‹ Du commerce français en ChineChapitre 2 sur 19 · IMPRIMERIE ROYALE · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE ROYALE

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CO^ÎMEKCE FK ANC A 18

Considérations générales. — But politique de la France. — But comniercia!.

— Propositions diverses relatives aux provenances de la Chine et de l’indo- Chine. — La porcelaine. — Les soieries. — Le thé. — Le nankin. — Le tabac. — Le camphre. — Le sucre. — La cannelle de Chine. — Le mercure.

— Les éventails et écrans. — Meubles de laque. — Parasols chinois. — Curiosités. — Les bambous et joncs forts. — L’indigo. — Le café. — Le riz. — Les tissus d’abaca , de nipis et de pina. — Le rotin. — Le poivre. — Le gambier. — Le sagou. — La getlania. — L’agar-agar. — La cire blanche. — Principaux articles d exportation de la France à destination de la Chine et de l’Indo-Chine. — Vins, toiles de coton et étolïes de laine. — Articles de l’industrie parisienne. — Principaux ports de commerce de la Chine et de rindo-Chine. — Macao. — Hong-Kong. — Canton. — Amoy. — Foochow-Fou. — Tchusan. — Ningo-Po. — Shang-Haï. — Manille. — Singapore. — Batavia. — Conclusions.

Le traité signé àWhampoa, le 24 octobre i84/i, parlaFrance et la Chine, avait deux buts à atteindre: l’un, purement politique, devait assurer à la France la part d’influence qu’elle est en droit de revendiquer partout où la civilisation européenne se fait jour. Chargée, dans le haut rang que la providence lui a assigné parmi les nations, de la diffusion des idées et de l’avenir moral des peuples, la France ne pouvait faillira une entreprise européenne que les idées seules féconderont. Le canon pouvait bien briser les portes du Céleste Empire, mais c’est seulement aux influences morales qu’il est réservé d’en franchir le seuil.

v\’est-ce pas, en efl’et, le seul moyen de mettre en communication deux civilisations qui ont grandi parallèlement, sans contact comme pour montrer les formes diverses que pouvait affecter la société humaine ; de rapprocher deux sœurs qui ont besoin de faire connaissance ensemble , pour que la plus jeune, la civilisation européenne, infuse ses principes vivifiants à l’antique civilisation chinoise, aujourd’hui stagnante et peut-être rétrograde ?

Sinon plus important, du moins d’une utilité pratique à la portée d’un plus grand nombre d’esprits, l’autre but du traité de Whampoa était de mettre les relations commerciales de la France avec la Chine à l’abri des vicissitudes auxquelles l’ambition de l’Angleterre pouvait les exposer, tant que le commerce européen n’aurait dû son existence qu’au traité de Nankin; et si les affaires de la France, considérées à ce point de vue, n’avaient qu’à gagner à la conclusion d’un traité particulier, n’eùt-il pas été contraire à sa dignité que ses intérêts restassent plus longtemps couverts par la signature des Anglais? Ajoutons, d’ailleurs, que si le traité américain, survenu après le traité anglais, a amélioré les conditions du commerce européen en Chine, les stipulations du texte français, en en réglant plus clairement certains points et en donnant des formes plus précises à d’autres , ont introduit, à leur tour, de nouvelles améliorations profitables à tous, et que cette dernière pensée ne réveille aucune rivalité haineuse. Le temps des rivalités n’est pas encore venu pour l’Europe à l’égard de la Chine ; il lui faut conquérir ce vaste champ d’activité avant de songer à s’en disputer les avantages.

Dans cet immense tentative d’agrandissement physique et moral de l’Europe, les intérêts et les efforts des nations de l’Occident doivent se confondre , et, disons-le , c’est l’Europe et l’Asie qui sont aux prises. Dans cette croisade d’espèce nouvelle, l’Europe doit se réunir comme une seule nation sous le même étendard: ouvrir la Chine, telle est sa tâche, tâche difficile et rude, plus difficile, plus rude que ne semblent le croire les gens qui en jugent de loin par les faciles succès des armes anglaises; tâche, nous le répétons, qui n’est pas au-dessous des efforts combinés de toute l’Europe. Que si l’Angleterre et les Etats-Unis ont leur part déjà marquée dans le vaste marché soumis à l’activité européenne, la France a aussi la sienne. C’est ce que nous espérons établir dans le cours de ce mémoire.

