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Considérées au point de vue de leur position géographique, les stations énumérées dans le tableau ci-dessus sont maritimes ou continentales ; toutes, à l'exception de Pau, du Caire et des régions supérieures du Nil, rentrent dans la première catégorie ; mais, quant à la latitude, toutes celles de l'Italie et de la France, placées dans la zone tempérée, offrent des conditions de température bien différentes de celles des pays vraiment chauds ; et Madère, à la fois sur la limite de la zone tropicale et située dans le grand Océan, présente des particularités qui en font un séjour des plus recommandables.
Quoique l'organisme vivant n'ait pas précisément à compter avec les moyennes, il n'est pas moins vrai que celles-ci découlent des données variables et que, quant à la température, elles ont un sens d'autant plus précis qu'elles permettent de mieux saisir les écarts extrêmes. Elles nous fournissent, en outre, les moyens d'établir une ligne de démarcation bien nette entre les différentes stations d'hiver. Nous comprendrons donc, dans un premier groupe, les localités qui ont une moyenne annuelle inférieure à i5°; puis, dans un autre, celles dont la moyenne tombe entre 1 5 et 200; et, dans le dernier groupe, nous plaçons les localités dont la moyenne est de 200 et au-dessus. De cette manière, nous voyons se ranger les unes à côté des autres les trois villes de Pau, Nice et Venise, qui, placées à peu près sous le même degré de latitude, ont joui presque d'une égale réputation, et cependant elles se trouvent dans des conditions qui sont loin d'être identiques.
Pau, située au pied des Pyrénées, garantie contre la violence des vents, également éloignée de l'Océan et de la Mé-
diterranée, doit avoir un climat continental dont les températures extrêmes s'éloignent plus de la moyenne que dans les deux autres stations, qui sont maritimes. En effet, la différence entre la plus haute et la plus basse température observée à Pau peut aller à plus de 42°, et le froid de l'hiver atteint même parfois io° au-dessous de o°, circonstance qui paraît tenir surtout au voisinage de hautes montagnes couvertes de neige. Aussi les mois d'hiver, d'après le professeur Mermet (1), qui a observé la température de Pau pendant les années i83y, 38, 3g, 4o et /\i, sont-ils très- froids, puisque la moyenne de janvier est parfois inférieure à 3°; que celle de février ne dépasse pas ordinairement 5°, et que décembre a une moyenne peu supérieure. Ce sont, dans cette localité, les trois mois les plus froids de l'année. Si ce point méridional de la France, exempt, d'après Sir James Clark, des vents froids du Nord et des vents chauds du Sud, ne subit pas de brusques transitions atmosphériques , il n'est pas moins constaté qu'il y règne, pendant les quatre mois d'hiver, un froid vif et que la neige y abonde, circonstances qui ne sont pas favorables à cette classe de malades des voies respiratoires , qui recherchent le soleil et une douce chaleur au grand air.
Nice, un des quartiers d'hiver les plus vantés, les plus fréquentés et les plus recherchés, soit par mode, soit par habitude ou autrement, quoique placée, comme Pau, au-dessus du 43° de latitude Nord, et quoique ayant une température moyenne annuelle supérieure de i°,35 à celle de cette dernière ville, est loin d'offrir toutes les conditions favorables
(i) De V Influence curative du climat de Pau, par M. A. Taylor, docteur en médecine. Pau, i843.
qu'y veulent trouver certains partisans exaltés, pour les poitrinaires principalement. Suivant le Dr Taylor (i), les malades comme les personnes bien portantes sont, pour se servir de leur expression, coupées en deux par le mistral, vent de Nord-Ouest, et, bien plus encore, par les vents d'Est qui y régnent principalement en mars et. en avril.
En comparant entre eux les résultats des divers observateurs qui, depuis le commencement de ce siècle jusqu'à ce jour, ont recueilli les hauteurs thermométriques à Nice, nous trouvons une légère différence, quant à la moyenne annuelle. Ainsi, pour les trente premières années, comprises entre 1806 et i835, Risso trouve i4%75; Mahlmann admet i5°,Go, et M. Teyssière, qui a observé la température de Nice pendant les douze dernières années, de 1849 à 1860 inclusivement, arrive à une moyenne de i5°,3o. Les températures extrêmes observées à Nice s'écartent, suivant Fodéré, de a5 à 3o° ; suivant Risso, de 34°, 4° » suivant M. Roubaudi, de 34°, 3o, et suivant M. Teyssière, de 36°, 3o. Ces écarts si considérables, dans une localité qui se trouve située au bord même de la mer, indiquent déjà combien y sont nombreuses les perturbations atmosphériques ; et , quoique M. Roubaudi (2) compare le bassin de Nice à une serre chaude, nous ne trouvons pas moins tous les observateurs d'accord sur le degré de froid qu'on y ressent pendant les mois d'hiver. Le thermomètre descend le matin et le soir souvent à o° ; et, suivant les dernières observations de M. Teyssière, le minimum de température, pendant douze années, n'a été qu'une
(1) Loc. cit.
