QUINZIÈME OBSERVATION
Engorgement des glandes du sein et de l’aisselle gauches ; des ganglions cervicaux de l’un et de l’autre côté du cou ; induration douloureuse du corps et du col de l’utérus , suite d’une couche laborieuse et datant d’un an ; guérison.
Madame Dénard , jouissant habituellement d’une bonne santé, se maria a l’âge de trente-six ans, et accoucha au bout de dix mois de deux enfans. L’accouchement fut long , très-douloureux , et dut être terminé par le forceps. Des accidens graves survinrent, déterminés , selon toute apparence, par une inflammation aiguë de la matrice et de ses annexes; les jours de la malade furent plusieurs fois en danger. Elle ne se rétablit, quoique incomplètement, qu’ après plusieurs mois de séjour au lit.
Neuf mois s’étaient écoulés depuis la couche de cette dame , lorsqu’elle me fit appeler. Quoique moins souffrante quelle n’avait été , elle éprouvait des douleurs constantes dans le ventre , des pesanteurs sur le siège , et une grande difficulté pour marcher et se tenir debout. Je trouvai la matrice , corps et col, engorgée et du volume d’un gros œuf de poule , sensible à la pression , et descendue à un pouce de la vulve. Les règles n’avaient pas reparu depuis la couche ; un écoulement blanc- jaunâtre et épais avait lieu par la vulve.
J’ordonnai le repos absolu et au lit; je prescrivis
TRAÏTEMENT m CANCER
Fusage des émolliens en boisson , en bains , lotions et cataplasmes, et an régime diététique sévère. Trois petites saignées du bras furent pratiquées dans le premier mois ; les douleurs utérines cessèrent entièrement, mais F engorgement persista. Bientôt les glandes du sein et de Faisselle gauche se prirent, de meme que les glandes sous-maxillaires , et les ganglions cervicaux. La manifestation de cette diathèse lymphatique dut me rendre plus circonspect sur l’emploi de la saignée , d’autant plus que tous ces engorgemens étaient indolens et sans inflammation. J’eus recours au traitement iodé. Des frictions avec de la pommade d’hydriodate de potasse , parfois iodurée , furent pratiquées chaque jour sur les engorgemens desseins , de Faisselle et du cou ; la solution diode , ses teintures , sa préparation saline , furent administrées à l’intérieur avec l’infusion de houblon , et la malade , très-débilitée , fut soumise a un régime fortifiant.
Ce traitement fut suivi avec exactitude pendant quatre mois , en variant les préparations d iode et les doses du médicament., selon que les dispositions de l’estomac étaient bonnes ou mauvaises. Après ce temps , la matrice avait sensiblement diminué de volume ; l’engorgement des glandes n’avait pas cédé dans la meme proportion ; mais il était moins considérable. La malade , dont la santé d"5 ailleurs était bonne, demanda a suspendre son traitement; j’y consentis , et je la perdis de vue.
Six mois plus tard, madame Dénard vint me faire
part de sa parfaite guérison. Il ne restait plus de trace d’engorgement lymphatique ; la matrice, revenue dans ses limites naturelles , avait repris l’exercice normal de ses fonctions , les règles avaient coulé trois fois sans douleur , sans fatigue , et sans être précédées ou suivies d’écoulement leucorrhéique. Cette dame m’apprit qu’un mois après la cessation du traitement , elle s’était aperçue d’une diminution rapide des diverses tumeurs, cjui restaient encore volumineuses lorsque j’avais suspendu mes visites ; que les pesanteurs sur le siège avaient suivi la même marche rétrograde , et qu’elles avaient complètement cessé ; la matrice , en effet , ne présentait plus rien d’anormal.
Cette guérison , qui ne s’est point démentie de¬
puis cinq ans , est une preuve que l’action de l’iode se continue long-temps encore après qu’on en a cessé l’usage. L’effet résolutif si positif qu’elle a produit
dans cette circonstance , doit nécessairement encourager a F administrer dans les indurations non inflammatoires de l’utérus , et notamment dans les engorgemens squirrheux , qui semblent se rapprocher davantage par leur nature des engorgemens blancs. L’impossibilité de faire des frictions sur l’organe même, ou sur des points assez rapprochés pour qu’elles puissent agir très-activement sur son induration , doit faire joindre, aux frictions sur les membres inférieurs , son administration a l’intérieur a doses assez minimes pour que son usage puisse être continué pendant long-temps sans fatiguer l’estomac.
Le tartre stibié . L’eau ëmëtisëe , un grain de tartre stibië par deux livres d’eau , conseillëe par quelques praticiens , par Portai entre autres (1) , comme un excellent rësolutif des engorgemens internes, n’a pas, que nous sachions, ëtë employée contre les indurations squirrheuses de l’utërus. Je n’ai par devers moi aucun fait a citer à Fappui de ses propriëtës curatives par ce mode d’administration. Je donnerais la prëfërence à l’iode , dont les bons effets me sont mieux connus. Mais, appliquë à la peau en friction ou sous forme d’emplâtre , le tartre stibië est un excellent révulsif. Je me suis trèsbien trouve' des frictions stibiëes pratiquëes sur le ventre , dans les aines , â la partie intérieure des cuisses ; d^un large emplâtre de poix de Bourgogne , saupoudre' avec deux scrupules, un gros d’ëmëtique, et appliquë sur le sacrum et le bas de la colonne vertëbrale, dans les cas d’ engorgemens utérins s’accompagnant de douleurs lombaires et inguinales. L’ëruption pustuleuse que ce sel dëveloppe sur les points ou il séjourné, intéresse le tissu de la peau plus profondément que ne font les ve'sicatoires ; et il n’a pas , comme ces derniers , Finconvënient d’agir sur les voies urinaires. Une suppuration abondante et salutaire résulté quelquefois des ulcërations qui succèdent aux pustules. Cette suppuration peut être entretenue plus ou moins long-temps , suivant l’effet qu’on se propose d’en obtenir. Son efficacité'
(1) Traité des maladies du foie .
LE LA MATRICE. 22I
m’a été démontrée dans maintes circonstances, mais pas encore d une manière aussi formelle qu'on le remarque dans l’observation suivante du docteur Duparcque.