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OBSERVATION II

Un cheval nivernais, âgé de 10 ans, de grande allure, se met à boîter au retour d’une course ; mais le conducteur n’examine le pied que le lendemain ; il découvre dans la lacune médiane du membre postérieur droit, un clou rouillé de grande dimension, qu'il a retiré avec peine ; nous examinons l’animal quelques 30 heures après l’accident. L'animal boude son avoine, sa température est de 39°. On note des mouvements convulsifs du membre blessé.

Ni les bains, ni l’agrandissement de l'ouverture qui a livré passage au clou, ne produisent la moindre amélioration, et trois jours après l’accident la température atteint 39°6 ; les muqueuses présentent une légère teinte jaunâtre, le corps se couvre de sueurs, le cœur bat violemment, la douleur est exacerbée par le moindre attouchement du pied qui ne repose pas sur le sol; le boulet est engorgé ; le pli du paturon devient fluctuant.

Le cheval est opéré quatre jours après.

On constate la gangrène des tissus plantaires ; l’aponévrose plantaire offre une teinte livide, la petite sésamoïdienne est le siège d’un véritable abcès putride : l’animal succombe 24 heures après l'opération.

Diagnostic

Le diagnostic du clou de rue est en général facile à poser.

Toutes boîteries subites, sans cause apparente, doivent porter à examiner la face plantaire du pied. Les conducteurs de chevaux observent ce principe, et c'est ainsi qu'ils dépistent très souvent les clous de rue.

Le diagnostic est basé soit sur la constatation du corps encore implanté dans les tissus, soit sur la trace qu'il a laissée.

L’extraction du corps permet de nous rendre compte de la direction et de la profondeur de la lésion.

La trace du clou peut, dans certains cas, passer inaperçue à une rapide exploration ; ce cas est fréquent quand il s’agit de corps acérés et de petites dimensions. La corne solaire revient alors sur ellemême, et avec l’aide de la boue et de la poussière l'ouverture se trouve totalement masquée. Aussi, pour ne pas se laisser mettre en défaut par ces circonstances, il faut toujours procéder à un léger pa-

rage de la sole.

Il arrive qu'aucune boîterie immédiate ne trahisse

ED 2e

l'accident, lorsque la lésion est superficielle et peu importanta ; puis l’inflammation s’installe et fait apparaître la claudication. La trace du clou est dans ce cas souillée d’un liquide noiïrâtre ou franchement

purulent.

Pronostic

Les facteurs habituels qui servent de base au pronostic sont : la forme du corps vulnérant, le siège de la blessure, sa profondeur, la claudication.

Exposons -succinctement ces éléments fondamentaux du pronostic et nous montrerons ensuite la part que l’on peut attribuer à la température rectale dans ce chapitre.

Forme du corps. — On conçoit aisément qu'une blessure plantaire est plus grave quand elle est produite par un corps émoussé, qui meurtrit et déchire les tissus, que lorsqu'elle résulte de l’action d’un corps nettement tranchant.

Siège de la blessure. — Des considérations anatomiques et histo-physiologiques que nous avons exposées, il ressort que les traumatismes plantaires les plus graves sont ceux de la zone moyenne. Ceux qui siègent dans la zone antérieure doivent moins nous inquiéter, mais ils sont tout de même plus sérieux

que dans la zone postérieure.

Profondeur. — Le pronostic est d'autant plus fâcheux que la lésion est plus profonde. Cela tient à

ce que le nombre d'organes lésés et leur susceptibilité croît avec cette profondeur.

Pour interroger ce facteur nous sommes obligés d'employer la sonde, moyen assez dangereux, que l’on ne doit utiliser qu'avec circonspection.

En effet, une blessure, si profonde soit-elle, peut être aseptique, le corps vulnérant s'étant nettoyé dans les tissus superficiels. Or avec la sonde on peut fort bien transporter dans la partie profonde de la lésion les substances septiques laissées dans ces tissus euperficiels.

Claudication. — La claudication est très précieuse pour établir le pronostic des lésions plantaires. Elle est, si l’on peut dire, le miroir de la lésion en ses différents stades.

Immédiatement après l'accident, la boiïterie nous renseigne sur l'importance de l'organe lésé, elle en est fonction, mais elle ne nous fait pas encore prévoir la façon dont évoluera l’accident.

Aïnsi une blessure simple de l’aponévrose plantaire fait boiter bas, et cependant elle peut être bénigne.

Pour prévoir le mode d'évolution de là lésion il faut interroger les variations de la claudication dans les jours qui suivent l'accident.

Par exemple si la douleur, intense au début, décroit rapidement, on peut prévoir une. cicatrisation à brève échéance. Si au contraire cette douleur persiste ou augmente, elle témoigne indiscutablement d’un défaut de réparation ou d’une extension de la lésion.

Par contre, cette claudication, même très intense, ne nous apprend rien sur les accidents éloignés qui peuvent survenir, en d’autres termes elle est insuffisante pour faire prévoir les complications qui caractérisent les clous de rue infectants.