En réglant pour la France les conditions du marché chinois, le traité de Whampoa ne pouvait faire et n’a encore fait que la moitié de l’œuvre commerciale que le gouvernement du Roi a entreprise. Il ne sufïit pas, en effet, pour établir des relations commerciales entre la France et la Chine , de déterminer les taxes auxquelles seront soumises en Chine les marchandises tant à l’entrée qu’à'la sortie; il faut encore régler les mêmes points sur le marché français, afin d’y faciliter des retours avantageux, opérations auxquelles s’opposent les taxes d’importation dont sont encore aujourd’hui frappées les marchandises provenant de la Chine et de l’Indo-Chine, taxes exagérées, instituées, soit dans un but de protection, soit dans l’intérêt du fisc, et qui doivent aujourd’hui faire place à des combinaisons nouvelles propres à aider au développement du commerce extérieur et de la navigation maritime de la France.

C’est, selon nous, de ce changement de système que dépend favenir de la France en ce qui touche le développement de son commerce extérieur.

Quelle sera la part de la France dans le commerce qui s’ouvre, pour l’Europe, à l’extrême Orient? Cette question est du nombre de celles dont la solution réclamerait des notions approfondies, non-seulement sur les consommations et les habitudes des Chinois, mais encore sur leur esprit et leurs tendances, toutes choses à peine entrevues jusqu’ici. Ce c[u’il faut reconnaître, c’est que nous n’avons pas, pour nous présenter sur le marché chinois , l’opium des Anglais et leurs cotonnades communes; non plus que les drills elles shirtings de coton des États- Unis, ou bien encore leurs cotons en masse, et ce sont les articles qui ont jusqu’ici servi de base au commerce étranger en Chine. Toutefois, il est impossible de ne pas admettre que les divers genres de fabrication dans lesquels nous excellons ne puissent être propres à alimenter une exportation de ([uelque importance dans un pays aussi vaste que l’est la Chine. Lorsque nous nous serons décidt^s à entrer dans le goût des Chinois, à travailler exprès pour eux, un grand nombre d’objets de l’article Paris, d’horlogerie, de bijouterie, de quincaillerie et d’armes de luxe, diverses qualités devins du Midi et de liqueurs, des tissus de laine, de coton et même de soie, trouveront certainement un jour sur le marché chinois un placement d’autant plus avantageux, que le prix de revient s’en trouvera abaissé pai les mo-

diHcatioiis apportées au système protecteur, et qu’une plus large part aura été faite aux articles de retour par la réduction des taxes qui frappent les provenances de la Chine et de l’Indo- Chine. C’est alors que nos armateurs, pouvant répartir les frais d’une expédition sur les bénéfices réalisés sur l’aller ainsi que sur ceux de retour, se raprocheront pour le fret du taux exigé par les navires anglais et américains.

Du jour où l’abaissement du tarif sur certains produits de la Chine et de l’Indo-Chine attirera nos navires dans ces parages, ils en rapporteront non-seulement tout le thé, toutes les soies grèges, toutes les drogueries et les mille produits de l’extrême Orient que nous consommons en France, et qui nous viennent, en partie, par la voie d’Angleterre, mais encore une portion de la consommation des pays voisins de la France qui n’ont pas de relations directes avec la Chine. Ce qui manque essentiellement à la navigation française pour se développer sur un point aussi important, c’est de commencer a y faire ses frais: car les opérations s’attirent et se multiplient en se combinant; et il arrive souvent que la cause première d’un développement commercial n’en est plus ensuite que le moyen accessoire. Telle serait , sans doute, le résultat produit par l’abaissement des taxes sur quelques provenances de la Chine et de l’Indo-Cbine,

Nous reviendrons plus loin sur les chances de succès que nous offrent ces tentatives; elles découleront, d’ailleurs, des développements dans lesquels nous allons entrer.

La possibilité d’établir des relations commerciales avec la Chine et l’Indo-Chine dépend, avant tout, nous l’avons déjà dit, des modifications que la France consentira à apporter dans son tarif. Telle est donc la première question à examiner. Puis nous dirons de quelle manière nous comprenons l’exploitation du marché chinois, dans le double intérêt de notre industrie et de notre navigation. Nous terminerons ce travail par quelques renseignements puisés sur les lieux mêmes , et relatifs aux points de Chine et de l’Indo-Chine compris dans la sphère d’action du commerce français,

L’ordre dans lequel les taxes relatives aux produits delà Chine et de rindo-Chine seront examinées étant indilférenl, nous,com- Tuencerons par la porcelaine.

