SEPTEMBRE
Malades restant le 5 1 août. . . 17,
Il en est entré :
jours.
Le i —
entraDS.
jours. entrans.
Le 5 —
joiirs.
entrais.
joars.
entrans.
Le
Le 18 -
TOTAL , 4ï. (t)
Sur
Ce
nombre ,
seize sont morts.
morts.
le
jours.
morts.
5 le —
jours.
Sur ces seize , douze seulement sont morts du choléra, trois de gastro-entérite, et un d’arachnitis.
A l’époque où la salle fut évacuée et destinée à la chirurgie, douze malades étaient encore en traitement , mais deux seulement étaient cholériques.
(1) Je ne comprends pas dans ce nombre sept autres malades qui ont également etc placés dans mon service, mais qui n’étaient pas cholériques.
Quarantaines.
Tout le monde sait que la quarantaine est le temps pendant lequel les voyageurs , qui reviennent d’un pays où règne une maladie dite contagieuse , sont obligés de séjourner dans un lazaret , ou à bord, des vaisseaux, lorsqu’ils sont arrivés dans des ports de l’Europe; que la quarantaine se prolonge quelquefois au-delà de quarante jours, quoique souvent sa durée soit beaucoup moindre ; qu’elle a lieu sur terre lorsque des maladies contagieuses forcent d’établir des cordons sanitaires , et que des individus veulent quitter le pays infecté pour se rendre dans un autre qui ne l’est pas ; et , qu’enfin , pendant sa durée, les voyageurs ne communiquent pas avec les liabitans du pays où elle se fait. Voyons quelles
ont été toutes celles que nous avons faites en revenant de Pologne avec mon collègue, M. Dagon de la Conterie.
La première ( nous en fîmes cinq ) eut lieu en Prusse , dans le grand duché de Posen , à une lieue d’Ostrowo, et une demi-lieue des frontières polonaises. Le lazaret , établi au milieu de la campagne , représentait un carré parfait, au milieu et sur les flancs duquel étaient élevées plusieurs baraques en bois de sapin. Chaque baraque, divisée en plusieurs cellules de dix à douze pieds carrés, était isolée l’une de l’autre par des fossés pleins d’eau stagnante et bourbeuse-, enfin, des palissades en planches fermaient le tout. Aux quatre angles de la barrière d’enceinte étaient des lieux d’aisance non inodores. L’espace compris entre chaque baraque et la palissade, servait de cour ou de promenoir. La porte d’entrée principale de chaque baraque offrait , dans sa partie moyenne et supérieure , une bascule destinée à recevoir les alimens. Chaque cellule, éclairée par une ou deux petites fenêtres , tout au plus assez spacieuse pour loger une seule personne, en recevait quelquefois jusqu’à trois ou quatre.
Deux fois le jour, le matin et le soir, les quarantenaires étaient visités par le médecin. Celui-ci,
chargé de la santé des prisonniers (je ne puis dire des malades; car, à part l’ennui général, tout le monde se portait parfaitement bien), chargé également de la fumigation des lettres et de tout ce qui sortait du lazaret, avait la précaution, pour sa santé personnelle , de se revêtir d’une longue robe et d’un grand capuchon de toile cirée. Ainsi garanti des miasmes et des gaz cliolériferes , notre courageux Esculape ressemblait parfaitement à une momie ambulante. Estce bien là le costume qui convient au médecin , à celui dont le saint ministère est, d’abord, de tranquilliser les malades sur le danger de leur affection , et de les traiter ensuite. Quand on croit sa conservation si précieuse à l’humanité, ne pourrait-on pas prendre des précautions moins ridicules , moins effrayantes pour les malades? Un tel déguisement m’a fait croire aux anecdotes suivantes qui m’ont été racontées depuis. Aux environs de Breslau , quelques médecins, très-contagionistes sans doute, n’entraient pas chez les malades; ils les consultaient à la porte ou à la fenêtre. Quelques autres, plus hardis , faisaient deux pas dans la maison , et interrogeaient les cholériques à l’aide de porteyoix.