La température rectale va suppléer à cette lacune dans une certaine mesure.

L'expérience nous à fait admettre qu’une température inférieure ou égale à 37°8 caractérise un processus local dépourvu de tous caractères septiques ; une température variant entre 37°8 et 38°6 indique un processus nécrosant à germes peu virulents.

Une température de 39° à 40° est l'expression d’une complication éloignée.

On peut s'étonner de nous voir admettre ces chiffres pour marquer les divers degrés de l'infection ; ils sont cependant indispensables dans le pronostic des maladies du pied; ils ne sont d’ailleurs applicables qu’à elles.

On sait que les phénomènes de suppuration et de septicémie se traduisent dans tous les tissus par des modifications de température, modifications qui sont bien différentes suivant la richesse de ces tissus; ainsi un phlegmon de laine porte très souvent chez le poulain la température à 41°. Mais de petites oscillations de température ont une signification beaucoup plus grande quand elles procèdent d’une altération de tissus denses comme ceux du pied que lorsqu'elles dépendent d’une infection des tissus mous, comme

le tissu conjonctif et les muscles.

Concluons simplement que les températures supérieures à 39°, nous indiquent un clou de rue infectant, et partant très grave.

Le pronostic sera précisé par les symptômes de la localisation.

Traitement

Nous allons simplement citer sans les décrire les interventions que nous jugeons opportunes, suivant les différentes formes de clou de rue que nous avons envisagées.

On doit toujours se garder d’une intervention trop hâtive, qui vienne compromettre, ou tout au moins retarder une guérison spontanée

Il faut attendre que le traumatisme précise le sens dans lequel il doit évoluer. On peut suivre cette prescription sans demeurer inactif, en pratiquant ce que nous appellerons un traitement d'attente. Ce traitement consiste à déferrer le pied malade et à amincir la corne solaire, de façon à ce qu'elle se prête facilement à un gonflement possible des tissus lésés.

Il est encore indiqué de conserver l’humidité de la corne, afin de la maintenir souple.

Ce but est atteint soit par des pansements humides, soit par l'irrigation continue.

Les bains antiseptiques sont aussi d’un excellent effet ; ils préviennent les infections post-accidentelles toujours à craindre.

Si dans les jours qui suivent l'accident l'animal conserve sont état de santé, si la température rectale

EN ASE

ne dépasse pas 87°8, si la claudication s’atténue, une heureuse issue est à prévoir.

Dans le cas contraire il faut intervenir plus activement.

Si l’on a affaire à un clou de rue nécrosant, on peut employer les escharotiques, le sublimé en particulier. Ils donnent de bons, résultats.

Mais le traitement de choix est certainement le traitement chirurgical, par l’opération classique, complète ou partielle suivant l’état et le siège des lésions.

Il faut avoir soin quand on opère sur l’aponévrose plantaire d’exciser les parties nécrosées en empiétant suffisamment sur les parties saines.

L'opération sera complétée par un bon pansement auquel nous ne toucherons pas pendant trois semaines si la température et la claudication s’améliorent progressivement.

Une recrudescence où même une persistance de ces symptômes indiquent une cicatrisation défectueuse. On devra opérer de nouveau dans ce cas.

L'abcédation de la petite sésamoïdienne doit être considérée comme un procédé de guérison. Une interveution chirurgicale dans ce cas doit permettre au pus de s'échapper par la face inférieure du pied.

Les clous de rue infectants évoluent malgré les interventions précédentes.

Une intervention chirurgicale, même précoce, ne parvient pas à conjurer les complications secondaires éloignées.

Conclusions

1. — Les différents tissus du pied sont doués d’une vitalité variable, subordonnée à l'intensité des phénomènes circulatoires qui s’accomplissent à leur niveau.

C’est ainsi que la membrane veloutée, richement vascularisée, constitue une puissante barrière de défense contre les agents microbiens et possède une grande facilité de régénération.

L'aponévrose plantaire, au contraire, pauvrement irriguée, est particulièrement sensible et montre une

grande lenteur à réparer ses lésions.

II. — A côté de la claudication, les clous de rue engendrent des réactions thermiques en rapport avec le degré d'infection qu'ils ont apporté.

Les températures inférieures à 37°8 marquent des plaies aseptiques.

Les tempérratures variant entre 37°8 et 38°6 sont l'indice d’une infection à germes peu virulents, qui ne produisent que des complications locales.

Les températures atteignant d'emblée 39° et 40° nous indiquent une infection à germes très virulents qui produisent des complications éloignées par les voies sanguines et lymphatiques.

IT. -—— Les clous de rue apyrétiques ne sont pas graves.

Les clous de rue nécrosants sont plus inquiétants. Ils peuvent aboutir à des désordres irréparables du pied.

Les clous de rue infectants sont très graves. Cette gravité varie avec les localisations des complications.

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