De la porcelaine *.

v^oinmc article d’exportation, la porcelaine de Chine a perdu beaucoup de l’importance qu’elle eut au moment où les produits de l’extrême Orient commencèrent à nous arriver par le cap de Bonne-Espérance: les taxes prohibitives, d’une part, et le bon marché de nos produits similaires, de l’autre, ont depuis considérablement réduit sa vente en Europe. Les frais de transport et surtout la taxe , en en élevant sur nos marchés le prix du double au quintuple de la valeur en Chine, en ont fait aujourd’hui un objet de luxe accessible aux riches seulement. L’état actuel des fortunes en France permettrait cependant à cet article de prendre place parmi nos consommations habituelles, et nos jardins ne tarderaient pas à s’orner de gracieux vases à tleurs, de bancs, de supports, de jarres, de balustrades, etc.; nos tables, de paniers de fruits et de surtouts aux formes élégantes, si le prix de ces divers objets diminuait, par suite d’une réduction dans la taxe d’entrée.

^ La porcelaine est d’invention chinoise. C’est vers le vu* siècle de notre ère qu’on construisit les premiers fours, dans la province de Kian-si, où la porcelaine est encore fabriquée aujourd’hui avec le plus de succès. Trois siècles après s’établirent les grands fours de King-te-tchin , situé à l’E. du lac Po-yang. La pegmatile, décomposée et transformée en kaoling, y existe en amas et en filons puissants au milieu des roches de diverse nature appartenant à la série des groupes de la formation intermédiaire qui constituent le terrain des bords de ce lac. C’est là que sont les principales carrières de la terre à porcelaine ( kaoling ) . La ville de Nan-tchang-fou , située au S. de ce lac , est le grand marché des produits de la manufacture de King-te-tchin, qu’on y transporte par le lac. 11 existe aussi des manufactures de porcelaine à Tchao-klng-fou , ville située à l’O. de Canton; mais les produits sont en tout inférieurs à ceux de Kiang-si.

Le kaoling ehinois contient de la sleatlte ( pierre ollaire ), qui lui est naturellement mêlée, et qui contribue à donner plus de transparence' et de légèreté à la porcelaine. On fait aussi entrer dans la composition de la pâte 3 à 4 p. 0/0 de chikao ( sulfate de chaux). La couverte est fournie par le pé-tun-tsé ( feld-sphalh pulvérisé) ; le meilleur provient de Iloeï-tcheou, dans la province de Kiang-kan.

On apporte, soit de Kiang-si, soit de Tchao-king-fou, la porcelaine blanche à Canton, pour y être décorée. Il existe, à cet elfet, plusieurs ateliers aux alentours de la ville; nous avons eu oceasion d’en visiter quelques-uns avec détail et d’y recueillir les procédés de fabrication , ainsi que tous les oxydes métalliques et autres substances employées dans la peinture. Ces derniers sont déposés à la manufacture de Sèvres, à la disposition des fabricants du royaume.

Aujourd’hui la porcelaine de Chine est généralement expédiée à Bombay et dans les autres parties de l’Inde anglaise par assortiments consistant en services de table de 270 pièces, au prix de 100 à 600 francs; services de déjeuner de 20 pièces, au prix de 2 4 francs; grands services à thé de 101 pièces, au prix de 80 à 100 francs; petits services à thé de 46 pièces, au prix de 4o à 5o francs.

On estime qu’il s’importe annuellement de Chine environ 3oo,ooo kilogrammes de porcelaine , dont la valeur varie entre 2 et 20 francs le kilogramme.

Nous distinguerons avec le tarif, sous la dénomination de commune et de fine, deux espèces de porcelaine :

1 ® La porcelaine commune, c’est-à-dire non dorée, qui n’a que la couleur de la pâte ou qui est revêtue de dessins en camaïeu d’une seule couleur ;

2° La porcelaine fine, c’est-à-dire dorée ou décorée de plusieurs couleurs ou ornements unis ou en relief.

La première est aussi bon marché aujourd’hui en France qu’en ' Chine, en ce qui concerne les objets d’un usage journalier, tels qu’assieltes , plats, etc., nous n’en recevrons jamais de Chine, et il ne s’importera guère de porcelaine de cette catégorie que sous forme de vases d’intérieur, de bancs de jardins, de pots de fleurs et de supports , que le luxe recherchera , si la taxe d’entrée n’ajoute pas trop aux frais considérables d’emballage et de port de ces sortes d’objets. Nous proposerions, à cet effet, de diviser en deux nouvelles catégories la porcelaine commune venue directement par hâtimenis français ( car il est bien entendu que la taxe actuelle serait maintenue lorsqu’il s’agira de la voie de terre ou de bâtiments étrangers): toute pièce dont le poids sera de 1 kilogramme et au-dessous payera à raison de 5o francs les 100 kilogrammes; les pièces au-dessus de 1 kilogramme en poids payeront 10 francs les 100 kilogrammes.

