‹ Du contrat social [Texte imprimé]Chapitre 92 sur 149 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

quant de mesure précise, fut-on d’accord sur le signe, comment l’être sur l’estimation?

Pour moi, je m’étonne toujours qu on méconnaisse un signe aussi simple, ou qu’on ait la mauvaise foi de n’en pas convenir. Quelle est la fin de l’association politique? C’est la conservation et la prospérité de ses membres. Et quel est le signe le plus sûr qu’ils se conservent et prospèrent? C’est leur nombre et leur population. N’allez donc pas chercher ailleurs ce signe si disputé. Toute chose d’ailleurs égale, le gouvernement sous lequel, sans moyens étrangers, sans naturalisation, sans colonies, les citoyens peuplent et multiplient davantage , est infailliblement le meilleur. Celui sous lequel un peuple diminue et dépérit est le pire. Calculateurs* c’est maintenant votre affaire: comptez, mesurez, comparez (a).

(a) On doit juger sur le même principe des siècles qui méritent la préférence pour la prospérité du genre humain. On a trop admiré ceux où Ton a vu fleurir les lettres et les arts, sans pénétrer l’objet secret de leur culture, sans en considérer le funeste effet : Idque apud imperitos hiunanitcis vocabatar> qnuin pars servitntis esset (*). Ne verrons-nous jamais dans les maximes des livres l’intérêt grossier qui fait parler les auteurs? Non, quoi qu’ils en puissent dire, quand, malgré son éclat, un pays se dépeuple, il n’est pas vrai que tout aille bien, et il ne suffit pas qu’un poète ait cent mille livres de rente pour que son siècle soit le meilleur de fous. Il faut moins regarder au repos apparent et à la tranquillité des chefs qu’au bien-être des nations entières, et surtout des États les plus nombreux. La grêle désole quelques cantons, mais elle fait rarement disette. Les émeutes, les guerres civiles effarouchent beaucoup les chefs,

(*) « Les sots nommaient humanité ce qui était déjà un commencement de servitude. » (Tacite, Agricola , 3i).

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