‹ Du crépuscule aux aubesChapitre 2 sur 9 · LA VERITE INTERIEURE · texte numérisé non relu

LA VERITE INTERIEURE

La vérité intérieure

Il est au fond de toute chose Une infrangible vérité Qui dans l'être, une fois éclose, Jette une sombre anxiété.

Elle angoisse la conscience

Plus âprement que le remords,

Et trappe toute défaillance

Dans les maux de l'âme et du corps.

Sa voix, lancinante et sévère, Arrive jusqu'aux derniers plis Du .Moi, qui voile sa misère Sous des critères avilis.

Elle tourmente chaque fibre.

Dans les oubliettes du cœur; Et nulle volonté n'est libre De l'envisager sans terreur.

Elle est l'immuable Justice Et réside toujours en toi:

Malgré ta morale factice.

Ta conduite subit sa loi.

Cache tes excès sous la pierre Qui mure les riches palais:

Elle rougira ta paupière Dans tes débauches de laquais.

Elle séchera tes organes Et les membres de tes enfants, Si la Vertu que tu profanes Cède à tes vices triomphants.

Tu peux duper la foule humaine Par de fiers et pieux dehors, .Mais tu verras croître la peine Avant que les plaisirs soient morts.

LA VKKII'K INTÉRIEURE 19

l'onr embellir ta fantaisie, Pantin dont le Mal tient les fils, Arme-toi de l'Hypocrisie, Ce bouclier des êtres vils:

La Vérité victorieuse Brisera ton masque ingénu, Et montrera ton âme gueuse, Avec ses faussetés, à nu.

Elle accusera tes orgies, Qui troublèrent des lares chers, Et comme des pinces rougies Se^ souvenirs cuiront tes chairs.

Elle flétrira ton visage

De ses stigmates accablants,

Et soulignera le passage

Signé de tes crimes tremblants.

Si ta solitude en panique Appelle un monde à ton secours Pour étouffer la voix tragique.

Les autres seuls y seront sourds.

Et sans jamais vouloir se taire, Jusque dans l'ombre du tombeau Elle sera l'affreux mystère Qui ronge le dernier lambeau.

N'évoque pas la faute innée.

Rien ne se fait impunément.

Si tu crois fuir ta Destinée, C'est ta suffisance qui ment.

Toi, que le faux amour enivre, Déchire ses bandeaux épais; Regarde haut si tu veux vivre:

Le seul bonheur est dans la paix.

Marche droit, vise loin, espère:

Crois à ton meilleur devenir, A la Beauté qui régénère, Au calme qui ne peut finir.

Aime la grandeur qui s'épure Au contact des principes forts; Et pendant que ton souffle dure, Contemple tes devoirs sans bords.

Page 1