Quant à la porcelaine fine, qui restera toujours un article de luxe, nous proposons d’en former quatre classes : la première, composée des pièces pesant 3 hectogrammes ou moins, et comprenant les petites tasses , les soucoupes, les petites théières, etc., serait assujettie à un droit de 260 francs par 100 kilogrammes; ce qui frapperait une petite tasse ordinaire avec sa soucoupe d’un droit de 5o centimes environ ; et, comme la valeur dans le pays varie entre 76 centimes et 2 fr. 76 cent., ce serait un droit cqui-

valant de 20 à 66 pour 0/0. La seconde classe, comprenant les pièces pesant plus de 3 hectogrammes, et i kilogramme au plus, c’est-à-dire les assiettes et quelques autres ustensiles de table de moyenne dimension, serait assujettie à une taxe de i5o francs par 100 kilogrammes : ainsi les assiettes décorées, dont le prix varie entre 2 et 3 francs , seraient soumises à un droit d’environ 5o centimes à 76 centimes, équivalant à 16 à 25 pour 0/0.

Dans la troisième classe prendraient place les objets pesant plus de 1 kilogramme et moins de i5 kilogrammes : ce sont les vases décorés de moyenne grandeur, les grands plats , les grands vases de jardin, etc. Le droit afférent à cette classe d’objets serait de 5o francs par 100 kilogrammes. Le poids d’un vase de moyenne grandeur varie entre 8 et .1 4 kilogrammes, et la valeur est de 25 à 60 francs : il acquitterait donc un droit de 10 à 20 pour 0/0.

La quatrième classe enfin , se composant de tous les objets dont le poids s’élèverait à i5 kilogrammes et au-dessus, serait taxée à raison de 20 francs les 100 kilogrammes. Il s’agirait ici des grands vases qui pèsent de 45 à 70 kilogrammes, de bancs de jardins , de grands vases à fleurs , dont le poids varie entre i5 et 25 kilogrammes, et d’autres objets de formes diverses.

Les objets lourds et volumineux, compris dans les troisième et quatrième classes , ont moins de valeur, par rapport à leur po-ids, que les petits vases rangés dans les deux premières classes : ils doivent donc être exonérés, d’autant plus que la différence du fret par rapport à leur valeur vient encore peser sur eux. D’un autre côté , ces sortes de vases ne sont pas fabriqués en France : on n’a donc pas à sauvegarder l’industrie nationale contre leur importation. La taxe actuelle a le grand inconvénient d’être uniforme, et partant onéreuse aux grands vases, dont elle arrête à peu près complètement l’importation , parce qu’elle triple souvent la valeur de la marchandise. Les taxes que nous proposons l’exciteront, au contraire, en répartissant entre la navigation et le consommateur la part que s’était inutilement réservée le trésor public.

Des soies et soieries.

L’industrie séricicole paraît aussi avoir pris naissance en Chine; son origine remonte aux temps les plus reculés. Les procédés en usage dans ce pays pour l’élève des vers à soie sont aujourd’hui

à peu près tous connus et prtiqués en France, et nous n’avons plus à envier, sous ce rapport , aux Chinois que le bon marché de la main-d’œuvre , qui permet de produire la soie à 6o ou loo pour o/o de moins qu’en Europe.

Le mûrier est aujourd’hui cultivé dans toute la Chine, à l’exception des parties les plus septentrionales , et la soie est produite partout où pousse cet arbre. Les provinces qui en produisent le plus et dans les meilleures qualités sont le Tché-Kiang et le Kou- Kioang, le Kiang-sou, le Kiang-non, le Kou-pé, et le Tsé-Chuen. Le district de Shunh-té, province de Kiang-tong , que nous avons traversé, en fournit beaucoup, mais de médiocre qualité. Les mûriers y sont plantés en haies au bord des champs de riz.

La première qualité de soie écrue, appelée Tay-sam, vient de la province de Kou-Kioang ; la soie Tsa-Kée a la même provenance, et se tire aussi du Tche-Riang : ces deux qualités , connues dans le commerce sous le nom de soie de Nankin , valaient , quand nous nous trouvions à Canton, environ 45 francs le kilogramme en organsin très-régulier, mais gros et dur, et Sq francs en soie grége. Nous eûmes occasion d’examiner aussi d’autres parties de soies grèges provenant du district de Shuni-té, près Canton. L’une, jaune, grossière, roide, régulière, valait 22 francs le kilogramme ; l’autre, jaune, grosse, dure, chargée de suint, et d’un trop grand dévidage pour nos engins, valait 3o francs le kilogramme; la troisième, blanche, dure, brillante, de même dévidage , valait 35 francs le kilogramme.

