‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 192 sur 235 · Tacite, Hist., I · texte numérisé non relu

Tacite, Hist., I

290 DU CONTRAt SOGlÂt

épouvantable, afin que, si par hasard il devenait le maître, il ne pût savoir ce que chacun d'eux avait dit.

De ces diverses considérations naissent les maximes sur lesquelles on doit régler la manière de compter les voix et de comparer les avis, selon que la volonté générale est plus ou moins facile à connaître, et TEtat plus ou moins déclinant.

Il n'y a qu^une seule loi qui, par sa nature, exige un consentement unanime : c'est le pacte social ; car l'association civile est l'acte du monde le plus volontaire ; tout homme étant né libre et maître de lui-même, nul ne peut, sous quelque prétexte que ce puisse être, l'assujettir sans son aveu. Décider que le fils d'un esclave naît esclave, c'est décider qu'il ne naît pas homme.

Si donc, lors du pacte social, il s'y trouve des opposants, leur opposition n'invalide pas le contrat, elle empêche seulement qu'ils n'y soient compris ; ce sont des étrangers parmi les citoyens (^). Quand l'État est institué, le consentement est dans la résidence ; habiter le territoire, c'est se soumettre à la souveraineté (a).

{ai) Ceci doit toujours s'entendre d'un État libre ; car d'ailleurs la famille, les biens, le défaut d asile, la nécessité, la violence, peuvent retenir un habitant dans le pays malgré lui ; et alors son séjour seul ne suppose plus son consentement au con. trat où à la violation du contrat. (Note de Rousseau.)

1. On trouve, dans les fragments qui accompagnent le Projet de Constitution pour la Corse, ce curieux passage : « Corses, faites silence : je vais parler au nom de tous... Que ceux qui ne consentiront pas s'éloignent, et que ceux qui consentent lèvent la ranin. > Suit alors la formule de serment du pacte social {op. cit., p. 116).

Page 1