Dans le lazaret d’Ostrowo , les choses nécessaires à
la vie la plus commune nous manquaient: nous n’avions aucun liquide potable , excepté le vin que
notre bourse nous défendait. L’eau était laiteuse
eL hydro-sulfurée ; la bière infecte et bourbeuse ; le pain noir et dur*, les pommes de terre, le beurre, le sel étaient seuls supportables. Pour coucher , nous avions le plancher séparé de notre dos par une paillasse de deux pouces d’épaisseur , un drap et une couverture de quatre pieds de long ; pour pot de nuit, nous avions la cour* pour chaises, nos talons, etc.
Tel est le tableau fidèle du lieu dans lequel nous sommes restés cinq jours, et dont nous sommes partis plus malades que nous ne l’étions en y entrant. . Et c’est ainsi que l’on prétendait arrêter la marche du choléra! Du reste, nous étions en rapport avec les officiers et les soldats qui étaient chargés de la garde du lazaret, et les nouveaux arrivés communiquaient avec les plus anciens.
Notre quarantaine terminée , on nous donna à chacun un certificat de départ, une espèce d’état de santé signé par le directeur , le médecin du lazaret et le commandant militaire , et sur lequel se trouvaient : i° nos noms et prénoms, qualités et signalement*, 2° le lieu de notre départ, et quel chemin
nous avions parcouru \ 3° l’indication du temps que nous avions mis à faire notre route ; 4° les noms des pays par lesquels nous avions passé, et ceux des autorités qui nous avaient délivré notre certificat j 5° 1 état sanitaire des pays traversés j 6° l’état de notre santé 70 le but de notre voyage et où nous allions ; 8° la description de nos effets avec l’indication de ceux qui étaient susceptibles de s’imprégner de la maladie ; 9° enfin , dans l’avant-dernière colonne , il était dit comment nous voyagions , et dans la dernière se trouvaient les observations.
Avec un certificat aussi détaillé, aussi en règle , nous nous croyions tranquilles pour quelques jours , et nous pensions sortir de la Prusse sans faire de nouvelles quarantaines. Erreur grossière ! Le lendemain , 2 octobre, à onze heures du soir, nous avons été arrêtés de nouveau à Sulaii, petit village de la Silésie prussienne, situé sur la Barche, rivière qui va se rendre dans l’Oder.
Ar rivés fort tard dans ce pays , le bourgmestre nous le fit traverser, nous fit renfermer jusqu’au lendemain matin et garder par six landwehrs ; trois étaient avec nous et trois autres en dehors. Couchés sur une paillasse, enveloppés dans nos manteaux, une jatte de lait pour souper, nous passâmes la nuit
clans une chaumière ou à peine deux personnes (nous étions six) auraient pu respirer à Taise. Le lendemain , nous pensions partir de bonne heure, car le village, ayant été traversé la veille , et infecté s’il eût dû letre , il nous paraissait inutile de faire quarantaine à la porte par laquelle nous devions sortir. Il n’en fut rien, et malgré nos justes réclamations, nous avons fait là une seconde quarantaine de cinq jours : ainsi l’avaient décidé messieurs les membres du conseil de santé composé du médecin , d’un marchand bonnetier, d’un maréchal ferrant, cTun charron, du bourgmestre et de son secrétaire. Ce ne fut pas sans peine que nous cédâmes à la décision de gens aussi habiles, excepté un, en pareille matière ; mais enfin il fallut nous rendre. Nous nous consolâmes en pensant que si cette nouvelle quarantaine n’était pas nécessaire aux habitans de Sulaü, elle pouvait l’être à ceux du pays voisin ; nous pensâmes aussi que monsieur le bourgmestre n’était peut - être pas fâché de venger ses subordonnés de la frayeur que leur avait causé notre brusque arrivée, et nous faire payer l’encens, les baies de genièvre, le vinaigre, etc., qu’on avait brûlé à la poste aussitôt que l’on apprit que nous venions de Krotoszyn , où il y avait, nous dit-on, plus de quatre-vingts malades cholériques.