(2) Nice et ses environs, 184,9.
fois supérieur à o°, et il est descendu même jusqu'à — 3°, 6; Risso a même constaté un froid de — 9°,4o. Il est vrai que ces températures si basses ne s'observent que pendant quelques instants et sous l'influence des vents de Nord qui arrivent des montagnes voisines couvertes de glaces éternelles. Dans le milieu de la journée, au contraire, régnent les brises de mer qui, même en hiver, adoucissent le climat de Nice. Le thermomètre, sous ces influences, monte dans la journée à 6° et à io°; parfois même, les moyennes maxima des mois de décembre, de janvier et de février, atteignent jusqu'à près de i4°- C'est surtout sous l'influence des vents de Nord que les malades et les valétudinaires souffrent le plus du froid, pendant les hivers qu'ils passent à Nice ; on y observe alors de brusques transitions dans la température ; et , souvent même, déjà en passant du soleil à l'ombre, les plus grandes précautions doivent être observées dans ce séjour hibernal. Les variations moyennes entre deux mois successifs sont moins considérables que celles d'une journée ; elles ne s'élèvent guère au-dessus de 3°; mais les chaleurs arrivent lentement à Nice, comme l'observent Mahlmann, Schouw et, après eux, M. Carrière, qui recommande expressément aux malades de se défier des belles journées du printemps que ceux-ci pourraient être tentés de prendre pour le commencement de l'été. « Le printemps à Nice, dit-il, est la continuation de « l'hiver, et il exige une prudente persistance dans toutes les k mesures de précaution que paraît réclamer plus impé- « rieusement le temps de la saison rigoureuse (i). »
(i) Le Climat de l'Italie, sous le rapport hygiénique et médical, par le docteur E. Carrière. Paris, 1849.
Ainsi l'hiver de Nice est légèrement moins intense que celui de Pau, mais la rareté des vents froids, dans cette dernière station, et la douceur de son climat printanier doivent lui faire accorder la préférence sur Nice, quand il s'agit des affections chroniques du larynx, de la trachée et des bronches. Quand nous aurons déterminé les autres conditions climatériques, nous pourrons apprécier, dans son ensemble , l'importance de cette localité, au point de vue de l'intérêt qu'elle offre à certaines autres classes de malades.
Dans la partie septentrionale de l'Italie s'élève, presque au milieu de l'Adriatique, un groupe d'îles sur lequel est construite la ville à forme triangulaire de Venise, qui mérite une sérieuse attention de tous les médecins. Sa situation étonne et charme à la fois ; c'est à elle, au voisinage de la mer, qu'elle doit son climat plus égal et plus uniforme que celui des autres points de la Péninsule. La moyenne annuelle de sa température est inférieure à celles de Nice et de Pau, car elle serait de i3°,26, suivant Schouw, et de 1 3° seulement d'après les observations recueillies au Séminaire. Mais c'est surtout la limite entre les oscillations thermométriques qui fournit les véritables indications, quand il s'agit de choisir une station d'hiver. Le plus grand froid signalé à Venise ne dépasse pas — 6°, 90 ; et, quoique les moyennes des mois d'hiver ne soient guère supérieures à 20, les oscillations entre les moyennes mensuelles ne s'élèvent pas beaucoup au-delà de io°, et le froid n'y est jamais aussi perçant qu'à Nice. Toutefois il s'y fait sentir de brusques transitions pour le passage de l'automne à l'hiver et de celui-ci au printemps ; et si la neige et le froid, pendant les mois de décembre, de janvier et de février, font de cette ancienne reine de l'Adriatique un séjour
peu recommandable pour des malades, il nous semble cependant que sa température estivale, modérée et représentée par une moyenne de 22°,88, serait dans les conditions les plus favorables à un grand nombre de malades. Le séjour dans les lagunes, au milieu des émanations iodurées et bromurées, exercerait peut-être, pendant la saison chaude de l'année, une influence salutaire sur des malades menacés ou même atteints déjà de la tuberculose.
