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Du choléra-morbus, son siège, sa nature et son traitement

En livrant au public le résultat de mes recherches sur le Choléra-morbus , je cède à ce que je crois un devoir; puissé-je voir accueillir favorablement mes idées dont la nouveauté sera peut-être pour plusieurs médecins une cause de réprobation !

Ce n est point une opinion hasardée que j’émets sur celte maladie; ceux qui me liront la trouveront fondée sur les lois de l’anatomie , de la physiologie et sur les phénomènes pathologiques, confirmée par l’autopsie cadavérique, conforme à l’observation , et appuyée par tous les faits recueillis et publies jusqu’à ce jour.

Cette opinion que, durant le séjour que je viens de faire en Angleterre, j’ai souvent professée en présence des médecins les plus distingués de Londres, dans des réunions composées des praticiens qui s’occupaient le plus activement de cette épidémie;

Cette opinion que j’ai, depuis mon retour

à Paris , soumis à mes anciens maîtres et à mes confrères auxquels je suppose plus d’habitude et de connaissance des maladies; cette opinion n’ayant jusqu’à présent rencontré aucune objection solide, aucun contradicteur, je la livre à la publicité.

Si cette opinion est adoptée, j’aurai la satis» faction d’avoir contribué à mettre les médecins sur la voie de la vérité ; si elle est repoussée , c’est qu’on aura trouvé quelque chose de plus satisfaisant. Dans F une , comme dans l’autre circonstance , je devrai des remercîmens à ceux qui me feront l’honneur de me communiquer des raisons ou des faits , soit pour combattre cette théorie, soit pour l’appuyer.

Je 11e désigne sous le nom de Choléra-Morbus, que cette période que l’on appelle Algide, que j’appellerai nerveuse, qui se termine par un état de stupeur , dont la durée est très variable , peut être de 5 heures, de 10 heures, de 2 4 heures; je ne sache pas que jamais on l’ait vu durer plus long-temps. Je regarde comme consécutifs, et d’une nature toute différente, souvent comme un effet du traitement , les phénomènes si variables , si inconstans ? quelquefois nuis qui succèdent à cette période.

S’il est vrai que cette maladie se fasse remarquer par les dérangemens qui surviennent dans les fonctions de la digestion , de la respiration , de la circulation et des sécrétions;

S’il est vrai que l’on trouve constamment â l’autopsie des cadavres qui ont succombé au choléra :

La vessie dépourvue d’urine,

La vésicule biliaire remplie de bile ,

Un liquide blanchâtre , floconneux , dans l’intestin grêle ,

Du sang noir dans les artères.

S’il est encore vrai que les signes caractéristiques de celte maladie soient :

Des déjections intestinales dépourvues de matières colorantes ,

La cessation du pouls,

Le réfroidissement de toutes les parties du corps, d’abord des extrémités, puis du centre,

Le défaut d’hématose,

La cessation de la sécrétion urinaire :

S’il est vrai qu’avant de présenter ces symptômes , le malade éprouve une petite diarrhée sans colique;

Un sentiment vague d’inquiétude et de faiblesse;

La conviction d’un commencement de maladie , sans presqu’oser en faire l’aveu ;

Nous devons être étonnés que les médecins ne soient pas d’un avis unanime sur la nature

et le siège de celte maladie, et que les opinions pour le traitement soient si dissidentes.

Comment, en effet., l’anatomiste a-t-il pu voir un cholérique sans se rappeler la grande division indiquée par Bichat : en organes de la vie organique, et organes de la vie animale?

