C'est à peu près le résumé de la théorie de Hobbes
2. Rousseau veut dire que l'on a toujours l'air de parler ironiquement quand on invoque le droit du plus fort, parce que les deux termes sont en complet désaccord. C'est en ce sens que Lafontaine disait :
La raison du plus fort est toujours la meilleure. Et pourtant, en fait, ce prétendu droit domine les rclafions humaines : il est donc « réellement établi en principe ». Rousseau va montrer que cela est absurde et immoral.
en sorte qu'on soit le plus fort(*).Or, qu'est-ce qu^un droit qui périt quand la force cesse ? S'il faut obéir par force, on n'a pas besoin d'obéir par devoir ; et si l'on n^est plus forcé d'obéir, on n'y est plus obligé. On voit donc que ce mot de droit n'ajoute rien à la force : il ne signifie ici rien du tout (2).
Obéissez aux puissances. Si cela veut dire : cédez à la force, le précepte est bon, mais superflu : je réponds qu'il ne sera jamais violé. Toute puissance vient de Dieu, je l'avoue ; mais toute maladie en vient aussi : est-ce à dire qu'il soit défendu d'appeler le médecin (")? Qu'un brigand me surprenne au coin d'un bois : non seulement il faut par force donner la bourse, mais, quand je pourrais la soustraire, suis-je en conscience obligé de la donner ? Car enfin le pistolet qu'il tient est aussi une puissance.
Convenons donc que force ne fait pas droit, et qu'on n'est obligé d'obéir qu'aux puissances légitimes. Ainsi ma question primitive revient toujours (*).
1. Développement du raisonnement court et expressif — on forme de dilemme — qui se trouve plus haut, au chap. I.
2. On voit donc ce qu'est le droit pour Rousseau. C'est un pouvoir purement moral, qui résulte de la raison seule et n'est reconnu que par elle ; il repose sur la conviction qu'une chose est juste et que nous sommes par suite obligés de ne rien faire pour Tempècher. Ainsi un fait ne peut pas plus fonder que détruire un droit.
3. Rousseau écarte ici d'un mot la prétention des théologiens à fonder sur la volonté divine le principe du droit. Cf. Ms. de Genève, I, 11 : VI» Lettre de la Montagne ; etc.
4. On arrive, en effet, à se demander ce qui peut rendre une puissance ou une autorité légitime. On retrouve donc la question déjà posée aux premières lignes du premier chapitre : en vertu de quel principe la liberté humaine peut-elle légitimement être limitée ou supprimée ?