Aristote, Politique, liv. I. chap. x
ils aiment leur servitude, comme les compagnons d'Ulysse aimaient leur abrutissement (a). S'il y a donc des esclaves par nature, c'est parce qu'il y a eu des esclaves contre nature. La force a fait les premiers esclaves, leur lâcheté les a perpétués (*). Je n'ai rien dit du roi Adam, ni de l'empereur Noé, père de trois grands monarques qui se partagèrent l'univers, comme firent les enfants de Saturne, qu'on a cru reconnaître en eux. J'espère qu'on me saura gré de cette modération; car, descendant directement de l'un de ces princes, et peutêtre de la branche aînée, que sais-je si. par la vérification des titres, je ne me trouverais point le légitime roi du genre humain ? Quoi qull en soit, on ne peut disconvenir qu'Adam n'ait été souverain du monde, comme Robinson de son île, tant qu'il en fut le seul habitant, et ce qu'il y avait de commode dans cet empire était que le monarque, assuré sur son trône, n'avait à craindre ni rébellions, ni guerres, ni conspirateurs.
(a) Voyez un petit traité de Plutarque intitulé : Que les bêtes usent de la raison (Note de Rousseau.)
1. Rousseau exprime ici une idée toute moderne et fort importante que l'on a eu souvent occasion de reprendre dans les discussions contemporaines : — Les défauts que présentent en fait certains êtres, étant le résultat même des conditions de vie qui leur sont imposées, ne sauraient justifier une diminution de leurs droits.