‹ Du christianisme au germanisme; l'évolution religieuse au 18e siècle et la déviation de l'idéal moderne en AllemagneChapitre 202 sur 210 · Cf. ci-dessus, dans le présent chapitre · texte numérisé non relu

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CONCLUSIOjN

Nous avons présenté l'Histoire d'une formation monstrueuse, née du monde moderne et entretenue à ses dépens. En établir l'origine, le sens et la valeur, c'est libérer l'esprit de cette illusion naturelle que produit la masse obscure d'un système étrange et complexe, qui prend les aspects d'une « Culture », d'une Eeligion, d'un Etat.

Le Germanisme procède d'une confusion singulière des domaines de l'esprit. Sa « vérité » n'est qu'intérêt ou ambition. Tout autre est la Vérité humaine. Parler d'elle, c'est parler de la civilisation.

D'abord, elle met sa clarté dans l'esprit lui-même, lorsqu'il apprend à n'y rien mêler qui l'égaré. La première et essentielle conquête de la Science est d'attribuer à la raison ainsi éclairée la connaissance du monde, connaissance toute progressive, certes, et bien relative à l'iiomme, mais dont il est sage, c'est-à-dire scientifique, de se contenter. Cette œuvre de discernement intellectuel forme le plus bel apport de l'esprit grec dans l'humanité. Les causes surnaturelles ne sont des causes que dans la fiction des poètes; quand on a parlé de l'existence des dieux, on n'a rien expliqué : ce qui d'ailleurs n'empêche point d'y rêver avec grâce, parce qu'elle prête aux sentiments nobles, au respect, au goût des

formes idéales, et qu'elle élève parfois la volonté au-dessus des circonstances. De comprendre nettement quel est le rôle et le prix d'un idéalisme, on lui confère une belle pureté, qui se ressent de l'indépendance même et de la pureté de l'esprit de science. Aux époques reculées, on ne le soupçonne pas : savoir et sentiment restent confondus, dans ces ténèbres qui font la barbarie. Au contraire, le généreux sens de la vérité — généreux parce qu'il engendre sans cesse la connaissance et l'intelligent progrès — , c'est le sens universel où peut se rencontrer l'univers qui pense : accord des intelligences devant l'observation quand elle sait être précise, accord des individus, accord des nations. Car l'humanité, si elle évolue, néanmoins n'est susceptible que d'une seule notion de la science objective, qui mérite le nom de vérité : ce qui varie à cet égard, ce sont les fausses hypothèses, les théories d'un temps, illusions qui dupent parce qu'elles n'étaient pas la vérité ; mais la vérité elle-même, et sa recherche patiente à travers les systèmes et les erreurs qui passent, en ce sens, la vérité est éternelle... Ainsi la civilisation grecque, obscurcie plus tard par des siècles de moyen âge, s'est réveillée chez nos pères à l'époque moderne, servie par le même goût de l'observation précise et du beau langage clair. Cette vue de l'Histoire réconforte et instruit : le Moyen Age, ou bien tous les systèmes d'erreur, sont des malaises d'un temps, dont l'humanité se guérit de même qu'on revient à la lumière du jour. Répétons ces perpétuels principes, qui nous aidèrent à juger le Germanisme : une intelligence

indépendante, et un bel idéalisme, ont marqué toute civilisation.

La clarté est le prélude d'une harmonie. L'Intelligence, afîrancliie d'une occasion constante de trouble et d'erreur, devient alors l'éducatrice naturelle du sentiment, et de l'action.

Elle est en effet la vigilance qui instruit et protège. Aveuglement barbare, si elle n'est pas ; désorganisation décadente, si elle n'est plus. Elle désigne aux hommes et aux peuples la réalité qui les entoure, et leur inspire les justes résolutions. Elle leur donne, avec la vraie culture clairvoyante, l'énergie de la maintenir. Car, s'il faut mieux définir la Civilisation, nous dirons qu'elle apprend à aimer et vouloir avec une intelligence plus haute.

Eené Lote.

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