CHAPITRE UI
DE l'organisation DU CRÉDIT ET DE LA
Après avoir indiqué la nature ot les besoins respectifs du crédit et de la circulation , abordons la question de leur organisation normale.
Jusqu'à ce jour, la question de Torganisation du crédit et de la circulation a oscillé entre deux opinions contradictoires, savoir* : le monopole d'une banque centrale , d'un côté, et la libre concurrence de banques particulières de l'autre. Nous pouvons affirmer de prime abord que ces deux opinions sont également fautives, et que cependant toutes lesdeux recèlent un fonds devéritéé U est évident que cette question correspond à la grande controverse touchant la liberté du com* merce , question qui approche quoique bien lentement encore de sa maturité^ car, en pratique
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aussi bien qu'en théorie , il règne un contre-balancement continuel du système restrictif d'un côté et du système de liberté absolue de l'autre; cependant ces doctrines contradictoires sont fausses réciproquement, et leur fausseté consiste précisément dans ce qu'elles ont d'exclusif. Quand donc parviendra-t-on à comprendre que ce n'est jamais telle ou telle affirmation immédiate et absolue, — que ce n'en est pas non plus la pureet simple négation, c'est-à-dire le contrepîed également exclusif et vicieux— qui peuvent l'emporter l'une sur l'autre et constituer l'état normal d'une question, mais que les deux membres contradictoires de celle-ci se trouvant déjà développés, c'est dans leur organisation synthétique seule que réside la vérité. Et remarquons bien que cette organisation , qui se présente comme conséquence des prémisses exclusives, n'est jamais un moyen terme (ï accommodation qui ne saurait satisfaire complètement à aucune des opinions contraires , et qui par conséquent courrait le risque d'être repoussé également par l' une et par l'autre ; que ce n'est pas un compromis ambigu et impuissant qui ne ferait effectivement que compromettre les intérêts opposés au lieu de les concilier; mais que c'est au contraire un moyen-terme d'organisation absor--
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bantè et supérieure , c'est-à-dire une conséquence qui ne reste pas seulement au milieu det extrêmes ^ niaisquiseplâceau dessus, qui réunit leurs avan-^ tages réciproques et leurs caractères contradictoires en les rendant éUmens intégrans de sa nature supérieure, tout en jouissant elle-même d'un caractère spécifique. Ainsi la question des systèmes de commerce ne sera réellement vidée que lorsqu'on aura abandonné l'ornière des raisonnemens actuels, pour aborder la conception d'institutions organisatrices j réunissant Y inÛuence positivement protectrice (et non négativement restrictive d'aujourd'hui), aux avantages de la libre concurrence ; c'est-à-dire lorsqu'on aura abandonné les argumens exclusifs du système prohibitif d'une part^ et les raisonnemens tout négatifs du taissez-faire et laisseZ'passer de l'autre, pour aborder un système organique et positif dont la formule serait s aidez à faire et développez.
Pour indiquer plus spécialement la différence qui existe entre ce que nous appelons une protection positive et organisatrice , et le système négativement prolecteur d'aujourd'hui, citons un exemple qui, bien qu'insuffisant encore, n'en signale pas moins un acheminement effectif vers le nouveau système. Nous l'empruntons à la
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banque, de Pologne (1). On connaît rimportance pour Fagriculture des machines agricoles surtout lorsqu'il s'agit de la grande culture ; on conçoit donc focilenient comUen est désirable rétablissement de fabriques de machines pour un pays essentidlement agricole. Que fallait-il donc entreprendre pour fairoriser ces fabriques ? S'agissait-il de les prot^er par des droits , des primes et autres encouragemens du système mercantile? ou bien fallait-il croiser les bras et laisser faire , c'esl-à-dire 9 ce qui serait revenu presque au même , laisser végétei^ et peut-être tomber ces établissemens , faute de protection à l'égard des producteurs , et faute de moyen de se procurer les machines de la part des consooHnateurs? La banque de Pologne , au lieu de s'i^rer dans ces deux impasses , c'est-à-dire au lieu de faire mal ou de ne rien faire du tout , avisa un moyen qui satisfît en même temps les prodocteurs et les consommateurs ; et voilà ce qui prouve que les intérêts les plus divergens peuvent se trouver conciliés par un mayen-temteorganîque, mais jamais
Cl) Nous nous bornons à ce seul exemple, bien qu'il soit encore en dehors de la question de l'organisation des industries proprement dites, mais parce qu'il rentre plus particulièrement dans notre sujet spéciaL
par une capitulation factice. Nonobstant les ressources accordées à l'agriculture par l'institution du crédit foncier, la banque ouvrit en outre aux propriétaires un crédit spécial pour l'achat de machines et appareils » crédit que le propriétaire s'engage à solder par termes échelonnés simultanément lavec l'impôt foncier, tandis que de son côté la banque règle immédiatement sea comptes avec les fabricans. De cette manière , l'intervention de la banque constitue une véritable protection ; car non seulement elle développe la production et l'exploitation en lui ouvrant des débouchés que celle-ci ne saurait se procurer elle-même; non seulement elle favorise la production agricole en lui donnant les moyens de pourvoir à ses besoins, mais encore elle régularise et organise ce& relations de manière à mettre à même en défaut tous les argumens du laissez^ faire ; car quels sont les moyens que l'industrie individuelle pourrait opposer à ce moyen administratif qui assimile le paiement particulier à un impôt public en le rendant recouvrable par les voies du gouvernement et passible des mêmes poursuites que 1^ contributions foncières? Et d'un autre côté quel est le droit protecteur qui favoriserait d'une manière plus efficace une in-