Je copie textuellement Bichat, et j’appelle toute l’attention des médecins sur ce passage :

« Tous les anatomistes ont considéré jus- » qu’ici le système nerveux d’une manière » uniforme , mais pour peu que l’on réfié- » chisse aux formes, à la distribution, à la texture , aux propriétés et aux usages des branches diverses qui le composent, il est « facile de voir qu elles doivent être rappor- * tées à deux systèmes généraux , essentielle- » ment distincts l’un de l’autre, et ayant pour » centres principaux , l’un le cerveau et ses dé- » pendances , l’autre les ganglions. Le premier

» appartient spécialement à la vie animale ; il

» y est, d’une part, l’agent qui transmet au » cerveau les impressions extérieures desti- » nées à produire les sensations, de l’autre » part il sert de conducteurs aux volitions de » cet organe, qui sont exécutées par les mus- » clés auxquels ils se rend. Le second , près-

» que partout distribué aux organes de la di- » gestion, de la circulation, de la respiration , » des sécrétions, dépend d’une manière plus » particulière de la vie organique , où il joue » un rôle bien plus obscur que celui du pré- » cèdent. »

Cette division professée, généralement reconnue , adoptée par tous les anatomistes depuis Bichat, ne peut être aujourd’hui méconnue.

L’anatomie ne démontre-t-elle pas jusqu’à l’évidence que certains organes ne reçoivent de nerfs que du cerveau ; d’autres que du système ganglionaire , autrement dit grand sympathique , et que d’autres reçoivent des nerfs de l’un et de l’autre système?

IS’est-il pas démontré que les organes qui tirent leurs nerfs du cerveau sont soumis à notre volonté? qu’ainsi nous pouvons contracter les fibres musculaires qui font agir nos doigts , nos membres , modifier les mouvemens qui en résultent, et que toutes les sensations perçues par cette classe d’organes , sont rapportées au cerveau ?

3N’est-il pas démontré que les organes au contraire qui reçoivent leurs nerfs du grand

sympathique , sont indépendants de notre volonté , et les sensations perçues par eux ne sont point rapportées au cerveau?

Ainsi nous ne pouvons pas faire que notre cœur batte plus vite ou plus lentement, nous ne pouvons pas faire que notre poumon absorbe une plus grande quantité d’air , que notre estomac se débarrasse des aiimens contenus dans sa cavité, que le foie sécrète une plus grande quantité de bile , le rein une plus grande quantité d’urine, etc.

Ainsi les sensations perçues par ces organes ne sont point rapportées au cerveau, notre cœur est rempli de sang , nous n’en avons pas la conscience. L’air introduit dans nos poumons est froid ou chaud , nous n’en éprouvons aucune sensation. Des aiimens sont portés dans l’estomac , nous n’en gardons que le souvenir , nous ne pouvons pas faire que cet organe les digère plus vite ou plus lentement ; tant qu’ils ont été dans la bouche , nous en avons apprécié la température, la saveur, les qualités âcres ou alcooliques ; à peine ont-ils franchi l’arrièrebouche , que nous ne les sentons plus , l’estomac les digère malgré nous, et indépendamment de notre volonté.

N est-il pas encore démontré que les organes qui tirent leurs nerfs du grand sympathique et du cerveau, sont, jusqu’à un certain point , soumis à notre volonté , et les sensations perçues par eux, sont, dans certaines circonstances , rapportées au cerveau ?

En divisant ainsi les organes en trois classes , nous trouverons :

i° Des organes qui ne reçoivent des nerfs que du grand sympathique.

2° Des organes qui reçoivent des nerfs et du grand sympathique et du cerveau.

5° Des organes qui ne reçoivent des nerfs que du cerveau.

/La partie moyenne du tube intestinal, | La vésicule biliaire, tLe foie ,

Dans la iTe série /La rate, nous placerons : \ Le Pancréas ,

J Le rein , f Le coeur ,

\ Les vésicules pulmonaires»

Dans la üc série j nous placerons : \

L’estomac , La vessie ,

Le colon , Le rectum , L’œsophage Le pharynx.

Le larynx.

Dans la 5e série j Tous les muscles du tronc et des nous placerons : ? membres.

Que conclure de ces considérations physiologiques ?

