USAGE DES VASES EN CUIVRE
Accidents qui peuvent en résulter.
En commençant j’ai déjà dit que malgré les avertissements donnés sur le danger que peuvent présenter les vases en cuivre pour les usages domestiques, on n’a pas encore pu faire adopter l’emploi d’un métal moins dangereux sous le point de vue hygiénique. Cependant il existe déjà un grand nombre d’observations d’accidents plus ou moins graves occasionnés par des aliments que l’on avait laissé refroidir dans des vases en cuivre, ou que l’on avait simplement préparés alors que ces substances étaient grasses ou acides.
Le cuivre métallique n’est pas vénéneux (1); aussi pourraiton quelquefois éviter des accidents, si l’on prenait toujours le soin de bien nettoyer le vasè avant de s’en servir. On ne sait pas assez dans les ménages que le cuivre exposé au contact de l’air humide se recouvre d’une léger ecouche d’oxyde; le vase peut paraître propre, et cependant être recouvert d’une très-faible couche de cet oxyde qui est vénéneux (2). Vient-on alors à préparer un mets dans un pareil vase, l’oxyde se combine avec la matière organique, et peut causer des accidents plus ou moins graves , qu’on attribue le plus souvent à des causes tout à fait étrangères.
D’après des expériences qui ont été faites (3), il paraîtrait que l’eau salée a la propriété de dissoudre une certaine quantité de cuivre. Et quels sont les aliments auxquels on n’ajoute pas une certaine quantité de sel ? II y en a bien peu.
Cependant aujourd’hui on a remplacé déjà beaucoup d’us-
(1) Or fila. Traité de Toxicologie , t. ], p. 76 &.
(2) On peut s’assurer cïu fait en essuyant les vases avec un tissu de linge
blanc.
(3) Orfila. Traité de Toxicologie, t. I, p. 765 et 766.
tensiles en cuivre par des vases en laiton étamé, en fer battu étamé, en fer recouvert d’un émail blanc, en fer recouvert d’un enduit vitreux, dit fer controxydé, en fonte recouverte par voie galvanique d’une couche d’étain et connue sous le nom de fonte argentine. Pour ce qui se rapporte au laiton étamé (1), on sait bien que quoique l’étamage puisse préserver des accidents, il arrive toujours un moment où le frottement et le récurage mettent à nu quelques places de cuivre; on n’y fait aucune attention, et alors on se retrouve dans la condition des vases de cuivre rouge.
Parmi les substances alimentaires qui sont vertes à leur état naturel, il en est que l’on est accoutumé à voir également avec une belle couleur verte lorsqu’elles sont préparées. Une remarque faite depuis longtemps, c’est que le cuivre conserve à ces substances leur couleur, avive même celle-ci ou la leur communique; aussi se sert-on très-généralement d’ustensiles en cuivre pour les préparer. L’expérience a également prouvé que lorsque ces mets sont apprêtés dans des vases d’une autre nature, leur belle coloration disparaît pour faire place à une coloration brunâtre. L’oseille, les épinards, les cornichons, doivent souvent leur couleur verte au mode de préparation qu’on leur fait subir.
M. Boutigny (d’Évreux) (2) a démontré la présence du cuivre dans du cidre, dans des eaux de Yichy (3) et de Seltz factices de plusieurs établissements de Paris, dans l’eau qui a servi à faire cuire, dans un vase en cuivre, de l’oseille, des artichauts, des épinards, de la chicorée, etc. ; des vinaigres, de l’eau-de-vie, du vin. Ces résultats n’ont rien d’extraordinaire, car c’est avec le cuivre qu’on extrait le cidre de la barrique; c’est dans le cuivre qu’on fait cuire les
(1) On fait entrer dans de certains laitons du zinc ; on forme ainsi un alliage qui n’est pas sans danger.
(2) Journal de Chimie médicale, t. IX, p. 151.
(3) Diverses eaux minérales naturelles contiennent du cuivre.
légumes ; on se sert également de ce métal dans la construction des machines à eaux minérales; les débitants d’eau-devie se servent de robinets en cuivre ; enfin les alambics des distillateurs sont faits avec le même métal (1).
