‹ Du contrat social [Texte imprimé]Chapitre 71 sur 149 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

et par conséquent celle-ci au plus haut degré d’intensité qu’elle puisse avoir. Or, comme c’est du degré de la volonté que dépend l’usage de la force, et que la force absolue du gouvernement ne varie point, il s'ensuit que le plus actif des gouvernements est celui d’un seul.

Au contraire, unissons le gouvernement à l’autorité législative (*) ; faisons le prince du souverain, et de tous les citoyens autant de magistrats : alors la volonté de corps, confondue avec la volonté générale, n’aura pas plus d’activité qu’elle, et laissera la volonté particulière dans toute sa force. Ainsi, le gouvernement, toujours avec la même force absolue, sera dans son minimum de force relative ou d’activité.

Ces rapports sont incontestables, et d’autres considérations servent encore à les confirmer. On voit, par exemple, que chaque magistrat est plus actif dans son corps que chaque citoyen dans le sien, et que par conséquent la volonté particulière a beaucoup plus d’influence dans les actes du gouvernement que dans ceux du souverain (2); ear chaque magistrat est presque toujours chargé de quelque fonction du gouvernement, au lieu que

(J) Qui appartient à tous les citoyens en corps.

(2) La volonté particulière, qui est inspirée par les intérêts de l’individu en tant qu’individu, étant toujours présente dans chaque homme et étant même en lui la force la plus puissante, l’influence qu’elle exercera sur le magistrat sera de plus de conséquence pour L’État que celle qu elle exerce sur le simple particulier, puisque le rôle du premier dans l’État est plus grand que celui du second. — C’est là, sous-entend Rousseau, un inconvénient du grand nombre des magistrats.

chaque citoyen pris à part n'a aucune fonction cle la souveraineté. D’ailleurs, plus l'Etat s’étend, plus sa force réelle augmente, quoiqu'elle n'augmente pas en raison de son étendue ; mais l’Etat restant le même, les magistrats ont beau se multiplier, le gouvernement n’en acquiert pas une plus grande force réelle, parce que cette force est celle de l’Etat, dont la mesure est toujours égale. Ainsi, la force relative ou l’activité du gouvernement diminue, sans que sa force absolue ou réelle puisse augmenter.

Il est sûr encore que l’expédition des alfa ires devient plus lente à mesure que plus de gens en sont chargés ; qu’en donnant trop à la prudence on ne donne pas assez à la fortune ; qu’on laisse échapper l’occasion, et qu’à force de délibérer on perd souvent le fruit de la délibération.

/ Je viens de prouver que le gouvernement se /relâche à mesure que les magistrats se multiplient ; et j’ai prouvé ci-devant que plus le peuple est nombreux, plus la force réprimante doit augmenter. D’où il suit que le rapport des magistrats au gouvernement doit être inverse du rapport des sujets au souverain ; c’est-à-dire que, plus l'Etat s’agrandit, plus le gouvernement doit se resserrer ; tellement que le nombre des chefs diminue en raison de l’augmentation du peuple (1).

Au reste, je ne parle ici que de la force relative du gouvernement, et non de sa rectitude (2) : car,

P) IL ne s’agit toujours que des chefs suprêmes.

(2) Restriction fort importante: il ne faut pas seulement considérer le degré d’activité des magistrats, mais aussi s’assurer qu’ils exercent bien leur puissance conformément à la volonté générale. En cela consiste la rectitude de leur volonté.

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