CLASSIFICATION DES TUMEURS CANCÉREUSES
Division. — On s'entend généralement assez bien sur la division du groupe des affections cancéreuses et sur ses diverses variétés; c'est qu'en effet ces variétés ont été fondées sur les caractères fournis par l'examen à Fœil nu. Ainsi, en comparant les divisions que donnent les deux doyens et les deux plus illustres professeurs d'anatomie pathologique, Cruveilbier en France, et Rokitansky en Allemagne, on verra qu'elles sont à peu de choses près semblables; la division de Cruveilbier (i) est le type de celles qui sont basées sur les caractères physiques de dureté ou de mollesse et de couleur; il en admet quatre variétés, qui sont :
V Le squirrhe ou cancer dur ;
2*^ L'encéphaloïde ou cancer mou ;
S"" Le cancer épithélial ou cancer fragile ;
h^ Le cancer mélanique ou noir.
Les deux premières espèces peuvent se montrer sous quatre formes ;
1** D'infiltration ; 2" de végétations; 3* de tubercules ; 4* de tumeurs- Cruveilhier fait une classe à part (XVIIP classe, t. V) des dégénérescences
(i) CroTeilhier, Anatomie pathologique généraUj t. V, iS65.
colloïdes OU gélaliniformes. Cependant, un grand nombre des observalions qu*il donne à ce propos montrent manifestement par leur récidive, par leur extension fetale et leur généralisation, qu'elles font partie da groupe des cancers. Il est vrai que cette apparence colloïde peut se montrer dans des tumeurs fibreuses (myxome) ou fibro-plastiques (sarcome colloïde), mais elle appartient aussi au véritable cancer, ainsi que tous les auteurs (1) l'ont constaté, ainsi que le prouvent même les observations de Cruveilbier.
La division de Rokitansky est la suivante :
1* Cancer fibreux (squirrbe);
2"" Cancer médullaire (encépbaloide) ;
a. Cancer médullaire papillaire.
b. Cancer médullaire mélanique.
â"" Cancer épidermique;
li'' Cancer colloïde;
5"" Cancer fascicule {carcinoma fasciculatum).
La synonymie française de ce dernier est tumeur fibro-plastique.
Follin, le dernier, je crois, des auteurs français qui ait donné une division du cancer, admet quatre variétés du carcinome :
l"" L'encéphaloïde, qui peut être mélanique;
2* Le squirrhe;
&"* Le cancer colloïde ;
&* Le cancer dendritique (papillaire).
Il décrit à part l'épi Ihélioma et les tumeurs flbro-plastiques.
Voici maintenant une classification plus compliquée que Tun des élèves de Virchow, Paulicki, a donné dans un livre rédigé d'après ses leçons (2).
Le carcinome comprend :
1** Le squirrbe ou carcinome fibreux ;
2° Le carcinome ossifiant;
S"" Le carcinome muqueux (colloïde);
b!* L'encéphaloïde ou carcinome médullaire;
5* Le carcinome télangiectode (hémalode des auteurs français) ;
(i) U matière coUokle n'indique par elle-même ni la bénignité, ni la malignité dei tameors qoi en son t composées. (Velpeao, Mahâies du $ein, 6* édit, p. A06.) (2) Panlicki, AUgemeine Pathologie, U 1, 2« hwnkfnu lissa, 1863.
814 V. CORMIIi. — DU CANCER
6* Le carcinome méfanîqoe ;
T Le carcinome papillairc ;
8" Le carcinome alvéolaire.
Paulicki décrit en outre à pari : Le cancroïde, les tumeurs perlées, le sarcome, qui renferme pour lui plusieurs espèces différentes, entre lesquelles se trouvent les tumeurs fibro-plasliques, les tumeurs à myéloplaxes et à médullocelles des auteurs français.
