CHAPITRE PREMIER
Dans le vieux Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Chéreau (33) donne une amusante classification des charlatans et une définition très détaillée du charlata-. nisme, qu'il synthétise dans la phrase suivante : sont des charlatans, « tous ceux qui, distillateurs de mensonge spéculent sur la crédulité et la bêtise humaine ». |
Littré (106), de son côté, définit ainsi : :
Charlaianisme : Habitude ou art de c'arlataner, c est-àdire de tromper à la manière des charlatans
Charlalan : 1° Opérateur ambulant qui débite des drogues sur les places et dans les foires; ©° Empirique qui pr tend posséder certains secrets merveilleux; 59 Tous ceux qui exploitent la crédulité publique.
(Etymologie donnée par Littré : italien, ciartalano, de ciarlare, parler avec emphase. Larousse indique également une autre étymologie : selon Ménage, latin cire 1latanus, pour circulator, qui circule, qui va de ville en ville)
Enfin Littré et Robin (107) précisent la signification du terme charlatanisme dans leur Diclionnaire de médecine. « En médecine, le charlatanisme peut être défini, la fraude et le mensonge érigés en système pour exploiter la crédulité publique en ce qui concerne le sentiment de la conservation individuelle. Les difficultés que présente l'acquisition de connaissances réelles sur la constitution et les fonctions de l’économie animale, font que, sur aucun point, la crédu. jité humaine ne se montre plus générale. plus facile et 1 répression, plus illusoire. »
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D'après toutes ces définitions, il est facile de déduire que
les éléments constitutifs du charlatanisme sont les suivants : exercice légal ou ill'gal de la médecine, mauvaise foi du charlatan entraînant la tromperie du public, et enfin esprit de lucre. L'usage m'oblige à accepter ces définitions, bien que, à mon avis, elles soient ambiguës. En effet, si la tromperie du public est assez facilement reconnaissable, ïl est beaucoup plus difficile, sinon impossible, d'apprécier la bonne ou mauvaise foi du charlatan supposé. Tous les guérisseurs, diplômés ou non, se prétendent de bonne foi, et il est certain que, dans le nombre, parmi les guérisseurs mystiques et parmi les rebouteurs en particulier, il y en a bien quelques-uns qui sont réellement de bonne foi, l'ont été ou le deviendront, mais qui n'en sont pas moins dangereux. Quoi qu’il en soit, les guérisseurs de bonne où mauvaise foi, dépourvus de diplômes où même diplômés (tels certains pharmaciens), sont susceptibles, en général, d'être poursuivis et condamnés en justice à des pénalités d’ailleurs insignifiantes, en vertu de l’article 19 de la loi du 30 novembre 1892 sur l'exercice de la médecine.
Il n’en‘ est pas de même des médecins charlatans qui, méconnaissant toute dignité professionnelle, s’avilissent dans l'exploitation des malades et auxquels tous les moyens sont bons. De tels médecins sont exceptionnels — c’est un fait certain — par rapport à l’ensemble des autres charlatans, envisagés isolément : guérisseurs mystiques, guérisseurs à prétentions scientifiques et même pharmaciens charlatans.
« Nous admetrons », écrit Duchesne (56), « que le corps médical se compose en majeure partie d'hommes honnêtes et scrupuleux qui, estimant avec Montaigne que « Science sans conscience est la ruine de l’âme», n’obéissent, dans la pratique de leur art, qu'à des préoccupations où domine le souci de l'intérêt des malades, pris en particulier, aussi bien que de l'intérêt général. À côté de cette majorité, 1l existé une minorité d'individus qui ne songent d’abord qu’à