‹ Du cancer et de ses caractéres anatomiquesChapitre 13 sur 39 · V. COKNIfc,, - DU CANCER · texte numérisé non relu

V. COKNIfc,, - DU CANCER

tumeurs, car c’est dans ce stade initial que nous trouverons les différences qui vont s’effaçant à mesure que la néoplasie arrive à son développement parfait.

Cancer mammaire. — Des faits irrécusables nous ont permis de voir que le cancer mammaire débutait souvent par une hypergenèse et une hypertrophie des cellules des culs-de-sac et des conduits glandulaires de la mamelle (1), en même temps que des noyaux et des cellules naissaient dans le tissu conjonctif qui sépare les acini de la glande. Robin (2) considère depuis longtemps le cancer du sein comme une modification de son parenchyme, et j’ai moi-même décrit (3) les altérations que subissent les culs-de-sac et les conduits. Les culs-de-sac, possédant encore leur membrane d’enveloppe, sont remplis par l'hypergenèse de leur épithélium qui passe à l’état pavimenteux ou sphérique, en même temps qu’en dehors du cul-de-sac, dans le tissu conjonctif voisin, naissent des noyaux volumineux sphériques ou ovoïdes. Ceux-ci deviendront à leur tour des cellules, les parois propres des glandes ne tarderont pas à être résorbées, et tout un acinus arrivera à n’être plus qu’une trame de tissu lamineux, dont les mailles seront remplies par des cellules nées à la fois dans l’intérieur et à l’extérieur des culs-desac glandulaires : les modifications de ce tissu aboutiront en d'autres termes à la structure typique du carcinome, des cellules dans une trame fibreuse. Dans les conduits galactophores se manifeste une hypergenèse analogue de l’épithélium ; le conduit en est rempli et distendu longtemps avant que ses parois résistantes ne s'altèrent et ne se détruisent ; il en résulte que dans des cancers du sein qui datent de plusieurs mois à un an, on voit les conduits galactophores principaux remplis par un liquide laiteux composé de grandes cellules irrégulièrement pavimenteuses, souvent en dégénérescence graisseuse, et dans ce cas le contenu des conduits est caséeux, plus ou moins consistant et jaunâtre.

Dans la plupart des cancers du sein assez rapprochés de leur début, lorsqu'on racle la surface de section et qu’on examine le liquide obtenu

(1) Contributions à l’histoire du développement histologique des tumeurs épithéliales ( Journal de V anatomie et de la physiologie de Robin, 1865).

(2) Voir Comptes rendus de la Société de biologie et Dictionnaire dit de Nysten, éditions de 1858 et 1864.

(3) Journal de l’anatomie, pi. XXVI et XXVII, 1865.

au microscope, on y découvre des filaments pleins, anastomosés et terminés en culs-de-sac, qui sortent des conduits et culs-de-sac altérés de la glande (fîg. 3).

Robin a signalé celte particularité, que Billroth a également représentée (1) sous le nom de pseudo-acinôse-zellen-cylinder.

Ces cylindres sont composés soit de noyaux, soit de cellules épithéliales pavimenteuses ou cubiques, toutes de même grosseur ; ils siègent

Fig. 3. — Cylindres épithéliaux dans Fig. h. — Coupe de la même tumeur, le suc laiteux d’une tumeur cancé- Grossissement de 150 diamètres,

reuse du sein. — A. Extrémité libre.

— a. Trajet et anastomose de ces cylindres. Grossissement de 150 diamètres.

dans des cavités cylindriques qui leur servent de moule, mais qui ne possèdent plus de membrane glandulaire propre, ainsi qu’on peut s’en assurer par l’inspection de la ligure û.

La partie centrale de la tumeur est habituellement plus opaque et plus jaune que sa partie périphérique ; dans la partie centrale qui s’est développée la première, les cellules commencent à subir la dégénération graisseuse, tandis que les nouvelles cellules formées à la périphérie donnent à cette région un aspect un peu transparent. Dans les parties qui sont opaques, lorsqu’on les étudie au microscope sur des coupes, on voit que toutes les cellules qui composent le réseau des filaments sont devenues granuleuses, infiltrées de granulations graisseuses. Lorsqu’on connaît cette particularité, on peut souvent la prévoir en regardant la tumeur à l’œil nu; on voit alors des lignes jaunes très-fines sur

(1) Billroth, Allgemeine Chirurgie.

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