La division de Paulicki peut être facilement simpliûée, car, ainsi que nous le montrerons dans îe courant de notre description, le carcinome papillaire n'est pas une variété distincte; le télangieclode peut être considéré comme une sous-variété de l'encéphaloïde , et le carcinome mélaniquc appartient tantôt au cancer dur, tantôt au cancer médullaire, tantôt au groupe des tumeurs fibro-plastiques. Le carcinome alvéolaire rentre aussi dans le cancer colloïde.
Pour nous, voici la classification à laquelle nous nous sommes arrêté après mûre réflexion, et qui nous servira de guide dans cette élude analytique.
Tout d'abord les tumeurs comprises dans le groupe du carcinome et du cancroïde ont pour caractère commun d'être constituées en majeure partie par des éléments semblables à des cellules épithéliales existant à Tétat normal, et, en raison de ce caractère essentiel, nous leur donnerons le nom de tumeurs épithéliales.
Mais ces cellules sont libres les unes par rapport aux autres; elles sont poïymor|)hes, sphcriques, en raquette, etc., et elles sont contenues dans des mailFcs alvéolaires, constituées elles-mêmes par du tissu conjonctif dans routes les variétés du carcinome. Au contraire, dans le cancrdidcàa la peau et des muqueuses, elles sont engrenées ou soudées les unes aux autres, comme dans un tissu épilbétial normal; elles sont toutes régulièrement disposées et égales entre elles dans leur disposition, qu'elles afTeclent la forme de papilles ou de cavités acineuses. On peut donc diviser les tumeurs épithéliales en deux genres : le carcinome et lo cancroïde.
Les variétés du carcinome seront déterminées par les variations relatives de la trame et cLes cellules, par les modifications pflkrliculières que peuvent subir ces den parties conslituaRles de la tumeur. Ainsi l'épais- 8eur des cloisons et fa petitesse des alvéoles où sont contenues les cel-
ET DE SES GARACîiaES AJVATOMIQUES. dU5
Iules caractériseront le carcinome à trame épaisse, cancer fibreux ou squirriie. Nous auiODS comme sous-variétés du squirrbe, ie squirrhe commun^ le squirrhe ossifiant dans lequel la trame est ossifiée, et le squirrhe coUoide par places.
Le cancer médullaire est au contraire caractérisé par la prédominance de ses cellules sur la trame toujours mince, et parfois même réduite aux vaisseaux. Les alvéoles sont plus grands et la tumeur plus molle. Les sous-variétés du cancer médulkiire ou encéphaloîde seront : Yencéphaloide communj le carcinome hématode ou télangiectode, dont les vaisseaux présentent des dilatations multiples^ ic carcinome mêlaniquCy le chlaroma (tumeurs de coloration verte observées dans le cerveau), et Tenoéphaloïde dont une partie est en transformation colbïde.
Nous regardons enfin comme une variété distincte le carcinome alvéolaire ou colloïde^ parce qu'il peut revêtir cette forme d'emblée et se généraliser avec la même apparence dans les différents viscères. Cette variété est caractérisée par la modification colloïde (vésiculeuse) de ses cellules et une altération analogue de sa trame.
Les variétés du second genre des tumeurs épithéliales ou cancroldes sont au nombre de deux principales :
1* Le cancroide ii épitbélium pavimenteux, dans lequel les cellules peuvent s'agglomérer en forme de papilles ou d'acini, et subir la transformation cornée (globes épidermiques) ou la transformation colloïde, ce qui formera autant de sous-variétés.
2** Le cancroïde à cellules cylindriques, dont les éléments subissent aussi parfois la dégénérescence colloïde.
Les caractères essentiels de cette division des tumeurs épithéliales (1) sont résumées dans te tnbleau suivant :
(1) Nous ne donnons ici que les toraenfs éfilth^alcs regardées cliniquement comme cancéreuses. Nous meniionnerons plus loin les tumeurs bénignes de ce groupe, par exemple les adénomes et les petites tumeurs de la dure-mère et du eer?eau, qui sont formées de cellules analogues à Tépithélium des ?eines (gliome de Vircbow).