Ainsi qu’à Oslrowo, la plus simple des lois hygiéniques n avait pas été observée à Sulaü. Avec l’étroitesse de la pièce qui nous servait de réduit, il nous fallut supporter l’odeur infecte du fumier placé devant et derrière ce que les habitans appelaient lazaret. Lescinq jours de cette nouvelle captivité étant expirés, on nous donna de nouveaux certificats de santé, et nous sommes partis : cette quarantaine nous a coulé à chacun à peu près quarante francs.
Notre troisième contumatz (quarantaine) eut lieu à Gôrlitz, petite ville de Silésie. Là, un ancien hôpital assez bien exposé, situé dans un des faubourgs de la ville, avait été destiné pour servir de lazaret. La propreté régnait dans l’établissement , et les cellules y étaient suffisamment grandes et assez bien éclairées ; la nourriture y était bonne-, mais on communiquait trop facilement avec les personnes du dehors. Je ne fais cette observation , non pour m’en plaindre , car ce peu de sévérité abrégeait notre ennui , mais pour faire voir toute l’absurdité et toute l’inutilité des quarantaines faites en Prusse. Dans ce pays , les voyageurs seuls étaient suspects; les personnes qui les visitaient, qui les servaient , comme le médecin, les domestiques, pouvaient circuler impunément dans la ville, vaquer à leurs affaires. Ceux-là ne pouvaient-
ils donc infecter la ville? Non, car nous étions tous bien portons; mais il fallait bien tenir tous les voyageurs en chartre- privée., afin de prélever quelque chose en faveur des dépenses qui avaient été faites pour les lazarets.
Le médecin du lazaret de Gorîitz nous a paru un homme d’esprit et de talens. Je regrette beaucoup ne pouvoir lire son nom sur la feuille de santé qu’il nous a délivrée avant notre départ.
Malgré les trois certificats de santé que nous avions en sortant de Gôrlitz, certificats qui, comme on l’a vu jusqu’alors, n’ont pas empêché que nous n’ayons été arrêtés toutes les fois que cela plaisait aux autorités des nouveaux pays par lesquels nous passions, nous avons fait une quatrième quarantaine aux portes de la Saxe , et une cinquième avant de pénétrer en Bavière. Ainsi, cinq fois nous avons été arrêtés , cinq fois nous avons payé fort cher les soins ridicules que l’on prenait de notre santé et de la contagion que nous pouvions entraîner avec nous.
De tous les médecins attachés aux lazarets dans lesquels nous avons été renfermés , pas un ne croyait à l’utilité des cordons sanitaires , tels qu’ils étaient conçus.
Avant d’entrer en Saxo, nous sommes restés cinq
jours à Reichenbach , à trois lieues à peu près de Gôrlitz. Dans cette quatrième station, exigée seulement par les Saxons qui, à cette époque, voulaient qu’on eût fait vingt jours de quarantaine avant qu’on ne pénétrât sur leur territoire , nous avons été entièrement libres et logés dans un hôtel. Nous n’eûmes donc à regretter que notre temps et notre argent. Enfin nous sommes allés jusqu’à Toepen , frontière de la Bavière, où nous avons fait encore, et pour la dernière fois , six jours de quarantaine.
Le lazaret de Toepen était tout aussi mal établi , aussi mal dirigé que ceux d’Ostrowo et de Sulaü. Les premières lois de l’hygiène y avaient été oubliées ou méconnues •, la nourriture y était mauvaise,, les cellules très-petites, etc. Il est vrai qu’on élevait de nouveaux bâtimens sur le haut de la côte ; mais on croira facilement qu’il ne nous prit pas envie d’attendre qu’ils soient terminés.
Maintenant que nous avons fait connaître les lazarets dans lesquels nous sommes restés en Prusse et en Bavière , que nous avons indiqué tout ce qu’ils présentaient de contraire au but que l’on s’était proposé en les établissant, examinons Futilité des quarantaines en général. Dans le chapitre suivant et dernier, nous indiquerons ce qu’il y aura de mieux à faire dans le cas
où le choléra , ou toute autre épidémie menaceraient d’envahir la France.