J’ai dit que le cuivre se trouve principalement dans les eaux qui servent à faire cuire les légumes, mais une petite quantité se combine avec la matière organique elle-même. Cependant les cuisiniers experts, pour donner une couleur verte magnifique à leurs légumes, les font bouillir très-fort, et ensuite les jettent immédiatement dans de l’eau bien froide. Quand même on se serait servi d’un vase en cuivre, dans cette circonstance le légume est lavé et séparé de l’eau qui a servi à le préparer. Il ne restera donc, si l’eau était cuivrée, que des traces de ce métal qui ne seront pas nuisibles à la santé. Malheureusement tout le monde ne connaît pas ce procédé, qui permet de donner aux substances la couleur recherchée, sans avoir à recourir à l’usage des vases en cuivre.
Dans le commerce on vend des fruits conservés dans le vinaigre, dans l’eau-de-vie, auxquels on cherche à donner une belle coloration verte pour flatter l’oeil du consommateur. Presque tous ceux qui préparent ces substances ne se rendent pas compte de ce qu’ils font, et lorsqu’on leur demande s’ils introduisent un sel de cuivre, ils disent hardiment non. Et cependant, comment prépare-t-on les cornichons, les prunes à l’eau-de-vie, etc,? Les uns font rougir une bassine en cuivre bien nettoyée, bien brillante, puis y jettent le vinaigre dans lequel on conserve les cornichons. Mais que se passe-t-il? La bassine chauffée fortement s’oxyde à l’air, et le vinaigre dissout rapidement cet oxyde pour former de l’acétate de cuivre, un des composés les plus vénéneux de ce métal. Il
(1) Le cuivre qu’on trouve dans l’eau de Paris provient des appareils qu’on emploie.
n’est donc pas étonnant que dans presque tous les cornichons du commerce on trouve du cuivre.
Pour les prunes, les orangettes ( chinois), même système : on fait bouillir ces fruits dans une bassine en cuivre' avec une eau légèrement acidulée avec du vinaigre ou du jus de citron; même quelquefois, d’après ce qu’un distillateur a dit à M. Réveil, on se sert de bassines qui ne sont pas très-bien nettoyées, qui ne sont pas brillantes, par conséquent recouvertes d’oxyde formé au contact de l’air humide.
M. Trévet (de Caen), dans une note sur les cornichons qui contiennent du cuivre (1), raconte les mêmes faits. II dit que quelques fabricants font bouillir le vinaigre dans une bassine de cuivre rouge, y jettent les cornichons, puis laissent reposer la liqueur pendant un certain temps dans la bassine : procédé au moyen duquel il se forrqe infailliblement un sel de cuivre.
Mais tous ces modes de préparation ne sont rien encore à côté de celui que l’on emploie assez fréquemment dans les ménages ; ainsi, non-seulement on introduit de petites quantités de cuivre par les vases qu’on emploie, mais on met au fond du bocal de la monnaie de billon. L’acide acétique dissout du cuivre oxydé, et les cornichons deviennent d’un vert magnifique; mais ils peuvent être dangereux pour ceux qui en mangent. Malheureusement la police sanitaire ne peut rien faire dans ces cas, 'car elle est obligée de se restreindre à la 1 surveillance des détaillants et des fabricants en gros.
Les observations d’empoisonnements, ou d’accidents occasionés par les cornichons ou les fruits h l’eau-de-vie, sont assez rares, car jamais on ne mangera une grande quan- ■ tité de ces substances, et le cuivre qu’elles renferment, dans le mode de préparation ordinaire, est en trop faible quantité
(1) Journal de Chimie médicale , t. X, p. 454.
pour donner lieu à des malheurs (1). Mais il n’en est pas de même pour ce qui .se rapporte aux légumes verts, et à d’autres substances alimentaires plus ou moins grasses ou acides que l’on aurait laissé séjourner, même peu de temps, dans des vases en cuivre.