Voici, au surplus, quelle a été l’exportation de la soie écrue de Chine par le commerce européen en i844 :

Du port ( Soie grége de Nankin.. . . 183,436 kilogr., à 35^00' | jq 03g 095^

de 1 W.deCariton (1,803 picles) 109,081 à 35 00 ) ’ ’

Canton. | Reliut de soie (2 ,684 picles) 162,322 à 9 50 1,542,059

Du port de( Soie tsatlce 204,792 à 38 00 1 jq qq-j

Shanghaï, j Soie laysam 86,454 à 38 00 |

Par navires américains , du port de Caulon , pour une valeur de. . . .' 133,925

Idem hollandais, idem idem 198,275

Par navires anglais, organsin , fils de soie et rubans 5,687*^ 483,395

Idem américains idem idem 2,783*^ 236,555

Total 22,899,652

L’exportation de soie écrue, il y a dix ans, dépassait de 2 5 pour cent l’exporlalion actuelle, et, en 1837, elle s’éleva à 1,200,000 kilogrammes, c’esl-à-dire qu’au prix actuel des soies, elle eût dépassé une valeur de /\2 millions de francs. On atlii-

Par navires anglais.

bue généralement celle diminulion aux inondations qui ont déisolé l’intérieur de la Chine et détruit une grande quantité de mûriers, il y a sept ou huit ans. Toutefois, l’élévation du prix, si elle n’est pas le résultat passager de l’abondance des capitaux dans les ports ouverts au commerce étranger, par suite du recouvrement du tribut payé par les Chinois aux Anglais , cette élévation de prix, disons-nous, provoquerait nécessairement une augmentation rapide dans la production de la soie.

La soie de Chine est vendue en écheveaux dont les dimensions exagérées ne s’accordent pas avec nos tours à dévider; mais le jour où cette soie sera employée en quantité notable dans nos fabriques , on apportera aisément des modifications à leur outillage. La qualité de la soie diffère aussi de celle de l’Europe : c’est encore là un sujet d’étude pour nos fabricants. Ces obstacles, si faibles qu’ils soient, ont suffi cependant jusqu’ici pour écarter la soie de la Chine de nos manufactures, parce que, il faut le dire, grâce aux exagérations du système protecteur, les fabricants de soie ne sont pas assez fortement poussés par la nécessité de frapper à toutes les portes et de mettre tout à profit pour donner du développement à leur industrie. Le jour où la France sera , par la navigation nationale qu’elle réussira à se créer, en relations directes avec la Chine, la soie offrira des objets de retour importants et un nouvel aliment pour nos fabri- ([ues.

La taxe d’entrée actuelle sur cette matière première ne nous paraît, d’ailleurs, pas susceptible de réduction.

Des soieries.

Les Chinois sont d’habiles ouvriers en soie: la matière première est à très-bon compte ; il en est de même pour la maind’œuvre. Le prix de la journée de fouvrier n’est guère que du tiers de celle de l’ouvrier lyonnais. Les procédés de teinture sont bon marché et facilement exécutés; mais les métiers dont il est fait usage en Chine ont une grande infériorité relativement aux nôtres, en ce qui concerne le façonné: ceux de ce genre que nous avons eu occasion d’examiner rappellent nos anciens métiers à la tire. Un ouvrier, et c’est ordinairement un jeune garçon de 12 à i5 ans, est placé au-dessus du métier pour manœuvrer les fils destinés aux combinaisons de la chaîne et de la trame.

Les métiers pour l’uni se rapprochent plus de ceux dont nous faisons usage; mais, comme dans le métier pour le façonné, ils ont, pour serrer la trame, un battant qui retombe par son propre poids, et que repousse l’ouvrier avec sa main, au lieu de le tirer comme nous le faisons.

Par tous les motifs, déduits plus haut, les tissus de soie unis sont à la fois plus riches en matière , plus étoffés et à infiniment meilleur marché en Chine qu’en France. Toutefois , comme la fabrication chinoise se prête peu aux exigences de la mode et du goût, qui règlent en Europe l’emploi de la majeure partie des tissus de soie , nous pensons que notre industrie a peu à craindre de la concurrence des Chinois. Nous en avons une preuve dans ce qui se passe sur les marchés anglais et américains, d’où nos soieries ne sont nullement exclues par les soieries chinoises. Cependant on ne saurait s’empêcher de reconnaître que les tissus qui sont toujours de mode ne puissent être fournis par la Chine à des prix très-inférieurs à ceux de nos fabriques.

Le tableau ci- après donne le prix de tous les tissus de soie unis fabriqués en Chine.

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