitre, c'est que le baume du Commandeur, pansement cicatrisant, ne doit être appliqué que sur une plaie débarrassée autant que possible de ses souillures, des germes qu’elle porte, de façon à éviter la suppuration et surtout la résorption septique. Il faut aseptiser la plaie.
1° Plaies contuses.
Prenons pour type une plaie récente par écrasement des doigts de la main: la peau est délacérée, les chairs sont écartées, plus ou moins broyées, les phalanges sont fracturées, souvent des esquilles apparaissent au fond de la plaie. Comme, en général, c’est la main d’un travailleur, la peau était particulièrement sale avant le traumatisme. Il faudra donc d'abord laver soigneusement la région avec du savon et la brosse ou, du moins, avec des tampons de coton savonnés ; puis, passer à l’éther ou à l'alcool, et enfin au sublimé à 1/1000 ou à l’eau phéniquée à 50/1000 en faisant pénétrer des tampons imbibés de ces antiseptiques dans toutes les anfractuosités, tous
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les recoins de la plaie. On pourra encore, avec avantage, faire tremper, en dernier lieu, dans un bain de sublimé pendant 1/4 d'heure. La toilette ainsi faite d'une façon aussi soigneuse que possible, on retirera les fragments osseux qui ne tiennent plus ou on coupera les lambeaux épidermiques et charnus qui pourraient géner par trop la cicatrisation. Ceci sans oublier que notre pansement est essentiellement conservateur et que nous devons enjever que ce qui, de toute évidence, ne peut être gardé; c’est d’ailleurs l'exception.
La région préparée de la sorte, on applique des bandelettes de gaze au salol ou à l’iodoforme ou plus simplement des gazes stériles disposées de manière à rapprocher les lambeaux et à maintenir les fragments osseux ; ces bandelettes seront assez nombreuses pour matelasser et consolider.
Ceci fait, on répand avec le flacon de baume de quoi imbiber largement toute cette première couche du pansement, puis, trempant une courte bande de coton hydrophile, sous une épaisseur convenable, dans le baume du Commandeur, on l’exprime modérément et on enveloppe la gaze déjà placée.
Du coton hydrophile sec ou légèrement imbibé de baume sera appliqué ensuite pour grossir le pansement et obtenir à la fois la filtration de l’air et la compression légère, réalisant le pansement d’Alph. Guérin modifié. Enfin, on comprendra le tout dans plusieurs tours de bande en gaze boriquée suffisamment serrés.
Il va s'en dire qu'après avoir aseptisé la région et
Ve avant d'appliquer le pansement, on aura le soin de s’aseptiser les mains de nouveau. Le pansement ainsi appliqué devra rester en place 15 jours environ, à moins de réaction fébrile.
Pour de plus grands traumatismes comme l’écrasement d'un bras (observations III et VI), on procédera, ainsi que nous allons l'indiquer à propos des plaies d’amputation, on devra s’astreindre à une antiseptie soigneuse de la plaie et faire pénétrer les pre-
mières gazes dans toutes ses anfractuosités.
Il[° Plaies d'amputation.
Après une amputation circulaire de cuisse, par exemple, que l’on ne peut pas saturer par crainte d'infection, on s’assurera, selon la règle, de l’hémostase complète du cône d'amputation ; puis, directement ou après un lavage antiseptique, on bourrera le creux présenté par le futur moignon avec des gazes aseptiques chiffonnées, trempées dans le baume du Commandeur et légèrement exprimées. Ces gazes seront assez nombreuses pour combler la cavité opératoire et recouvrir ses bords. Au-dessus d’elles, on placera des bandes de coton hydrophile boriqué ou stérilisé, trempées dans le baume et exprimées modérément, arrangées de façon à coiffer complètement le moignon; ces bandes doivent être assez épaisses et nombreuses pour -faire un pansement volumineux que l’on recouvrira d’une légère couche de coton sec et d’une feuille de mackintosh, dépassant partout le coton. Enfin, on fixera le tout avec des bandes de gaze,
puis de toile disposées selon le mode décrit sous le nom de bonnet du moignon, complété par un spica de l’aine. Ce pansement pourra rester en place 15 à 20 jours, si la température qu'il est indispensable de surveiller n’accuse aucune réaction.