Les quarantaines ne peuvent être utiles contre des épidémies qui , comme le choléra, n’ont pas de période d’incubation fixe, un espace de temps déterminé pendant lequel la maladie peut ou ne peut plus être transmise.
Dans cette épidémie , dit encore la commission de l’Académie royale de médecine , est-ce bien la maladie elle-même qui est réellement le fléau le plus redoutable? L’effet moral et les funestes conséquences exercées sur les populations ne sont-elles pas autant à craindre? Restreindre les relations commerciales, refouler les voyageurs, les agglomérer dans des lazarets, n’est-ce pas donner lieu à l’épouvante, à l’augmentation de la misère, et multiplier ainsi les élémens de production et les causes déterminantes de la maladie?
Ne sait-on pas encore qu’en Asie et en Europe , où de nombreuses épidémies de choléra ont eu lieu, qu’aucun accident fâcheux n’est résulté des soins donnés aux malades , des expériences qui ont été faites dans le but d’éclaircir le mode de transmission de l’épidémie? Enfin, ignore-t-on combien il est difficile d’empêcher la violation des quarantaines?
Mais, de ce que la plupart de ces dernières ont été
inutiles, mal conçues, mal exécutées, souvent violées en Prusse, en Bavière et probablement ailleurs , fautil proscrire toutes les précautions, blâmer toutes 1er mesures? Non certainement. 11 est des précautions, des mesures qui doivent être prises , et que , dans l’intérêt de tous , on doit respecter.
Ces précautions , méditées d’abord par des hommes capables de bien juger , seront appliquées avec discernement, sans rigueur , et dirigées seulement par des personnes non étrangères à la profession médicale. Elles seront suspendues aussitôt qu’on en aura reconnu l’inutilité, car , loin de préserver alors du fléau épidémique , elles ruinent le pays où elles sont prises , soulèvent les esprits , et portent les populations à des excès qui sont quelquefois plus terribles que le fléau lui-même. Personne n’a oublié ce qui est arrivé à Breslau et ailleurs, où les autorités ont été méconnues, les habitations dévastées , etc.
On n’établira donc pas de triple cordon comme on la fait autour de Saint-Pétersbourg; on ne menacerai pas de coups de fusil, comme cela est arrivé dans quelques endroits, ceux qui essaieraient de forcer le passage; mais on prendra des mesures plus sages, plus paternelles, mieux entendues, et dont l’utilité et le but seront compris par tout le monde. On n’élevera
pas de cordons qui sont loin de me'riter le titre de sanitaires. Et d’ailleurs, qui croit encore à l’efficacité des barrières, des hallebardes contre les épidémies? Qui ne sait que toutes ces précautions , tous ces moyens, dont le premier et triste résultat est d’entraver le commerce et par conséquent d’augmenter la misère publique, ne remplissent jamais le but désiré?
Il faut donc chercher ailleurs les précautions indispensables , et les établir de manière que chaque voyageur vienne s’y soumettre de bonne volonté , par le seul instinct de sa propre conservation. Je ferai connaître toutes ces précautions dans le chapitre suivant.
Conseils. — Prophylaxie.
Avant d’indiquer les obligations que les autorités et les médecins auront à remplir ; avant de faire connaître les précautions que les citoyens devront prendre dans le cas d’invasion et pendant l’invasion du choléra, je m’empresse de prévenir lelecteur qu’une grande partie de ce chapitre ne sera que le texte du rapport qui a été lu à l’Académie royale de médecine, en séance générale , les 26 et 3 1 juillet i83i.
