‹ Du contrat social. Publié avec une introd. et des notes explicativesChapitre 201 sur 235 · Ce mot signifie ici : organisation civile · texte numérisé non relu

Ce mot signifie ici : organisation civile

sont des fables (a) ; et, en général, la partie la plus instructive des annales des peuples, qui est Tliistoire de leur établissement, est celle qui nous manque le plus. L*expérience nous apprend tous les jours de quelles causes naissent les révolutions des empires ; mais, comme il ne se forme plus de peuples, nous n'avons guère que des conjectures pour expliquer comment ils se sont formés.

Les usages qu'on trouve établis attestent au moins qu'il y eut une origine à ces usages. Des traditions qui remontent à ces origines, celles qu'appuient les plus grandes autorités, et que de plus fortes raisons confirment, doivent passer pour les plus certaines. Voilà les maximes que j'ai tâché de suivre en recherchant comment le plus libre et le plus puissant peuple de la terre exerçait son pouvoir suprême.

Après la fondation de Rome (*), la république naissante, c'est-à-dire l'armée du fondateur, composée d'Albains, de Sabins et d'étrangers, fut divisée en trois classes, qui de cette division prirent le nom de tribus. Chacune de ces tribus fut subdivisée en

(a) Le nom de Rome qu'on prétend venir de Romulus, est grec et signifie force i*) ; le nom de Numa est grec anssi et signifie loi. Quelle apparence' que les deux premiers rois de celte ville aient porté d avance des noms si bien relatifs à ce qu'ils ont fait ? (Note de Rousseau.)

(*) La critique contemporaine a rejeté cette étymologie.

1, Ce résumé de Thistoire de Rome reste vrai dans ses grandes lignes. Rousseau connaissait et comprenait très bien l'histoire romaine. Il s'inspirait des Discours sur Tite-Live,de Machiavel, et surtout du traité de Sigonius, De legibus romanis (Voir lettre à Dutens,21 mars 1761).— Je signalerai seulement les points les plus importants où les travaux des historiens modernes obligent à rejeter ses théories.

dix curies, et chaque curie en décuries, à la tcte desquelles on mit des chefs, appelés curions et décurions.

Outre cela, on tira de chaque tribu un corps de cent cavaliers ou chevaliers, appelé centurie ; par où l'on voit que ces divisions, peu nécessaires dans un bourg, n'étaient d'abord que militaires. Mais il semble qu'un instinct de grandeur portait la petite ville de Rome à se donner d'avance une police (') convenable à la capitale du monde.

De ce premier partage résulta bientôt un inconvénient ; c'est que la tribu des Albains (a) et celle des Sabins (6) restant toujours au même état, tandis que celle des étrangers (c) (*) croissait sans cesse par le concours perpétuel de ceux-ci, cette dernière ne tarda pas à surpasser les deux autres. Le remède que Servius trouva à ce dangereux abus fut de changer la division, et, à celle des races qu'il abolit, d'en substituer une autre tirée des lieux de la ville occupés par chaque tribu. Au lieu de trois tribus, il en fit quatre, chacune desquelles occupait une des collines de Rome et en portait le nom. Ainsi, remédiant à l'inégalité présente, il la prévint encore pour l'avenir, et afin que cette division ne fût pas seulement de lieux, mais d'hommes, il défendit aux habitants d'un quartier de passer dans un autre, ce qui empêcha les races de se confondre.

(a) Ramnenses. (Note de Rousseau.)

(b) Tatienses. (Note de Rousseau.) {c)Luceres, (Note de Rousseau.)

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