Quoique située à peu près sous la même latitude que Pau et au bord de la mer, comme Nice dont elle n'est même plus sépai'ée aujourd'hui politiquement, la ville d'Hyères se trouve aussi protégée au nord par le prolongement des Alpes maritimes qui, là seulement, sont considérablement affaissées, et ferment moins complètement ce bassin que celui de Nice. D'un autre côté, les vents septentrionaux, ne rencontrant pas sur leur chemin les glaciers qui avoisinent cette dernière ville, apportent moins de froid dans la station d'Hyères; aussi la température moyenne dans cette localité est de 1 5°, 26, d'après les trente années d'observations de M. Beauregard, rapportées par M. le docteur Barth, dans son intéressante topographie médicale sur cette ville. Mais nous avons vu quelques observateurs, également dignes de confiance, admettre une moyenne à peu près égale pour Nice, quoique le minimum extrême descende à 3 et même à 4° plus bas dans cette ville que dans l'autre. M. Carrière, qui semble montrer plus de sympathie pour Nice que pour Hyères, cite cependant, d'après Gensolen(i), l'hiver de 1820, pendant lequel le thermomètre est descendu à 1 1°,25 au-dessous de zéro, dans le
(1) Essai historique sur le climat d'Hyères, 1820.
bassin d'Hyères, où cette année-là les orangers furent tous atteints, tandis qu'à Nice l'effet du froid fut moins marqué.
Non-seulement la ville d'Hyères n'est pas exposée au froid pénétrant et aux variations brusques qui sont si sensibles dans le bassin de Nice, mais encore la température maximum des mois d'hiver y est toujours plus élevée de quelques degrés, et aussi le thermomètre y descend moins bas qu'à Nice. Dans l'une comme dans l'autre de ces villes régnent des brises de mer, au milieu du jour, qui adoucissent également les deux climats ; mais à Hyères les vents continentaux sont beaucoup moins froids et surtout moins capricieux qu'à Nice. De là vient naturellement, comme le fait observer d'ailleurs notre savant maître, M. le professeur Barth (i), que, pendant les mois les plus froids de l'année, décembre, janvier et février, le thermomètre ne descend pas, au milieu du jour, à plus de 70 au-dessus de zéro, tandis qu'il s'élève jusqu'à 18 et 200, et que la moyenne varie entre 10 et i5°, à l'ombre, et entre a5 et 3o°, au soleil.
Quant à l'influence solaire, M. Carrière la trouve différente dans les climats méridionaux et dans les pays septentrionaux; if admet que dans les zones méridionales l'impression qu'on éprouve à l'ombre ou au soleil est toujours en rapport avec une chaleur plus ou moins intense, tandis que dans les zones tempérées le soleil et l'ombre constituent, en quelque sorte, leurs climats extrêmes. C'est aussi pour cela qu'il recommande aux malades, qui passent des hivers à Nice ou à Hyères, de ne pas s'exposer, sans les plus grandes précautions, à ces passages alternatifs du soleil à l'ombre et vice versa. Mais
(1) Notice topographique et médicale sur la ville d'Hyères. Archives générales de médecine, IIP série, t. XII.
si nous comparons ce qui se passe, non-seulement en hiver, mais encore en été, dans les contrées méridionales, telles que l'Egypte, avec les effets que signale M. Carrière, dans la zone tempérée, par suite du passage du soleil à l'ombre, nous trouvons que les phénomènes sont absolument identiques, dans les pays chauds et dans les contrées tempérées. Tout le inonde sait que c'est précisément sur ces principes qu'on se base pour la construction des centres d'habitation dans la zone torride, en ménageant des rues étroites où le soleil ne pénètre pas, afin d'obtenir cette fraîcheur si goûtée sous ces latitudes ; on n'ignore pas moins que, dans les villes mal bâties des pays chauds, comme à Alexandrie d'Egypte, par exemple, où de larges rues flanquées de hautes maisons vous donnent, d'un côté, un soleil brûlant, et, de l'autre, une ombre qui saisit , ces circonstances produisent une transition brusque qui n'y est pas moins que dans les pays tempérés, nuisible à la santé de ceux qui s'y exposent imprudemment.
