LIVRE DEUXIÈME
conserver qu'en se mettant avec tous dans une espèce d'équilibre qui rende la compression partout à peu près égale (^).
On voit par là qu'il y a des raisons de s'étendre et des raisons de se resserrer ; et ce n'est pas le moindre talent du politique de trouver entre les unes et les autres la proportion la plus avantageuse à la conservation de TEtat. On peut dire en général que les premières, n'étant qu'extérieures et relatives, doivent être subordonnées aux autres, qui sont internes et absolues ('). Une saine et forte constitution est la première chose qu'il faut rechercher ; et l'on doit plus compter sur la vigueur qui naît d'un bon gouvernement que sur les ressources que peut fournir un grand territoire.
Au reste, on a vu des États tellement constitués, que la nécessité des conquêtes entrait dans leur constitution même, et que, pour se maintenir, ils étaient forcés de s'agrandir sans cesse. Peut-être se félicitaient-ils beaucoup de cette heureuse nécessité, qui leur montrait pourtant, avec le terme de leur grandeur, Tinévitable moment de leur chute (*).
1. C'est à peu près ce qu'on entend par l'expression d*équilU bre européen : à défaut d'équilibre réel entre les États, des alliances plus ou moins durables remédient à leur inégalité e6 constituent un équilibre artificiel.
2. Les raisons de s'étendre sont extérieures et relatives, car elles dépendent des relations de l'État considéré avec les peuples voisins et de la faiblesse de ceux-ci. Les raisons dese resserrer sont internes et absolues, parce qu'elles ne dépendent que de la nature de l'État lui-même,
3. Tel fut le cas pour Rome, selon Montesquieu {Grandeur et Décadence des Bomains, chap. IX).
Ï06 bu CONTRAT SOCJAL