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CHAPITRE II

Dü CARCINOME.

§ I. Première variété. — Du squirrhe commun.

Le squirrhe, forme très-fréquente et très-grave, la seule que certains auteurs, Abernethy et Scarpa, par exemple, regardaient comme du cancer, est aussi celle qui a fait donner le nom de cancer, à cause de l’analogie grossière de ses prolongements rayonnés avec les pattes d’un

crabe [y.apvXvoq, cancer, Krebs). Le sein est l'organe qui en est le plus souvent le siège, et c’est aussi là que nous l’étudierons spécialement. Sa dureté, sa forme, soit rayonnée, soit en plaques qui envahissent rapidement la peau, lui ont fait donner par Velpeau les noms de squirrhe ligneux, rayonné, ou rameux, en cuirasse, etc.; il se dissémine souvent sous forme de tubercules cutanés, qui s’ulcèrent enfin, après avoir envahi la peau, et donnent lieu à des ulcères souvent atrophiés et à base dure (squirrhe atrophique).

Caractères du squirrhe à l'œil nu. — Lorsqu’on examine, sur une coupe, une tumeur squirrheuse, on peut constater à l’œil nu la prédominance du tissu fibreux qui entre dans la composition du tissu morbide de nouvelle formation. Ce tissu résiste énergiquement à la pression ; il est très-dur, blanchâtre, semi-transparent ou grisâtre, et lors» qu’on le racle avec le dos du scalpel, ou lorsqu’on le presse fortement, on obtient sur la surface de coupe un peu de suc laiteux, en général assez fluide, miscible à l’eau. Le suc est plus abondant dans les portions centrales ou anciennes de la tumeur que dans les parties périphériques qui sont plus récentes. Il y a si peu de vaisseaux dans cette variété de tumeur qu’on a pu les nier; mais il existe bien réellement un réseau de capillaires injectés et figurés récemment par Billrolh.

Examen microscopique. — Lorsqu’on examine le suc cancéreux, on le trouve composé de cellules et de noyaux. Ces éléments sont souvent, dans le squirrhe du sein et des autres organes, relativement petits. Ainsi les noyaux qui possèdent un nucléole ne mesurent guère que de 6 à 8 millièmes de millimètre, et les cellules dont la forme est ronde ou polyédrique, ne mesurent habituellement pas plus de 0ram,009 à 0mm,010. Tels sont les éléments du suc cancéreux dans ces tumeurs rapprochées de leur début.

Mais, au lieu de trouver dans le suc cancéreux les éléments précédents, on peut y rencontrer des cellules volumineuses de forme trèsvariée, telles que celles représentées dans la figure suivante.

Parmi ces cellules, les unes sont complètement sphériques [b) ou se rapprochent de cette forme; d’autres sont plus ou moins régulièrement prismatiques, coniques (c, c,),en raquette (a, a), ou fusiformes [cl), possédant toutes un ou plusieurs gros noyaux ovoïdes ou sphériques,

pourvus eux-mémes de gros nucléoles brillants. Ce sont là les cellules xxvii. Al

\\ CORîlIIi. — DU CANCER

Os

qu'on a données comme spécifiques du cancer, et qui se rencontrent en réalité arec les mêmes caractères sur plusieurs muqueuses, notamment

dans le liquide des uretères et des bassinets. Quelques-unes d’entre elles contiennent plusieurs noyaux, et ces cellules mères atteignent alors des dimensions considérables ; elles présentent souvent dans ce cas des espaces creusés dans leur substance, espaces vides ou renfermant dans leur intérieur un noyau ou une cellule; ce sont des espaces générateurs (physalydesdeVirchow), /r, h . Cette variété de cellules sera étudiée avec plus de détails à propos du cancer colloïde. Enfin, elles peuvent présenter dans leur intérieur des granulations graisseuses et finir par n’être plus que des corps granuleux. Ces cellules sont isolées les unes des autres, et libres dans le liquide laiteux du cancer.

L'élude du suc cancéreux ne donne

hS^ad£ clu’une Partie de l’examen microscopique.

mètres) . — a, a. Cellules irrégu- \\ faut, en effet, savoir quel est le rapport

sphérique. — b. Cellule sphérique, des cellules entre elles et avec la trame de

7" *»/• CeIlu!es se rapprochant ja (umeiir et étudier particulièrement cette

iule fusiforme. — e. Ceiiuie en trame f slvoiYid des auteurs allemands). On

mères1* 'présentantes espaces'gé- n’y parvient qu’en enlevant sur la surface de

nérateurs. h, ft. Cellules exca- section des tranches minces qu’on puisse

vées.

examiner par transparence.

Sur ces coupes, on voit au microscope (à des grossissements de 80 à 200 diamètres) des tractus de tissu conjonctif entrecroisés, qui laissent entre eux des espaces ou alvéoles ronds ou ovalaires, remplis de cellules (fig. 2). La présence de ces cloisons, circonscrivant des alvéoles, est un fait que nous retrouverons dans presque toutes les espèces du carcinome; mais elles offrent, dans le cas particulier du squirrhe, un caractère essentiel sur lequel tous les observateurs ont insisté; c’est qu’elle& sont plus épaisses, plus denses que dans toute autre variété de

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