‹ Du bienChapitre 48 sur 58 · Esprit des Lois, passim · texte numérisé non relu

Esprit des Lois, passim

2. Œuvres de Turgot, t. II. Dtscours eji Sorbomie sur les avantages que rétablissement du christianisme a procurés au genre humain, etc.

3. Voyez dans la Correspondance la lettre au docteur Stiles,' 0 mars 1790, écrite par Franklin quelques semaines avant sa mort - « Je suis convaincu que le système de morale et de religion que Jésus-Christ nous a transmis est ce que le monde a vu et peut voir de meilleur. »

et que celte religion désirable et nécessaire est l'Evangile. N'hésitons pas à le dire : sans la religion, la philosophie, réduite à ce qu'elle peut tirer laborieusement de la raison naturelle perfectionnée, s'adresse à un bien petit nombre, et court risque de rester sans grande efficacité sur les mœurs et sur la vie ; et sans la philosophie, la religion la plus pure n'est pas à l'abri de bien des superstitions, et par là elle peut voir lui échapper l'élite des esprits, qui peu à peu entraîne tout le reste, ain^i qu'il en a été au xviii« siècle. L'alliance de la vraie religion et de la vraie philosophie est donc à la fois naturelle et nécessaire ; naturelle par le fond commun des vérités qu'elles reconnaissent ; nécessaire pour le meilleur service de l'humanité. La philosophie et la religion diffèrent sans se contredire. Quand saint Augustin parle à tous les fidèles dans l'église d'Hippone, ne cherchez pas en lui le subtil et profond métaphysicien qui a combattu les Académiciens avec leurs propres armes, et qui s'appuie sur la théorie platonicienne des idées pour expliquer la création. Bossuet, dans le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, ïiQ^i phis et en même temps il est touj:)urs l'auteur des Sermons, des Élévations et de l'incomparable Catéchisme de Meaux. Séparer la religion et la philosophie, ra toujours été, d'un côté ou d'un autre, la prétention des petits esprits, exclusifs et fanatiques ; le devoir, plus impérieux aujourd'hui que jamais, de quiconque a pour l'une ou pour l'autre un amour sérieux et éclairé, est de les rapprocher, de mettre ensemble, au lieu de les dissiper en les divisant, les forces de l'esprit et de l'àme, dans linlérèt de la cause commune et du grand objet que la rehgion chrétienne et la philosophie poursuivent, chacune par les

voies qui lui sont propres, je veux dire la grandeur morale de l'humanité ^

1. Njii n'avons cessé de réclamer, d'appeler de tous nos vœux ralliance du christianisme et de la philosophie, comme celle delà monarchie et de la liberté. Voyez Premiers Essais, du Souverain bieji^ p. 373 et Avertissement, pp. xi-xvi : nos Études sur Pascal, !« et 2e préface, passim; Discours a la Chambre des Pairs pour la défense de l'université et de la philosophie. Partout nous professons la vénération la plus tendre pour le christianisme: nous n'avons jamais repoussé que la servitude de la philosophie, avec Descartes etavecles docteurs les plus illustres des temps anciens et des temps nouveaux-.

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RÉSUME DE LA DOCTRINE

Revtie de la doctrine contenue dans ces leçons, et des trois ordres défait, sur lesquels cette doctrine repose, avec le rapport d« chacun d'eux à l'école moderne qui l'a reconnu et développé, mais presque toujours exagérés — Expérience et empirisme. — Raison et idéalisme. — Sentiment et mysticisme. — Théodicée. — Défaut des divers systèmes connus. — Du procédé qui conduit à la vraie théodicée et du caractère de certitude et de réalité que ce procédé lui donne.

Arrivés au terme de ce cours, nous avons une dernière tâche à remplir : il faut vous en rappeler l'esprit général et les résultats les plus importants.

Dès la première leçon, je vous ai signalé l'esprit qui animerait cet enseignement : un esprit de libre recherche, reconnaissant avec joie la vérité partout où il la rencontre, mettant à profit tous les systèmes que le xviii* siècle a légués à notre temps, mais ne s'enfermant dans aucun d'eux.

Le xviu* siècle nous a laissé en héritage trois grandes écoles qui durent encore aujourd'hui: l'école anglaise et française, dont Locke est le chef, et dont Condillac, Helvétius et Saint-Lambert sont parmi nous les représentants les plus accrédités; l'école écossaise^ avec tant de noms célèbres, Hutcheson, Smith, Reid,

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DU BlEiN

Beattie, FergusonetDugald Stewart; l'école allemande, ou plutôt l'école de Kant, car, de tous les philosophes d'au delà du Rhiii, celui de Kœnigsberg est à peu près le seul qui appartienne à l'histoire. Kant est mort au commencemenl du xix® siècle * ; les cendres de son plus illustre disciple, Fichle -, sont à peine refroidies. Les autres philosophes renommés de l'Allemagne vivent encore ^ et échappent à notre appréciation.

Mais ce n'est là qu'une énumération ethnographique des écoles du xvni** siècle. Il faut surtout les considérer dans leurs caractères, analogues ou opposés. L'école anglo-française représente particulièrement l'empirisme et le sensualisme, c'est-à-dire une importance à peu près exclusive attribuée dans toutes les parties de la connaissance humaine à Texpérienco en général, et surtout à Texpérience sensible. L'école écossaise et l'école de Kant représentent un spiritualisme plus ou moins développé. Enfin, il y a des philosophes, par exemple Hutcheson, Smith et d'autres, qui, se défiant des sens et de la raison, donnent au sentiment la suprématie.

Telles sont les écoles philosophiques en présence desquelles est placé le xix° siècle.

Nous sommes forcé d'avouer qu'aucune d'elles ne contient, à nos veux, la vérité tout entière. 11 est démontré qu'une partie considérable de la connaissance

i. En 1804.

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