Après des hommes aussi instruits, aussi éclairés que ceux (1) qui faisaient partie de la commission
(1) MM. Këraudren , Chomcl , Coutanceau , Desportes , Marc, Dupuytren, Boisseau, Pelletier, Louis , Dcsgencttcs, Enicry, et Double, rapporteur.
quia été formée par ordre du gouvernement- après des praticiens dont l’expérience est si riche de faits importons, dont les talens et le savoir oiit clé si souvent utiles à l’humanité, que pouvait-on dire , que pouvait-on faire de mieux? Bien peu de chose. Je n’ai donc point hésité, je le répète, à reproduire ici , comme complément du Mémoire que je publie aujourd’hui , ce qui se trouve entre les mains de tant de personnes.
Si la France devait un jour être envahie par le •choléra, hâtons-nous de le dire, le nombre des victimes serait peu considérable. Riche par sa position géographique, la douceur et la température de son climat ; heureuse d’une industrie et d’une éducation assez généralement répandues , à même enfin de pouvoir jouir presque partout des bienfaits d’une hygiène publique et privée , la France sera toujours , sinon respectée , du moins peu ravagée par les épidémies. Ne se rappelle-t-on plus 1 8 1 4 et 1 8 1 5?
A cette époque , le typhus avait fait d’aussi grands ravages dans nos armées que dans celles des etrangers. Les deux rives du Rhin avaient particulièrement souffert. La maladie marcha , mais en s’affaiblissant, jusque sur les bords de la Loire. Des soldats atteints du typhus entrèrent en grand nombre dans nos hô-
pitaux. Beaucoup d’officiers et beaucoup d’employés portèrent aussi la maladie dans les divers quartiers de la ville. Au moral , plus encore qu’au physique, les Français , les habitans de la capitale surtout, souffraient avec impatience , avec irritation , la présence des puissances coalisées ] cependant , et au milieu de tant de circonstances fâcheuses, le typhus ne put se fixer pour long-temps parmi nous. Il s’éteignit au milieu de l’aisance de la capitale et de celle des provinces du centre. Tout doit nous faire espérer qu’il en sera de même du choléra.
Enfin, que ceux qui tremblent au nom de l’épidémie qui nous menace , épidémie qui peut-être n’a été introduite en Pologne , en Allemagne , en Angleterre, que par suite de la guerre qui a été déclarée entre deux peuples, en faveur de l’un desquels la France a fait les vœux les plus ardens ; que ceux-là sachent que le choléra n’est pas contagieux , et qu’à mesure qu’il s’avance vers les pays civilisés, il devient de moins en moins meurtrier. Que ceux qui demandent sans cesse un préservatif à la médecine , apprennent que le meilleur antidote du choléra, ou de toute autre épidémie , réside dans le courage , le sang-froid et la saine philosophie, (i).
(,) Un autre préservatif a encore été signalé par un médecin espagnol:
Si nous ne connaissons pas bien encore les modes de développement et de propagation du choléra, ses causes d’extension , nous avons quelques notions, quelquès données sur les autres questions qui se rattachent à la pathologie de cette épidémie. Nous savons aussi que les grandes et fréquentes variations atmosphériques , la chaleur ou le froid réunis à l’humidité, les pluies abondantes et de longue durée ; la malpropreté , les agglomérations d’hommes , le séjour des malades dans des demeures étroites, dans lesquelles l’air se renouvelle difficilement; les eaux croupissantes, les fumiers infects et en fermentation devant les habitations; les mauvaises nourritures, le défaut d’habillemens propres à chaque saison ; nous savons , clis-jc , que la réunion de toutes ces circonstances favorise singulièrement l’explosion , la marche , la durée de ce fléau. C’est donc contre cette réunion de causes morbides qu il faut appliquer d’abord les mesures prophylactiques. Ainsi, que le choléra soit contagieux dans certaines circonstances , qu’il ne le soit pas dans d autres (i), que l’on soit contagioniste ou non,
c est la gale; mais quoique le remède ne soit pas pis que le mal , je doute qu il soit mis en usage.