Quoique situées à la distance d'un degré de latitude l'une de l'autre, les deux villes de Rome et de Naples se trouvent sur les mêmes lignes isothermes et isothères ; elles ont pour température moyenne de l'année 1 5°,75, et le maximum, dans les deux stations, s'élève à 38°; mais le froid extrême est plus grand à Rome qu'à Naples; les oscillations, entre les maxima et les minima, y ont aussi sensiblement plus d'amplitude. D'après les vingt années d'observations (de 181 1 h i83o) de Conti et Calandrelli, la plus basse température du jour, pendant les mois d'hiver, est réellement inférieure à celle des mêmes mois observés à Nice ; de même que, pendant ces mois , la moyenne des maxima est supérieure , dans cette dernière station. Et, quoique la campagne de Rome soit ou-
verte à l'accès clés vents chauds, qui soufflent de l'ouest et du sud-ouest, ceux-ci trouvent de puissants antagonistes dans les vents de nord, qui font que la station de la ville éternelle est très-chaude en été et assez froide en hiver; en «effet, pendant l'hiver, le thermomètre y descend plus bas qu'à Nice, quoique cette dernière localité soit plus septentrionale, de près de 2° de latitude. La différence est encore plus sensible, quand on compare Rome à Hyères.
Les variations diurnes sont à peu près les mêmes à Nice et à Rome, quoique cependant cette dernière ville soit moins exposée à ces froids vifs et pénétrants du matin contre lesquels on ne peut jamais trop se garantir à Nice. Le ciel romain est plus chaud, en hiver, que le ciel pisan, et la moyenne de la température y est plus élevée, dans cette même saison, qu'à Pise; cependant le temps est plus doux et plus égal dans cette dernière station, parce qu'il y règne, moins qu'à Rome, des vents de nord, qui amènent de si brusques transitions dans la température.
Les conditions de température ne sont pas les mêmes dans la ville de Naples et dans sa campagne; ainsi la moyenne annuelle, en ville, pourrait être évaluée à i6°,5o; tandis que, d'après les mêmes documents qui sont empruntés aux tableaux de Mahlmann, la moyenne des environs du bassin ne serait que de r5°,c)o. Les écarts entre les maxima et les minima de température sont extrêmes dans la capitale de l'Italie méridionale, comme à Rome et à Pau, quoique cependant le thermomètre y descende rarement au-dessous de — 3°; le minimum extrême, — 5° qu'on y signale quelquefois, est une exception rare. La moyenne des mois d'hiver y est supérieure à celle de Rome, de Nice et de Pau: elle l'est surtout
à celle des mêmes mois observés à Venise; mais à Naples, comme dans les stations que nous venons d'indiquer, le froid extrême et la moyenne des mois d'hiver sont plus bas que dans la station d'Hyères, qui l'emporte également sur toutes ces localités par une moyenne des maxima plus élevée et par une moyenne des minima moins basse. D'ailleurs Naples présente, chaque année, en hiver, les conditions météorologiques des climats septentrionaux: il y neige assez souvent, il y gèle; et, s'il n'est guère possible d'admettre que le voisinage du Vésuve contribue à modérer les rigueurs de la saison froide, comme l'avance assez naïvement M. de Renzi, il modifie toutefois les conditions électro-magnétiques qui donnent au climat de Naples un caractère tout particulier d'irritabilité et d'excitabilité de l'économie vivante.
Considérées au point de vue de la température, toutes ces stations sont encore trop froides pour qu'elles puissent offrir à des malades de bonnes conditions de thermalité, pendant les mois d'hiver; par leur voisinage de hautes montagnes surtout, elles sont exposées à de brusques variations diurnes qui les rendent même parfois redoutables pour des personnes en bonne santé. Païenne, déjà différemment orientée, va nous présenter des conditions atmosphériques plus uniformes et un ciel plus pur et plus chaud, quoique cependant il y gèle encore, et que la neige n'y manque pas d'une manière absolue. Mais, suivant les documents recueillis par M . le docteur Vivenot(i), la température moyenne de Palerme est de i7°,5o, et les plus fortes chaleurs n'y sont guère supérieures à celles de Naples et de Rome ; mais le froid y des-
(i) Palermo und seine Bédeutung als climatischer Curort. Erlangen, 1860.
oend beaucoup moins bas; la limite inférieure de la colonne thermométrique qu'on y signale ne dépasse pas i°,«5.