Les annales de la médecine et de l’hygiène publique ont enregistré un grand nombre d’accidents déplorables arrivés à, la suite de cette négligence ou de ces procédés défectueux. Je me contenterai de citer les ,deux observations suivantes :
A Montfort-l’Amaury ( Seine-et-Oise), le juge de paix a succombé à un empoisonnement déterminé par de l’oseille qui avait séjourné dans un vase en cuivre. Trois autres personnes ont été fort malades (2).
Dans les environs de Reims, les vignerons ont la mauvaise habitude de se servir de petites fontaines en cuivre pour tirer leur vin , et ils laissent ces vases au-dessous du tonneau. Le fils d’un vigneron d’Avenay, partant pour Reims, voulut prendre le coup de l’étrier ; son père alla lui tirer du vin de son meilleur tonneau. Peu de temps après l’ingestion de ce liquide, le jeune homme éprouva d’atroces douleurs dans l’estomac. Heureusement la quantité'de vert-de-gris qu’il avala avait .été assez considérable pour provoquer immédiatement des vomissements violents. Le malheureux rejeta presque tout le poison , et le lait qu’il but ensuite le débarrassa du reste (3).
D’après les expériences de M. Sarzeau, on ne doit pas s’étonner qu’on puisse trouver du cuivre dans le pain ; car la
(!) Cependant M. Barrüel (Ann: d'hyd.pubL, t. XIV, p. 133) croît que souvent ils en contiennent assez pour occasionner des accidents, et que c’est à ces sels qu’il faut attribuer les indispositions, les coliques et les vomissements qu’éprouvent, après les repas, les personnes qui font usage de cornichons.
(2) Journal de Chimie médicale , t. XVIII, p. 868.
(3) Journal de Chimie médicale, t. XVUI, p. 16.
farine qui sert à sa préparation peut en contenir naturellement. Mais des expériences faites par MM. Barruel, Chevallier, Gauthier de Claubry, Kuhlmann, etc., ont appris que la présence de ce métal dans le pain était quelquefois due à l’introduction, dans la farine, d’une certaine quantité de sulfate de cuivre. Cette pratique fut importée de la Belgique en France. Les boulangers belges pensaient améliorer la qualité de leur farine en introduisant une petite quantité de ce sulfate dissous dans l’eau qui devait servir à faire la pâte. En azurant le pain , ils lui donnaient plus de blancheur.
Le cuivre pouvait aussi provenir du chaulage du blé par le sulfate de cuivre.
Remer attribue la présence de ce métal dans le pain à ce que le levain avait séjourné et réagi sur les vases où on le laissait après sa préparation.
M. Thieullen, pendant qu’il habitait Rochefort, fit, comme membre du jury médical, partie d’une commission chargée d’examiner d’où provenait le cuivre qui empoisonnait le pain (1). Après un examen attentif des faits, cette commission fut amenée à conclure : 1° qu’un coussinet en cuivre de la bluterie-lâche, coussinet qui était en mouvement depuis trois mois, se rodait par suite de ce mouvement, de telle sorte qu’il avait perdu 30 grammes de son poids ; 2° qu’autour de ce coussinet il existait une certaine quantité de limaille de cuivre qui tombait continuellement dans la farine ; 3° que l’arbre vertical, communiquant le mouvement aux divers étages, était entouré de limaille de cuivre provenant des coussinets qui étaient placés au haut de la machine, et que cette limaille tombait de là dans la grande trémie où l’on plaçait le blé, et passait avec lui sous les meules et de là dans les farines.
(1) Journal de Chimie médicale, t. XIV, p. 371.
On pouvait alors s’expliquer la présence des taches dans le pain, car la limaille de cuivre renfermée dans la farine avait passé par la fermentation à l’état de sel.
Ce n’est pas seulement dans l’usage domestique qu’il faut porter une attention soutenue sur les vases et ustensiles en cuivre , mais bien aussi dans les manipulations pharmaceutiques.