Que les organes delà première série peuvent être malades sans que nous en soyons prévenus, ou par la douleur, puisque les sensations ne sont pas rapportées au cerveau , ou par les dérangemens qui surviennent dans leurs fonctions, puisque ces fonctions ne sont pas apparentes.

Que les organes de la deuxième série ne peuvent être malades sans que nous en soyons prévenus, soit par le dérangement de fonctions , soit par un sentiment de douleur.

Que les maladies de la troisième série ne peuvent jamais être méconnues.

Il est à regretter que les praticiens n’aient pas plus tôt fait l’application de ces données physiologiques aux phénomènes que présente le choléra-morbus ; il est très-probable :

Que tous les praticiens seraient maintenant d’accord sur le siège de cette maladie, sur sa nature et sur le traitement.

Que les phénomènes , peu appareils à la vérité , mais constatas , qui se font remarquer au début de la maladie , seraient mieux connus et mieux appréciés.

Que, dans un grand nombre de cas, on en aurait arrêté le développement en n attendant pas , pour constater la maladie et y opposer un traitement, que certains organes aient déjà cessé leurs fonctions.

Car tous les médecins de bonne foi conviennent que c’est seulement au début de la maladie que la médecine offre quelque ressource contre cette épidémie.

Pour moi , le choléra n’est ni une- inflammation du tube intestinal , ni une asphyxie du poumon , ni une maladie cérébro-spinale.

Je la regarde comme une maladie analogue à l’épilepsie. Le choléra-morbus est au grand sympathique, ce que l’épilepsie est au cerveau.

L’épilepsie apporte des dérangemens dans les fonctions de tous les organes de la vie annimale.

Le choléra-morbus apporte des dérangemens dans les fonctions de tous les organes de la vie organique.

Puisqu’on ne peut nier que la première ait son siège dans le cerveau , pourquoi refuserait-on d’admettre que le second ait le sien dans le grand sympathique?

Tous les médecins qui possèdent des connaissances positives en anatomie, en ont eu la

pensée, mais aucun, je crois, jusqu’à présent, ne l’a démontré anatomiquement, physiologiquement et pathologiquement.

Je vais tâcher de le faire.

Si Ion tient compte des différentes périodes de cette maladie, on remarque que le choléramorbus, observé en Asie, en Afrique, en Europe, a partout offert les mêmes symptômes, et que les cadavres ont constamment présenté à l’autopsie les mêmes phénomènes dans les organes.

Si dans les observations publiées jusqu’à ce jour nous trouvons quelque différence, elle vient de ce que l’examen n’a point été fait à la même période de la maladie. Toutes les autopsies cadavériques faites par nos plus habiles médecins au début de l’épidémie n’ont offert aucune altération de tissu , parce que presque tous les malades succombaient à la période de froid ; maintenant l’épidémie perdant de son intensité, la maladie parcourt ses périodes avec moins de rapidité , la réaction a lieu le plus souvent , beaucoup de malades guérissent , et l’autopsie des cadavres cholériques présente constamment des altérations de tissu plus ou moins appréciables.

Comme Font fait remarquer tous les observateurs de tous les siècles , au commencement d’une épidémie les malades succombent avec une promptitude extrême , tandis qu’à la fin ils guérissent presque tous , ce qui fait croire aux médecins qu’ils ont trouvé les moyens de guérison.

Je distinguerai , comme on l’a fait jusqu’alors pour cette maladie , trois périodes :

Période d’invasion , période algide, et période de réaction.

Dans la première période , dérangement dans les fonctions des organes de la première série , c’est-à-dire de ceux qui ne reçoivent des nerfs que du grand sympathique.

Dans la seconde période, dérangemens dans les fonctions des organes de la seconde et de la troisième série.

Dans la troisième période , réaction ou résurrection des organes, c’est-à-dire que les organes qui avaient cessé momentanément leurs fonctions les reprennent.

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