INTRODUCTION
Quand on parcourt l'histoire de la médecine, quand on cherche à interpréter les phases par lesquelles elle a successivement passé, on est frappé par ce fait que les siècles antérieurs peuvent à juste titre se glorifier d'avoir doté la science d'une excellente étude des maladies aiguës; mais aussi il faut bien vite reconnaître qu'ils ont laissé dans l'ombre les maladies chroniques.
Au xix^ siècle était réservée la tâche de combler cette lacune, et déjà, en présence des nombreux résultats acquis, il est permis d'affirmer qu'il doit être fier de sa conquête.
La plupart des maladies constitutionnelles, la plupart des diathèses ont été, depuis une cinquantaine d'années, le sujet de nombreux travaux : causes, symptômes, complications, diagnostic, traitement, tout a été abordé; bien des points obscurs ont été mis en lumière, et souvent à l'analyse la plus minutieuse des manifes-
tations variées de chaque affection a succédé la synthèse et par suite la formation de groupes morbides, bien distincts les uns des autres, fréquemment incompatibles, quelquefois capables de s'allier.
Le voile, qui couvrait les états morbides plus ou moins latents que récèle chaque organisme, étant déchiré, il fut alors facile de constater que parfois les maladies aiguës n'évoluaient pas dans une entière indépendance. C'est ainsi qu'on s'expliqua pourquoi telle angine, par exemple, revêtait certains caractères de longue durée, pourquoi encore la pneumonie offrait, suivant tel ou tel terrain, une gravité différente; ei il en fut de même pour la plupart des maladies aiguës, dont les rapports avec les états constitutionnels se trouvèrent de la sorte dévoilés.
En pathologie chirurgicale, même rapprochement était fait, même préoccupation s'emparait des esprits, mais cela d'une façon pour ainsi dire plus timide ou du moins plus restreinte. Ce n'est, en effet, que dans ces dernières années où l'on a réellement mis au jour, d'une part l'influence que les états constitutionnels ont sur la marche des lésions traumatiques, et, d'autre part, les rapports qui unissent les traumas aux diathèses.
Concuremment on s'appliquait à l'étude des maladies constitutionnelles entre elles, et, Sociétés savantes, mémoires, monographies, thèses, chacun apportait son contingent pour en montrer les rapports réciproques et pour rendre compte des modifications qu'elles subissent, lorsqu'elles se révèlent à nos sens.
La voie tracée, on s'y engageait de plus en plus avec ardeur, et bientôt les états mixtes, les hybridités pathologiques, tout au plus entrevues il y a quelques années, devenaient le point de mire de quelques observateurs.
C'est à l'alliance, à la combinaison de deux de ces diathèses, à l'hybridité cancéro-syphilitique, dont un certain nombre de cas se sont présentés cette année à notre observation, pendant que nous avions l'bonneur d'être l'interne de M. le professeur Verneuil, que nous avons résolu de consacrer quelques pages cliniques.
Donner de cette entité morbide une description complète, n'est pas le but que nous nous sommes proposé. Pareille question ne peut être entièrement résolue qu'avec l'aide de nombreux faits et une longue expérience, et c'est à ces conditions qu'à l'avenir elle trouvera mieux sa place toute marquée dans un Traité de pathologie générale.
Ce jour, les rapports du cancer et de la syphilis y feront l'objet d'une description inspirée par les caractères de chaque localisation.
En limitant notre sujet, malgré les quelques considérations générales que nous nous permettrons d'émettre, nous n'avons eu l'intention que d'étudier spécialement le cancer de la cavité buccale chez les syphilitiques. Celte étude est basée sur un certain nombre d'observations, dont les unes nous ont été libéralement données par nos maîtres, et dont les autres ont été recueillies par nous-mêmes. Quelques-unes, en fort petit nombre, malgré les recherches consciencieuses auxquelles nous nous sommes livré, proviennent presque toutes des recueils français.
En résumé, exposer ce que nous avons vu, ce que nous avons observé, interpréter les faits que nous rapportons et en tirer dès maintenant les déductions qui nous paraissent légitimes, tel est le but que nous avons cherché à atteindre.
Avant d'exposer le plan que nous avons suivi dans
cette étude, nous prions MM. les professeurs Gosselin, Le Fort et Péter, d'agréer l'expression de nos sentiments de profonde reconnaissance pour les savants conseils qu'ils nous ont prodigués, et pour les marques de sympathie dont ils ont bien voulu nous honorer.
Que M, le professeur Fournier veuille bien accepter nos respectueux et sincères remerciements pour les documents qu'il nous a si gracieusement communiqués.
Qu'il nous soit encore permis de remercier cordialement MM. les D" Prengrueber et Leloir, chefs de clinique de la Faculté, et MM. Riejffel, Luzet et Godivié, externes des hôpitaux, pour l'empressement qu'ils ont apporté à nous fournir des observations et à nous faire des traductions.