C’est bien au cuivre que les huiles médicinales faites avec des plantes vertes, telles que la jusquiame, la belladone, etc., doivent leur belle coloration verte; car si l’on prépare ces mêmes huiles dans des bassines en étain ou en cuivre étamé, ou dans des capsules en porcelaine, elles ne seront pas vertes, mais d’un brun jaunâtre. Ici la présence d’une petite quantité de cuivre est moins dangereuse, parce que ces médicaments ne servent qu’à l’usage externe. Maison trouve quelquefois dans le commerce de la droguerie des extraits qui sont très-cuivrés. Ainsi M. Lebesconte, pharmacien à Quimper, chargé d’analyser un extrait de belladone, expédié de Paris, constata qu’il contenait une assez grande quantité de cuivre (1). Il est à ma connaissance qu’il y a peu de temps, dans une pharmacie de Paris qui avait fait prendre un extrait chez un droguiste, on a trouvé que cet extrait contenait du cuivre en si forte proportion que rien qu’en y plongeant quelques secondes un couteau, on le retirait recouvert d’une couche cuivreuse.
Il ne faut pas confondre les extraits qui tiennent du cuivre en solution et les extraits dans lesquels on trouve du cuivre métallique. Ainsi on sait depuis longtemps que ce métal se trouve à l’état métallique dans le suc de réglisse. Il provient des chaudières où on fait la décoction de la racine et l’évaporation de l’extrait. En remuant avec des perches garnies de bouts en fer, les ouvriers détachent de petits copeaux de
(1 Journal de Chimie médicale, t. XVI, p. 163.
cuivre qui restent dans les liqueurs, et par conséquent dans l’extrait.
On a vu dans certaines circonstances l’eau de fleurs d’oranger déterminer des accidents dus a l’acétate de cuivre qu’elle tenait en dissolution. Dans le midi de la France, on se sert d’estagnons en cuivre pour la conservation de cette eau; or, au bout de quelque temps, il se développe dans ces vases de l’acide acétique; cet acide réagit sur le cuivre et en dissout une certaine quantité.
En 1809, une dame éprouva des symptômes d’empoisonnement après avoir pris, sur l’ordonnance de son médecin, de l’eau de fleurs d’oranger contre une légère affection spasmodique. L’examen de cette eau y fit reconnaître une assez grande quantité de cuivre. Ce métal n’y avait pas été introduit par malveillance, mais s’y trouvait bien à l’état d’acétate. L’acide acétique qui s’était formé avait agi sur les estagnons en cuivre non étamés ou mal étamés (1).
Cette eau contient aussi quelquefois un sel de plomb. Ce sel peut se former lorsque l’étain qui avait servi à l’étamage n’était pas pur et contenait du plomb, ou bien lorsqu’on avait voulu enlever l’acide à l’eau pour l’empêcher d’agir sur le cuivre en le saturant avec la litharge. On ne faisait dans ce cas que remplacer un poison par un autre.
La présence du cuivre a également été signalée dans de là pâte de guimauve.
En 1850 (2) M. Bussy, directeur de l’École de pharmacie, fut chargé de l’examen d’un échantillon d’une pâte de guimauve qui avait été vendue par un confiseur. Cette pâte avait donné lieu à quelques légers accidents. Les expériences lui firent reconnaître la présence du sulfate de cuivre dans cette préparation. Le confiseur attribua la présence de ce sel à une
(1) Bulletin de Pharmacie, t.1, p. 427.
(2) Journal de Chimie médicale, t. XXVI, p. 340.
erreur. Mais pourquoi avait-il du sulfate de cuivre, et quel usage en faîsait-il ? N’était-ce pas pour aîurer la pâte et lui donner de l’œil, comme on le fait pour divers produits de couleur blanche?
Ce fait n’est pas unique. En 1835 (1) M. Alary, pharmacien à Valenciennes, instruit qu’une personne avait eu des coliques et des envies de vomir après avoir mangé deux onces de pâte de guimauve provenant d’un confiseur de Douai, se procura de ce médicament, en fit l'analyse, et acquit la certitude qu’il contenait un sel de cuivre. Ce pharmacien crut pouvoir attribuer la présence de ce sel au sucre employé pour préparer la pâte. Il paraîtrait que dans quelques raffineries on fait usage de sulfate de cuivre, soit pour azurer, soit pour faciliter la clarification de certains sucres qui sont livrés au commerce.