D'après les sept années d'observations (de 184G à i853) recueillies à l'observatoire de Palerme, la plus basse température moyenne des jours d'hiver y tombe à la lecture de dix heures du soir, et elle descend rarement au-dessous de 10"; et, à la lecture de huit heures du matin, elle est toujours supérieure à ce nombre, tant en janvier qu'en février, qui sont cependant les mois les plus froids de l'année. Suivant les cinq années d'observations (de i8i3 à 1817) du professeur Marabitti, au soleil levant et entre une et deux heures du soir, les minima des mois d'hiver sont un peu plus bas, car cet observateur a trouvé, pour le mois de février, seulement 7°,95, et, pour le mois de janvier, 8°, 32. Mais les faits empruntés à l'observatoire, et que M. Cacciatore a enregistrés, de deux heures en deux heures, offrent une garantie sérieuse et ils doivent s'approcher aussi près que possible de l'exactitude mathématique; ils nous montrent combien peu sont considérables les oscillations, entre les plus basses et les plus hautes températures, soit du jour, soit du mois. Ces variations sont encore moins prononcées pendant l'hiver que pendant les autres saisons, et elles ne dépassent que rarement 20, quoique la différence , entre les écarts extrêmes de la température d'une année, puisse aller jusqu'à 37°,5o.
La chaleur est assez sensible à Palerme pour qu'on puisse dire qu'il n'y fait jamais aussi froid qu'à Rome, caria moyenne la plus basse d'une année (i6°,o4) est encore supérieure à la moyenne des années les plus chaudes de Rome et de INaples; l'hiver le plus froid de Palerme est également plus chaud, quant à la température moyenne des mois, que celui de Rome
ou de Naples. En étendant Ja comparaison à des localités plus septentrionales, il est facile de voir que, par exemple, les moyennes des minima de température des mois d'hiver de Palerme correspondent aux hivers ordinaires d'Hyères. En un mot, les plus grands froids de la saison hibernale sont moins intenses à Palerme que le froid d'un hiver ordinaire de n'importe quelle autre station du continent italique. Il n'est cependant pas rare de voir, en janvier et en février, qui sont les mois les plus froids, tomber de la neige à Palerme; et, M. Vivenot en convient lui-même, les habitations mal jointes contribuent encore à en rendre le séjour plus désagréable, pendant cette partie de la saison froide.
Palerme, dont le climat est tempéré par le voisinage de la mer et l'accès facile des brises maritimes, est protégée aussi contre les vents de nord par le mont Pellegrino, contre ceux d'ouest par une série de montagnes dont le sommet du Cuccio est la partie la plus élevée ; contre les vents de sud la protège surtout le mont Griffone. Cette disposition géographique de Palerme et l'accès que cette ville offre aux vents de mer lui assurent un climat très-uniforme ; c'est même, de toutes les stations hibernales de la partie méridionale de l'Europe, celle dont les variations diurnes sont le moins prononcées. Donc Palerme, qui présente déjà en partie la Flore des pays chauds (le palmier, le dattier, le cactus, y végètent en plein air et portent même des fruits), est une ville qui, sous le rapport de la température, offre un séjour favorable à ces malades que la fin de l'hiver chasse des contrées chaudes et qui ont besoin de trouver, pour la saison printanière, une température douce, égale et uniforme. En effet, le printemps le plus froid de Palerme est encore plus chaud que la même saison ordinaire à
Nice, et un bel automne de Païenne est presque aussi chaud que la même saison ordinaire en Egypte ; mais la moyenne des maxima de la température automnale de Palerme (21 ",91) est inférieure de a°,o3, à la moyenne d'un automne d'Alger.
Dans tous ces ports méditerranéens, situés au-dessus du ^ine degré de latitude nord, régnent des hivers assez froids et assez désagréables pour qu'il soit possible d'en conseiller le séjour à des malades qui ont besoin d'un air doux, ou à des valétudinaires qui recherchent les rayons bienfaisants du soleil, pour réparer leurs forces par des promenades quotidiennes. La zone suivante, pour ainsi dire intermédiaire à la tempérée et à la tropicale, dans laquelle nous comprenons la partie septentrionale de l'Afrique, avec l'île de Madère, nous offrira, sous le rapport de la température, des conditions tout autres.