(i ) C est ce que je ne crois pas. Je ne crois pas davantage à la conta-
qu on se rappelle enfin , qu’à Moscou, des personnes qui s’étaient tenues exactement renfermées chez elles, qui n’avaient eu aucune communication avec qui que ce soit, n’en ont pas moins eu le choléra, les autorités administratives doivent toujours , et partout , avant l’invasion de toutes les grandes maladies, faire exécuter les lois de l’hygiène. Elles doivent encore faire observer médicalement et avec le plus grand soin les pays limitrophes, et s’assurer si les personnes qui les traversent sont malades ou en bonne santé, afin de connaître exactement et à chaque instant, ce qui s’y passe par rapport à l’état sanitaire et par rapport à l’épidémie régnante.
Pour éviter les nouvelles alarmantes, que la peur et la crédulité publiques augmentent trop souvent , des médecins éclairés et prudens, dont le choix ne devra appartenir qu’à des hommes non étrangers à l’art de guérir, seront momentanément attachés aux ambassades, ainsi qu’aux légations des pays voisins, déjà soupçonnés ou même atteints. Ces médecins donneront journellement à leurs gouvernemens des documcns dans lesquels on pourra avoir confiance.
gion (l’aucune épidémie, d’aucune maladie interne , et je n’ai pas attendu les arrêts rendus en Russie, en Prusse et en Autriche contre les cordons sanitaires pour affirmer ijuc le choléra franchirait toutes ces ban ici es.
Tous les voyageurs seront soumis à la visite d’un médecin.
Tous seront porteurs d’une carte, dite de santé , sur laquelle seront inscrits i° leurs noms, prénoms, qualités et signalement; 2° le pays d’où ils viennent; 3° le jour de leur départ ; 4° l’état sanitaire des pays qu’ils ont quittés ou traversés.
Tout voyageur en bonne santé, venant d’un pays suspect ou infecté , ne pourra être arrêté plus de vingt-quatre ou quarante-huit heures au plus. Cette quarantaine n’étant qu’une mesure d’excessive prudence , quel est l’insensé qui pourrait s’y refuser ?
Tout voyageur revenant d’un pays sain ne pourra être arrêté.
Tous les effets d’un voyageur, venant d’un pays suspect ou infecté , seront passés au chlore gazeux. Cette précaution deviendra inutile quand les pays quittés ou traversés seront sains.
Dans chaque lazaret , situé dans des lieux secs et bien aérés , devront se trouver un logement sain , une nourriture de bonne qualité, enfin, toutes les conditions voulues pour l’entretien et la conservation de la santé.
Aucune rétribution ne pourra être exigée du qua-r
rantenaire; j’en excepte cependant toutes les dépenses qui seront en dehors du régime du lazaret.
Tous les voyageurs qui seront malades , ou dont la santé offrira la plus légère altération , seront placés dans des maisons disposées exprès , et dans lesquelles chaque affection sera séparée de celle qui Jui sera différente.
Ceux-ci (les malades), ne pourront continuer leur route qu’après leur entière guérison , ou bien , lorsque le médecin sera bien certain que la maladie actuellement existante n’est pas celle que l’on redoute; ou enfin , lorsque la convalescence se prolongerait trop, et qu’il sera démontré que le changement de lieu suffirait pour que le rétablissement de la santé fût complet.
Les malades seront tous traités gratuitement et avec tous les soins , tout le zèle , tout le dévouement qui leur sont dus. Leurs effets seront passés au chlore gazeux.
L’extension du choléra , au moyen des denrées et des marchandises, n’étant pas avérée, et d’ailleurs, les quarantaines auxquelles on les soumet, ne pesant principalement que sur la classe malheureuse en faisant augmenter les prix , aggravant le mal en diminuant les moyens d’existence de toutes les classes
industrielles, on fera bien de ne pas prendre de mesures excessives à ce sujet. Cependant, il est peut-être prudent de dresser une série distributive des denrées et des marchandises suspectes ou susceptibles, comme ledit l’ordonnance de septembre 1821.