J’ai déjà dit que Remer attribuait la présence du cuivre dans le pain au levain, conservé dans des vases de cuivre ; il peut se combiner avec ce métal, et communiquer au pain des propriétés nuisibles à l’économie animale.
Dans l’ouvrage de cet auteur (2) , on trouve encore le cuivre signalé dans beaucoup de substances alimentaires et d’usages domestiques.
Le fromage peut contenir du cuivre pour avoir séjourné dans des vaisseaux en cuivre ou en Jaiton.
Le beurre en dissout également une partie et acquiert des propriétés vénéneuses. Ainsi Toussaint Nadier (Contre-poisons de l'arsenic, du sublimé, du verl-de-gris, du plomb, 1.1, p. 304) rapporte un empoisonnement de neuf personnes qui avaient mangé du beurre contenant du cuivre.
Le lait peut être accidentellement empoisonné parce qu’on l’a conservé dans des vaisseaux de cuivre.
(1) Journal de Chimie médicale, t. U, ,p. 02,
(2) Remer, Police judiciaire, pHarmaco-chimique, 1816.
La bière se cuit dans des chaudières en cuivre et dissout de ce métal, surtout si on l’y laisse refroidir.
On emploie des alambics, des chapiteaux et des conduits en cuivre dans la fabrication de l’eau-de-vie. Comme le liquide contient ordinairement un peu d’acide avant d’être soumis à la distillation, il passe une quantité de vinaigre avec de l’eaude-vie. On sait que le vinaigre bouillant ne dissout pas si bien le cuivre que lorsqu’il reste en contact pendant quelque temps avec ce métal. Le cuivre de l’alambic est donc difficilement attaqué, mais les tuyaux réfrigérants se couvrent de vert-degris, qui se dissout ensuite dans l’eau-de-vie contenant du vinaigre. Toutes les eaux-de-vie de grains contiendraient du cuivre si l’on n’observait pas la plus grande propreté dans les tuyaux réfrigérants. Remer a examiné beaucoup d’échantillons différents, et presque tous lui ont donné du cuivre.
Le docteur Brumby a examiné seize espèces d’eau-de-vie d’Helmstadt, parmi lesquelles quinze contenaient du cuivre (1).
Remer constate aussi la présence du cuivre dans le vin , le cidre, le vinaigre ; ces liquides en dissolvent une certaine quantité lorsqu’ils restent trop longtemps en contact avec les robinets en cuivre dans un tonneau entamé.
Quoique toutes ces falsifications soient dues au hasard ou à la négligence,, il serait nécessaire que l’on cherchât à prévenir les accidents qui pourraient en résulter, en se montrant fort sévère pour l’emploi de vases et robinets de cuivre ou de laiton.
Il me reste encore à dire quelques mots sur la coloration de certains bonbons, des jouets d’enfants qui doivent à des sels de cuivre leur couleur verte, et par conséquent peuvent occasionner des malheurs.
(1) Brumby. De ailulterationibus spiritûs frumenti sanitali infestis diss. Ilelmstadt, 1816.
Les confiseurs se servent quelquefois de vert-de-gris, ou de vert de Schéele (arsénite de cuivre), pour colorer leurs bonbons en vert; aussi a-t-on constaté plus d’un cas d’empoisonnement par les sucreries coloriées. C’est donc à juste titre que l’emploi de couleurs minérales et vénéneuses est expressément défendu ; on remplace ces couleurs par d’autres, formées par le mélange du bleu avec diverses couleurs jaunes.
Je reviendrai tout à l’heure sur cette question.