Sans parler de Malte, avec ses roches blanches et nues, avec ses habitants affamés et misérables ; sans parler des îles arides et dépeuplées de l'Archipel, sur lesquelles nous manquent d'ailleurs des documents précis, nous voyons surgir dans cette zone transitoire trois régions qui, aujourd'hui plus que jamais, fixent l'attention du monde médical. Ce sont, en Afrique, l'Egypte et l'Algérie; et, au milieu de l'Océan, l'île de Madère (1).
Déjà, à priori, l'identité, dans ces différents points, ne doit pas être parfaite ; la station de Madère nous offrira les phénomènes propres aux climats marins; les ports algériens et égyptiens y participeront naturellement et ils différeront aussi des stations de l'intérieur, où se dessineront de plus en plus des climats continentaux. Ainsi, quoique située plus au sud
(1) Ce que nous dirons de cette île se rapporte toujours à Funclial.
qu'Alger, Funchal, dans l'île de Madère, a une température moyenne de l'année inférieure de i°, et même, suivant quelques observateurs, de 2°, à celle d'Alger. Les moyennes des maxima sont également moins élevées à Madère et à Alger, et moins, dans cette dernière station, que dans celles de l'Egypte, quoique le maximum de température observé à Alexandrie diffère peu de celui d'Alger ; il en est de même du degré le plus inférieur. Mais le thermomètre descend moins bas en hiver à Funchal qu'à Alger et à Alexandrie; toutefois la différence n'atteint pas un degré; tandis qu'au Caire et dans la haute Egypte , où le thermomètre descend, dans les mois d'hiver, jusqu'à 20, la différence entre ce minimum extrême et celui des trois premières stations s'élève jusqu'à 5 ou à 6°. De toutes les stations hibernales connues , Funchal est celle où la différence, entre les écarts extrêmes de la température de l'année, est la plus faible ; en effet, elle n'est que de 20°,55, tandis qu'à Malaga , ville où le docteur Francis croit avoir trouvé la moyenne des variations annuelles la plus basse de tous les points connus du continent , cette différence est encore de 220, 09. Cette moyenne est même supérieure de 20 à celle d'Alger, et de 4° à celle de Madère. En Egypte les écarts sont encore plus prononcés ; car la différence entre les maxima et les minima absolus y est plus grande qu'à Alger, savoir : de 3° à Alexandrie, et de i3° au Caire.
Quoique l'été soit à peu près également chaud a Madère, a Malaga, à Alger et à Alexandrie, l'hiver d'Alger, suivant le Dr Mitchell, excède celui de :
Madère de i°, 11 Rome de 7°,22
Malte — 20. 77 Nice — 7°,77
Malaga — 4°,44 Pau — 8\35
Nous ajouterons que, pendant les mois d'hiver, la moyenne des maxima à Alger est supérieure à celle que nous avons observée à Alexandrie ; et il ressort également de notre tableau XX\ que la moyenne des minima de ces mêmes mois est plus élevée à Alger qu'à Alexandrie. Il en découle naturellement que l'hiver est à la fois plus doux et plus uniforme dans la ville française que dans le port égyptien. Après avoir déclaré que Madère est une station climatérique où règne la plus remarquable égalité de température, le Dr Mitchell ajoute que, pendant les saisons redoutées de l'hiver et du printemps, le climat d'Alger défie même celui de Madère, sous le rapport de l'uniformité de température; que, par conséquent, il l'emporte, a fortiori, sur tous les autres climats.
Il faut conclure également de ce même tableau que, dans les stations de l'Egypte, comparées à celles de Funchal et d'Alger, les maxima des mois d'hiver sont plus bas sensiblement, et les minima beaucoup inférieurs. Mais, dans ces pays chauds, ce sont principalement les oscillations diurnes qui sont le plus pénibles et qui exercent l'influence la plus fâcheuse sur la santé de l'homme. L'amplitude de ces oscillations est extrême dans la Thébaide et sur le haut Nil, où elle atteint jusqu'à 3o°; mais elle est encore de 12 à i3° à Funchal, de 10 à 110 au Caire et de g à io°à Alexandrie; tandis qu'à Alger elle ne dépasse guère 4 ou 5° au plus ; c'est là ce qui donne à cette dernière station un avantage incontestable sur toutes les autres.
