SUITE
Il ne suflit pas que le peuple assemblé ait une fois fixé la constitution de l’Etat en donnant la sanction à un corps de loi ; il ne sufïit pas qu’il ait établi un gouvernement perpétuel, ou qu’il ait pourvu une fois pour toutes à l’élection des magistrats. Outre les assemblées extraordinaires que des cas imprévus peuvent exiger, il faut qu’il y en ait de fixes et de périodiques que rien ne puisse abolir ni proroger, tellement qu’au jour marqué le peuple soit légitimement convoqué par la loi, sans qu’il soit besoin pour cela d’aucune autre convocation formelle.
Mais, hors de ces assemblées juridiques par leur seule date (2), toute assemblée du peuple qui n’aura pas été convoquée par les magistrats préposés à cet effet, et selon les formes prescrites, doit être tenue pour illégitime, et tout ce qui s’y fait pour nul, parce que l'ordre même de s’assembler doit émaner de la loi.
P) De ce qu’une chose a existé, on a évidemment le droit de conclure qu’elle est possible.
(2) C’est-à-dire, que leur date seule sullit à rendre légitimes, puisque cette date a été lixée par la loi.
Quant aux retours plus ou moins fréquents des assemblées légitimes, ils dépendent de tant de considérations qu’on ne saurait donner là-dessus de règles précises. Seulement, on peut dire en général que plus le gouvernement a de force, plus le souverain doit se montrer fréquemment.
Ceci, me dira-t-on, peut être bon pour une seule ville ; mais que faire quand l’Etat en comprend plusieurs? Partagera-t-on l’autorité souveraine, ou bien doit-on la concentrer dans une seule ville et assujettir tout le reste?
Je réponds qu’on ne doit faire ni l’un ni l’autre. Premièrement, l’autorité souveraine est simple et une, et l’on ne peut la diviser sans la détruire. En second lieu, une ville, non plus qu’une nation, ne peut être légitimement sujette d’une autre, parce que l’essence du corps politique est dans l’accord de l’obéissance et de la liberté, et que ces mots de sujet et de souverain sont des corrélations identiques dont l’idée se réunit sous le seul mot de citoyen (1).
Je réponds encore que c’est toujours un mal d’unir plusieurs villes en une seule cité, et que, voulant faire cette union, l’on ne doit pas se flatter d’en éviter les inconvénients naturels. Il ne faut point objecter l’abus des grands Etats à celui qui n’en veut que de petits (*). Mais comment donner aux petits Etats assez de force pour résister aux grands, comme jadis les villes grecques résistèrent au grand roi, et
(4 ) Voir I, vi f fin.
(2) Rousseau a déjà déclaré implicitement cette préférence, puisque la démocratie n’est possible que dans des États très petits.