‹ Du cheval mû et bien misChapitre 3 sur 42 · DISPOSITION DE LA MASSE · texte numérisé non relu

DISPOSITION DE LA MASSE

La masse ayant été assouplie, pétrie, rendue malléable, le cavalier n'a plus qu'à la disposer et à V animer sur la disposition.

Voici donc la masse du cheval préparée à l'obéissance parles assouplissements, venue, par ce travail, à composition, rendue malléable, à la disposition complète du cavalier, ne pouvant plus opposer à son action la contraction musculaire engendrant la résislance.

Il va falloir maintenant la disposer pour répondre, dans les meilleures conditions possibles, aux actions combinées du cavalier, puis Vanimcr.

« Ton nez va devant, suis ton nez », dit un des personnages de Jean Richepin, dans la pièce Les Truands, représentée à l'Odéon en 1899.

L'application du principe que '< le corps du cheval, sa masse, prenant la direction de la tête, il suffit, pour la conduite, quand l'impulsion est donnée, d'influencer la tète » doit être mis en pratique d'une façon constante en équitation, et chacun de ceux qui ont le bonheur d'être appelés à monter à cheval devrait s'en pénétrer constamment, dès qu'ils enfourchent ce noble animal.

Le cavalier doit suivre la tête et l'influencer comme le bicycliste influence son guidon pour assurer ou modifier sa direction.

Après nous être représenté la masse du cheval, considérée au point de vue interne, comme un composé de

fibres, m asculaires et nerveuses, qui doivent être travaillées et assouplies pour ne pas résister à nos actions, considérons cet assemblage, la niasse, envisagée au point de vue externe, telle qu'elle se présente à nos yeux et remarquons qu'elle affecte sensiblement la forme d'une tlèclic, dont la tète est la pointe.

De même que, pour une flèche, l'impulsion estdonnée, par la détente de la corde de l'arc, à la partie postérieure; de même, pour le cheval, l'impulsion, sollicitée par l'action du cavalier et imprimée par l'engagement et la détente des postérieurs, vient de l'arrière-main. ,es.ué du .non- Une fois Cette flèche en mouvement, la masse, si vous ;cme.u.son..ii- j^^- donnez uuc rigidité suffisante, suivra forcément la direction prise par la pointe, la tête, tant que des causes nouvelles ne viendront pas entraver la marche en avant ou modifier la direction première. Et en cours de route, il suffira, pour modifier la direction de cette flèche, d'influencer la pointe, soit directement, soit indirectement, pour que la masse, entraînée pur la force d'inertie, coule dans la direction indiquée.

De même un arln-e, si long et gros qu'il soit, flottant au fil de l'eau, f/ mis en mouvement par le courant, peut subir une modification importante dans sa direction par le seul attouchement dune petite l)adine, serait-elle tenue par les mains d'un enfant, agissant, soit sur la pointe, ce qui produira un effet direct, soit sur le talon, ce qui produira, sur la pointe encore, un effet indirect, mais amenant également un changement de direction i. Il est évident que, s'il en est ainsi, c'est que le coefficient de frottement de l'eau est excessivement faible;

1 En 1872, un bateau-lavoir, qui avait rompu ses amarres, doseondait la Seine à la dérive. Au pont de Bercy, il menace de heurter un échafaudage chargé d'ouvriers. Une catastrophe -^ "ummeu e Mathias Monternach, auquel on va élever un "^o^^""^^"* .,P°^" ;^^ nombreux sauvetages, s'élance dans une barque ^ ' ^^^^^^^ ^^f^ ;^^ se faire broyer, réussit à détourner, avec une perche, lenoime masse qui passe sans toucher l'échafaudage.

mais, sans vouloir penser que notre comparaison soit juste en tous points, il faut remarquer que, par un premier travail, accompli au moyen d'assouplissements, nous avons amené le cheval à céder à nos moindres actions et à ne plus pouvoir opposer de résistance.

Et encore, une grosse pierre, de forme oblongue surtout, qu'un homme n'aurait pu ébranler, tant qu'elle était fixée et qui, détachée par une cause quelconque de son point d'appui et roulant sur une pente, viendrait menacer une personne faisant l'ascension, peut être dérangée de sa direction première, quand elle est en mouvement, par la rencontre d'un arbre, serait-il petit, venant frapper une de ses extrémités, ou avec un pic, et au moyen d'un effort relativement faible effectué sur son passage pendant qu'elle dévale.