Des conseils de salubrité seront institués d’abord dans toutes les villes et bourgs limitrophes du pays infecté ou suspect, et ensui te dans toutes les autres localités centrales. Des conseils de ce genre, ainsi que les lieux d’observation , de dépôt pour les malades, devraient d’ailleurs être permanens, en cas d’invasion , afin de ne pas être pris au dépourvu.
On connaît toute l’inutilité et tout le danger des séquestrations, des cordons sanitaires établis à l’intérieur. De pareilles précautions ne servent qu’à nous faire abandonner les uns les autres, plutôt que de nous secourir mutuellement. Il faut , dans l’intérieur d un pays , pour affaiblir la gravité d’une épidémie et voir diminuer le nombre des victimes , des hôpitaux bien établis , sagement administrés ^ un service médical bien entendu, promptement exécuté * des leçons d’hygiène répandues dans le peuple et mises a sa portée ; enfin , des secours à domicile.
Au lieu de parquer les départemens, les villes et les v ^a8esî comme on 1 a fait dans quelques pays : au lieu
île concentrer les sujets déjà en proie à une épidémie , il faut disséminer ces derniers, les placer dans des lieux sains, propres et aérés; il faut enfin les mettre a même de pouvoir observer scrupuleusement les premiers principes de l’hygiène , principes sans lesquels on est exposé à tous les genres de maladies.
Chaque ville devra avoir son hôpital ; chaque village son bâtiment; chaque bourg , sa maison pour les cholériques. Ces établissemens seront placés dans des endroits où toutes les lois de l’hygiène pourront être observées , et chacun deux aura une maison , dite de convalescence , où l’on transportera tous les individus qui auront échappé à la maladie; on rendra ainsi les rechutes moins fréquentes, et on donnera aux malades tout le temps de se rétablir complètement.
Avant l’invasion , les médecins doivent étudier la maladie , lire les ouvrages de ceux qui ont été à même de l’observer et de la voir de près ; étudier la topographie et la statistique médicales du pays qu’ils habitent et des pays environnans.
S’assurer de l’état sanitaire des prisons , des casernes , des collèges , des pensions et de toutes les réunions nombreuses.
Signaler et réclamer les améliorations jugées néces-
saires par l’hygiène publique et l’hygiène privée.
Faire préparer des habitations convenables pour les cholériques qui ne pourraient être traités chez eux.
Permettre aux personnes du dehors de venir voir leurs parens, leurs amis malades. Des dispositions contraires pourraient donner lieu aux scènes affligeantes, aux désordres qui se sont passés ailleurs.
Tenir compte des mouvemens journaliers des hôpitaux, des maladies des animaux, et surtout des animaux domestiques.
Avant l’invasion , les citoyens doivent seconder avec empressement les autorités administratives et les médecins dans la tâche qui leur est imposée. 11 n’est personne en France qui ne soit disposé , dans l’intérêt de tous , à faire le sacrifice d’une portion de son temps , de sa fortune et même de sa liberté.
Respecter l’ordre public et la tranquillité générale.
\ ivre selon leurs habitudes , quand elles sont bonnes \ les changer si elles sont mauvaises.
Pendant l’invasion, les autorités administratives doivent :
Assurer une juste distribution des secours de Part parmi les individus des classes peu aisées.
Veiller surtout à ce que les malades soient visités, secourus à temps , car tout le succès est là.
Exiger la propreté des rues , le balayage et le lavage des marchés, l’assainissement des boucheries , la purification des égouts.
Recommander la propreté et les bains, aux indigens surtout.
Défendre les réunions nombreuses d individus malpropres, mal nourris, mal vêtus.
Purifier, à l’aide de chlorures liquides , les casernes, les hôpitaux, les prisons et tous les grands établissemens où beaucoup de personnes se trouvent rassemblées en même temps.
Placer provisoirement les marchés hors de la ville , surtout les marchés à denrées extrêmement odorantes, comme le poisson , le fromage, etc.
S’en rapporter aux médecins pour régler les inhumations.
Répandre de la chaux sur tous les cadavres.