Cette technique rappelle par plus d'un point le pansement sec ordinaire ; c'est en somme le pansement ouaté d'Alphonse Guérin: pansement rare destiné à exercer une compression douce suffisante, à maintenir une température égale et élevée, à éviter l'apport de tout germe septique, à assurer une immobilité complète aux éléments lésés, à annuler les chocs et par suite à diminuer les douleurs du blessé en préparant une cicatrisation rapide et parfaite.
Ce pansement se distingue cependant de celui de Guérin par la présence du baume et celle du mackintosh. Ce dernier est destiné à mettre une barrière plus efficace que le coton seul entre l'extérieur et la plaie; en plus, il réalise en évitant l’évaporation trop rapide du baume un véritable embaumement de la plaie, c'est-à-dire une atmosphère saturée de vapeurs d'alcool et d'huiles essentielles sans arrêter cependant d’une façon préjudiciable le suintement de la plaie que la grande épaisseur de coton se charge d'absorber.
La présence du baume en dehors de son action directe sur la plaie témoigne encore de son heureuse influence en désodorisant complètement le pansement ou plutôt en neutralisant toute odeur mauvaise due à la putréfaction des produits de sécrétion, souil- Jant fatalement le coton d’un pansement rare pour la
remplacer par une odeur balsamique agréable qui satisfait le malade et le chirurgien. Ceci n’est pas de moindre importance, car, ainsi que l'avoue Hervey dans sa thèse sur l'application de la ouate à la conservation des membres et des blessés (Paris, 1873), le pansement de Guérin restant en place pendant vingt jours répand une odeur très fatigante pour le patient, odeur qu'on n'arriva à supprimer par aucun moyen, pas même l'interposition de couches de coton iodé conseillée par Méhu. Hervey ajoute que cette fâcheuse odeur de suppuration que les pansements à la ouate prennent à la longue est un réel inconvénient ; le baume du Commandeur en triomphe aisément. Il est inutile de dire encore que l’odeur du baume est préférable à celle de l’iodoforme ou à celle qu'exhale un pansement humide.
En préconisant le baume du Commandeur nous ne saurions oublier d'indiquer la quantité nécessaire à la majorité des pansements, son prix en pharmacie et la façon de se nettoyer les mains après l'avoir appliqué, toutes indications utiles à la pratique de ce pansement surtout en clientèle. Pour un petit pansement, analogue au type décrit, 100 centimètres cubes sont plus que suffisants.
Pour un grand pansement analogue à celui décrit en second lieu 200 à 400 centimètres cubes seront nécessaires.
Le prix ordinaire du baume du Commandeur en pharmacie est de 8 fr. le litre et au détail 10 fr. le litre.
Après un pansement, à moins qu'on n'ait fait que
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verser le baume, on a les mains enduites d'un léger vernis gommeux jaunâtre que le savon ne dissout pas, pour s’en débarrasser rapidement un lavage à l'alcool fort réussit très bien.
Une remarque en terminant. On à vu que nous indiquons tantôt de tremper les gazes et le coton dans le baume avant de les appliquer, tantôt d’appliquer les gazes et le coton à sec et de verser ensuite le baume sur cette première couche du pansement,. Ce second procédé est celui préconisé de tous temps par la pratique vulgaire, il est bon pour les petits pansements, mais insuffisants quand on doit panser une grande plaie. Il vaut mieux alors imbiber d’abord les gazes, les insinuer dans les infractuosités de la vaste plaie, de façon à mieux assurer le contact avec les parties profondes à éviter les clapiers. Cette technique plus parfaite, assure une bonne cicatrisation venue de la profondeur. Le procédé populaire veut encore que l’on verse tous les jours ou plusieurs fois par jour, du baume à {ravers les couches extérieures du pansement. Nous ne pouvons adopter ce système car, en passant, le baume peut entraîner à la surface de la plaie des germes que les contacts et l'air ont déposés à la surface du pansement. Il faudra donc s'abstenir de cette imbibition répétée surtout pour les pansements des plaies grandes et moyennes. Néanmoins elle paraît sans danger pour la cicatrisation de petites plaies telles que coupures et piqûres à faible surface d'absorption.