D'après les calculs de M. Mitchell , qui emprunte ses données aux observations de M. Bourget, les moyennes des variations diurnes successives, par saisons, sont :
Hiver, io°, 8 Été, i°,48
Printemps, i°,i3 Automne, o°,8o,
et, pour l'année, cette moyenne est de i°,o8. Mais, d'après Sir James Clark, la moyenne annuelle des variations diurnes serait cependant plus basse encore à Madère, car il la porte à o°,62. Combien, sous ce rapport, les écarts de la température sont plus prononcés et aussi plus sensibles en Egypte, surtout à mesure qu'on s'éloigne du Delta et qu'on s'élève dans la vallée du Nil !
Parmi les climats chauds , recommandables à certaines classes de malades, pendant les saisons froides de l'année, nous comprenons, d'une part, les stations de l'Egypte qui ne se signalent pas par de trop grandes variations de la température diurne et mensuelle ; nous classerons, dans une autre catégorie, Funchal, dans l'île de Madère, qui jouit d'une température à la fois plus égale, plus douce et plus constante ; mais nous recommanderons, d'une manière tout à fait exceptionnelle, le climat d'Alger, pour l'égalité et l'uniformité de sa température quotidienne et mensuelle. Nous condamnons le séjour de l'Egypte pour les phthisiques et même pour la plupart des malades qui présentent certaines dispositions à la tuberculose, non seulement à cause des qualités débilitantes de l'air et des grandes oscillations quotidiennes de sa température, mais aussi à cause des perturbations subites et profondes qu'amènent, dans les phénomènes atmosphériques , les vents de Sud qui arrivent déjà en février et qui en chassent les malades, bien avant la fin de l'hiver. En Algérie, au contraire, comme le travail de M. Mitchell tend à le prouver, les conditions de chaleur sont aussi favorables aux poitrinaires, pendant l'hiver, que doivent l'être la fraîcheur et l'uniformité de sa température, pendant l'été, dans certaines localités où la latitude est corrigée par l'altitude.
Il ne faudrait pas oublier cependant rpie, dans cette partie de l'Afrique, comme dans la vallée du Nil, les écarts de la température deviennent plus considérables à mesure qu'on pénètre davantage dans l'intérieur. Les documents d'ailleurs nous manquent encore pour entamer, dès à présent, la discussion de cette importante question dont la science, aussi bien que l'humanité , attend une solution rigoureuse. Nous espérons toutefois pouvoir y arriver à l'aide de l'organisation française de l'Algérie.
<5)II. Comparaison entre la pression atmosphérique des diverses stations d'hiver.
On est loin de rencontrer dans tous les livres ou traités de climatologie des données suffisamment rigoureuses sur la pesanteur de l'air, quoique cependant on ait reconnu, depuis longtemps, le rôle très-important que ce facteur joue dans la constitution des climats. De là vient qu'on apprécie assez imparfaitement l'influence directe que la pression de l'air exerce sur l'homme, dans l'état de santé et dans l'état de maladie. La science d'observation nous a appris d'ailleurs que la hauteur de la colonne barométrique n'est pas seulement liée au poids de l'air, mais encore à son degré d'humidité, à la direction et à l'intensité des vents, à l'état magnétique de la terre et à l'électricité de l'air. Ces éléments multiples de l'observation barométrique précise manquent presque généralement dans les stations hibernales même les plus connues et les plus fréquentées. On sait bien prendre, à peu près, les hauteurs de la colonne barométrique aux différentes heures de la journée; mais les données ainsi obtenues sont loin d'être toujours
comparables, soit parce qu'elles ont été fournies par des instruments différents, soit parce que les observateurs ont négligé de faire les corrections indispensables qui tiennent à la fois du lieu et de l'instrument. C'est donc sous toute réserve que nous allons comparer entre elles les observations barométriques des différentes localités dont nous venons de déterminer sommairement l'état de la température. Quoiqu'il soit établi que la pesanteur moyenne de l'air, au niveau de la mer, n'est pas la même partout et qu'elle diminue à mesure qu'on avance des pôles vers l'Equateur, il est facile de comprendre, quant aux différents ports de la Méditerranée, si peu distants, en latitude, les uns des autres et des stations continentales de l'Afrique, que les erreurs qui en dépendent sont tellement petites qu'on peut les négliger.
Les observations rapprochées dans le tableau suivant sont toutes ramenées à o°, excepté celles qui se rapportent au Caire et celles recueillies dans la haute Egypte par 31. Uhle. Ce voyageur dit, du reste, qu'il a fait usage d'un baromètre anéroïde dont les données ne diffèrent que très-peu de celles d'un baromètre de Eortin, parce qu'il a subi les corrections dépendant des différences de la dilatation.
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