Pendant l’invasion les médecins doivent :
User de la juste influence que donne le savoir, et de la considération qui leur est dévolue par leurs fonctions , pour agir sur le moral des familles dont la confiance leur est acquise.
Indiquer les précautions qu’il est réellement utile de prendre dans l’intérêt des malades et des personnes qui les entourent.
Recueillir des observations particulières dont Futilité est reconnue depuis long-temps par tous les praticiens.
Fixer l’époque de l’apparition de l’épidémie ; indiquer ses causes présumées, sa durée, sa terminaison , ses différens modes de traitement , et dire quel est celui qui a eu le plus de succès.
Tracer la carte géographique et l’itinéraire de la maladie.
Comparer la topographie médicale des lieux où la maladie a pris naissance , avec celle des pays où elle a le plus sévi , et celle où elle n’a pas pénétré.
Étudier le mode de propagation et la question de contagion.
Faire des observations barométriques , thermométriques et hygrométriques. Des observations électrométriques pourraient encore être utiles.
S’assurer s’il y a des classes de personnes plus sujettes que d’autres à l’épidémie , et déterminer les professions , les âges, les sexes, les constitutions qui favorisaient ou empêchaient son invasion.
Avertir l’autorité, appeler un confrère, sans bruit et sans éclat, dès qu’un exemple de choléra épidémique se présente.
Comparer le nombre des malades à celui de la population , et le nombre des morts à celui des malades.
Distinguer, parmi les malades, ceux qui sont sous l’influence de l’épidémie, ceux qui n’y sont pas ; et parmi les morts , noter ceux qui ont succombé à l’épidémie et ceux qui sont morts des maladies consécutives.
Pendant l’invasion, les citoyens doivent observer une propreté plus grande que de coutume.
Faire usage de frictions sèches ou aromatiques, d’un exercice modéré, afin d’entretenir convenablement les fonctions de la peau.
Eviter les courans d’air , les suppressions de transpiration, la pluie, le froid des nuits, et surtout les refroidissemens et l’humidité des pieds.
Porter habituellement de la flanelle, vivre avec la modération qui convient à tous les hommes sensés; éviter les excès de tous genres , le vin , les liqueurs fortes , qui sont les causes premières de toutes les maladies.
S’habiller selon la saison , introduire dans l’estomac des alimens de bonne qualité, de facile digestion.
Renouveler l’air des appartemens; purifier celui-ci à l’aide des chlorures liquides, s’il est vicié ; enfin, en-
tretenir parlout la plus grande et la plus minutieuse propreté.
Appeler un homme de l’art aussitôt que la plus légère indisposition se fera sentir; car en médecine comme en morale , il est plus facile de prévenir que de réparer, et Ton doit se rappeler avec quelle promptitude les progrès de la maladie marchent quelquefois. La visite du médecin aura encore ce grand et important avantage, qu’elle tranquillisera le malade, qu’elle rassurera les personnes environnantes, si on a pris pour choléra toute autre affection.
En attendant l’arrivée du médecin, on se hâtera d’étendre un matelas par terre, on y placera le malade, et, devant un bon feu de cheminée, on lui frottera la surface du corps et surtout les extrémités avec des morceaux de flanelle, ou des brosses pas trop dures* On donnera à boire de l’eau chaude, du thé, de la camomille , etc. On pourra également mettre le malade dans un bain très-chaud dans lequel on ajoutera deux ou trois livres de farine de moutarde.
Si le malade ne peut se traiter chez lui, on le transportera, sans perdre un instant, dans les maisons que l’autorité aura fait disposer à l’avance.
Quant à ceux qui ne donnent leur confiance qu’aux marchands de spécifiques et de préservatifs pour tou-
tes les maladies , dont la crédulité fait tout le mérite et toute la fortune des charlatans, qu’ils remplissent leurs poches, s’ils le désirent, de poudres, d’herbes, de flacons, de boites, etc., anticholériques', mais qu’ils ne se plaignent pas si , trop confians dans de telles amulettes , si , vivant avec leurs mauvaises habitudes , ils sont atteints par la maladie.