Les jouets d’enfants doivent aussi être surveillés par la police, car souvent on les recouvre d’un enduit vert qui doit sa couleur aux sels de cuivre dont j’ai parlé. Les enfants sont toujours portés à mettre en bouche tout ce qu’ils ont dans leurs mains ; aussi est-il déjà souvent arrivé des accidents déplorables.
M. Moride(de Nantes), dernièrement encore, a eu l’occasion de constater la présence de l’arséhite de cuivre dans la couleur dont était recouvert un jouet. L’enfant avait éprouvé des crampes d’estomac après avoir gardé cet objet dans sa bouche.
La colle à bouche, les pains à cacheter sont quelquefois colorés au moyen de couleurs vertes minérales. Leur emploi doit partout être supprimé ; car on ne peut jamais être trop sévère lorsqu'il s’agit de l’hygiène publique.
Je donnerai ici un extrait de l’ordonnance de police, du 28 février 1.853, rendue dans le sens de ce travail,
« Nous, préfet de police,
» Considérant que de graves accidents sont résultés, soit » de l’emploi de substances vénéneuses pour colorier les li- » queurs, bonbons, dragées et pastillages, soit de la mau- » vaise qualité ou de l’altération des substances alimentaires,
» soit enfin du mauvais état ou de la nature même des vases dans lesquels les marchands de pomestibles, les restau-
» rateurs, les fruitiers, les épiciers, etc., préparent ou con- » servent les substances qu’ils livrent à la consommation ;
» Que des accidents ont été également causés par des » papiers coloriés avec des substances toxiques, et dans les- » quels on enveloppe des aliments pour les livrer au pu- » blic, etc., etc. ;
» Ordonnons ce qui suit :
Titre 1.
« § 1. Il est expressément défendu de se servir d’aucune » substance minérale, le bleu de Prusse, l’outremer, la craie » et les ocres exceptés, pour colorier les liqueurs, bonbons, » dragées, pastilles, et toutes espèces de sucreries et pâtis- » sériés.
# § 2. Il est défendu d’envelopper ou de couler des sucre- » ries dans des papiers blancs lissés ou coloriés avec des sub- » stances minérales.
» Il est défendu de placer des bonbons dans des boîtes » garnies, à l’intérieur, de papiers coloriés avec des sub- » stances prohibées, et de les recouvrir avec des découpures » de ces papiers.
» § 3. Il est défendu de se servir de fils métalliques comme » supports de fleurs, de fruits et autres objets en sucre et en » pastillage.
» § 5. Il est interdit d’introduire dans l’intérieur des bon- » bons et pastillages, des objets de métal ou d’alliage mé- » tallique, capables, par leur altération, de former des # composés nuisibles à la santé.
» Il ne pourra être employé que des feuilles d’or et d’ar- » gent fins pour la décoration des bonbons et pastillages.
» Il en sera de même pour les liqueurs dans lesquelles on » introduit des feuilles métalliques.
Titre III.
» § 13. Les ustensiles et vases de cuivre pu d’alliage de ce » métal dont se servent les marchands de vins, traiteurs, au- » bergistes, restaurateurs, pâtissiers, confiseurs, bouchers,
» fruitiers, épiciers, etc., devront être étamés kl'étain fin et » entretenus constamment en bon état d’étamage.
» § 15. Il est défendu de renfermer de l’eau de fleurs » d’oranger, ou toutes autres eaux distillées, dans des vases » de cuivre, tels que les estagnons de ce métal, à moins que » ces vases ou ces estagnons ne soient étamés à l’intérieur à » l’étain fin.
» § 18. Il est défendu aux marchands de vins et de li- » queurs d’avoir des comptoirs revêtus de lames de plomb; » aux débitants de sel de se servir de balances de cuivre ; » aux nourrisseurs de vaches, crémiers et laitiers, de dépo- » ser le lait dans des vases de plomb, de zinc, de fer galva- » nisé, de cuivre et de ses alliages; aux fabricants d’eaux » gazeuses, de bières ou de cidre, et aux marchands de vins, » de faire passer par des tuyaux ou appareils de cuivre, de » plomb ou d’autres métaux pouvant être nuisibles, les eaux » gazeuses, la bière, le cidre ou le vin. Toutefois les vases et » ustensiles de cuivre dont il est question au présent article, » pourront être employés s’ils sont étamés.