Il ressort de ces exemples, pris dans la nature : 1" que le mouvement est essentiel ; 2° que quand il s'agit, en particulier, d'un objet ayant une forme allongée, l'impulsion peut être utilisée, pour les changements de direction, en opérant une action sur l'un des deux bouts, cette action produisant, dans les deux cas, s'il y a une rigidité suffisante, son effet définitif sur le petit bout, la pointe, imprimant la direction générale; cette action, cette force, peut être appliquée en cfïet, soit à la partie antérieure, l'effet produit étant alors direct, immédiat, soit à la partie postérieure, ce qui entraine, par effet indirect, le changement de direction de la pointe du côté opposé.

Mais, que l'on agisse sur l'un ou l'autre bout, l'effet ne pouvant se produire avec facilité que par suite du mouvement, de l'impulsion, la première préoccupation de celui qui veut utiliser cette force, pour obtenir un effet nouveau tel qu'un changement de direction, sera de ne pas entraver celte force, le mouvement.

Chez le cheval, qui nous occupe, la force réside dans la contraction des muscles et, pour l'impulsion, dans la

contraction spéciale des muscles de l'arrière-main, construit, il n'y a qu'à le regarder, pour pousser et projeter la masse en avant.

Il faut donc : Premier point : Solliciter l'arrière-main et en ])articulier les membres postérieurs pour qu'ils s'engagent sous la masse et s'emploient comme l'a conçu la nature. Nous étudierons cette nécessité dans une de nos causeries suivantes et nous verrons comment on peut obtenir que ces agents d'impulsion soient contraints à fournir le degré d'impulsion sollicité sans le dépasser;

Deuxième point : L'impulsion étant produite, acquise, il faut l'utiliser et, pour cela, tout faire pour ne pas l'enrayer, pour ne pas diminuer son intensité, le cavalier supprimant par conséquent, autant qu'il est possible, toutes les causes d'entraves et de Uottements qui peuvent restreindre le travail de rendement.

Continuant à faire passer le lecteur par la môme succession d'observations et de réflexions que celle par laquelle nous avons été amené à passer nous-mème, nous résumerons et condenserons ces différentes considérations de la manière suivante :

En premier lieu, examinant comment le cheval impressionnait notre intelligence, notre vue, au point de vue de sa forme générale, la réponse bien précise est celle-ci : Le cheval a une forme allongée, taillée en flèche, disposée pour le mouvement en avant.

Étant donné cet animal ayant la forme d'une flèche, quels sont, après examen de sa construction spéciale, les moyens les plus logiques et les plus pratiques pour nous en servir comme monture?

Le diriger en agissant sur les deux bouts, sollicitant l'impulsion de l'arrière-main , mais en exigeant , par son maintien, qu'il ninflue sur la direction de la pointe qu'à bon escient, le cavalier influençant en même temps la pointe, la tète, le plus près possible de cette pointe.

Du centre de gra vite. Sa situa tion.

Équilibre. Ligne fie gravitation.

de son extrémité, pour maintenir la direction ou en changer, mais avec le plus de légèreté et de dextérité possible, afin de ne pas entraver l'impulsion et pour assurer l'engagement bien précis dans la nouvelle direction recherchée, sans hésitations et, surtout, sans fluctuations.

Ces premières données ressortant clairement de nos réflexions, nous étions amené à rechercher les meilleurs procédés pour l'application et nous étions convaincu bientôt qu'il importait de combiner nos actions, et principalement celles qui agissent sur les deux bouts, de façon qu'elles viennent influencer le centre de gravité dans les conditions les plus favorables à une bonne locomotion.

D'après Goubaux, directeur d'Alfort, et Barrier, professeur d'anatomie à la môme école ^ qui citent euxmêmes l'opinion de Borelli, du professeur Colin, du général Morris et de Baucher, le centre de gravité du cheval, dont la situation exacte n'a jamais été déterminée d'une façon rigoureuse, est situé dans le plan médian symétrique du corps du cheval à l'intersection de deux lignes, l'une horizontale, qui, passant par ce plan, pénétrerait par le poitrail, l'autre, verticale, tombant en arrière de l'appendice xiphoïde du sternum ; mieux encore peut-être, ce point d'intersection se confondant avec la rencontre de deux diagonales ayant chacune comme direction générale celle d'un des bipèdes diagonaux (de l'épaule à la hanche opposée) ; c'est donc, autant qu'on peut en juger par les expériences faites (Morris, Henry Marey, Baucher, etc), à peu près au centre de la cavité thoracique que se meut et se déplace le centre de gravité.

Pour que l'équi'ibre — état d'un corps sollicité par des forces qui s'entre-détruisent ou qui s'annulent sur

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