» § 19. Il est défendu aux raffineurs de sel de se servir de » vases et instruments de cuivre, de plomb, de zinc et de tous » autres métaux pouvant être nuisibles. .
» § 20. Il est défendu aux vinaigriers, épiciers, mar- » chands de vins, traiteurs et autres, de préparer, de dépo- » ser, de transporter, de mesurer ou de conserver dans des » vases de cuivre et de ses alliages non étamés, etc., aucun » liquide ou substances alimentaires susceptibles d’être alté- » rés par l’action de ces métaux.
» § 21. La prohibition portée en l’article ci-dessus est ap-
» plicablc aux robinets fixés aux barils dans lesquels les vinai- » griers, épiciers et autres marchands renferment le vinai- » gre (i).
» § 25. Les ustensiles et vases de cuivre ou d’alliage de ce » métal, dont l’usage serait dangereux, par le mauvais état de » l’étamage, seront étamés aux frais des propriétaires, lors » même qu’ils déclareraient ne pas s’en servir. »
Cette ordonnance est suivie d’une instruction du conseil d’hygiène publique et de salubrité du département de la Seine, sur les substances colorantes que les confiseurs ou distillateurs peuvent employer pour les bonbons, pastillages, dragées ou liqueurs, et sur les substances colorantes dont il est défendu de faire usage.
Les substances qu’on peut employer sont, pour les couleurs bleues: Y indigo , le bleu de Prusse ou de Berlin , V outremer pur.
Ces couleurs se mêlent facilement avec toutes les autres, et peuvent donner toutes les teintes composées dont le bleu est l’un des éléments.
Pour les couleurs rouges : la cochenille , le carmin , la laque carminée , la laque dû Brésil, Vorseille.
Pour les couleurs jaunes : le safran , la gmine d'Avignon , la graine de Perse, le quercitron, le curcuma, le fustet , les laques alumineuses de ces substances.
Les jaunes que l’on obtient avec plusieurs de ces matières désignées et surtout avec les graines d’Avignon et de Perse, sont plus brillants et moins mats que ceux que donne le jaune de chrême, dont l’usage est dangereux et prohibé.
Couleurs composées. — Vert. On peut produire cette couleur avec le mélange du bleu et diverses couleurs jaunes ;
(1) Il serait il désirer que cette mesure s’étende à tous les liquides ali mentaires.
mais l’un des plus beaux est celui que l’on obtient avec le bleu de Presse ou de: Berlin et la, graine de Perse ; il ne le cède en rien, par le brillant, au vert de Schweinfurt, qui est un vicient poison.
Violet. Le bois de l’Inde, le bleu de Prusse ou de Berlin.
Par des mélanges convenables on obtient toutes les teintes désirables.
Pensée. Le carmin, le bleu de Prusse ou de Berlin.
Ce: mélange donne des teintes très-brillantes.
Toutes les autres, couleurs composées, peuvent être préparées par les mélanges des- diverses matières colorantes qui viennent d’être indiquées, et: que, le confiseur ou le distillateur sauront approprier à leurs besoins.
Les; substances qu’il est défendu d ? employer sont : les substances minérales en général, et notamment :
Les oxydes de cuivre , les cendres bleues ;
Les oxydes de plomb, Te massicot, le minium ;
Le sulfure de mercure ou vermillon;
Le jaune de chrome ou clvromate de plomb ; 1
Levert de Sclweinfurt, le vert de Schéele et le. vert métis;
Le blanc de plomb, connu sous le nom de eéruse onde blanc d’argent.
Les confiseurs et liqworistes ne' doivent employer, pour mettre dans leurs liqueurs et décorer les bonbons, que- des feuilles d’or et d’argent fins,. On bat actuellement du chrysocale presque, au même' degré de ténuité que l’or ; cette substance, contenant du cuivre et du zinc, doit être prohibée.