‹ Du DanemarkChapitre 33 sur 46 · A TROIS HEURES · texte numérisé non relu

A TROIS HEURES

A présent la nuit tire à sa fin.

Et le jour s'approche.

Écarte, ô mon Dieu ! les gens Qui voudraient nous nuire.

L'horloge a sonné trois heures ; 0 père trois fois saint !

Viens à notre secours , Accorde-nous ta grâce , etc. , etc.

Copenhague avait pour moi un grand attrait; les poêles de fer gigantesques qui se trouvaient partout, jusque dans les plus petites chambres , l'immense quantité de bois que dans toutes les cours je voyais couper, scier et enfermer, me rassuraient contre les rigueurs de l'hiver. Je les aurais attendues et bravées avec joie , si je n'avais été contraint par mes devoirs de me retrouver à Paris au mois de décembre , après avoir parcouru toute la Scandinavie. Mon départ fut donc fixé au 10 août 1860. A neuf heures du matin, je montai au sommet de la Tour- Ilonde, pour contempler une dernière fois le beau panorama de Copenhague qui s'étendait à mes pieds ; je saluai de la main le palais de Rosenborg, qui s'élevait au nord, perdu dans les massifs d'arbres de son parc ; à l'est, l'île d'Amager, le palais de Christiansborg et la tour pittoresque qui renferme dans ses murs le bourdon chargé de donner le signal d'alarme pendant les nuits d'incendie, et dont le son lugubre n'est que

trop connu de tous les habitants de la capitale ; au sud, le château de Fridericsberg avec ses belles terrasses et ses majestueux quinconces, et la mer Baltique, qui sert d'encadrement grandiose et magnifique à ces trois horizons; et enfin, à l'ouest, le Champ -de-Mars, l'Hôpital neuf, et tout au fond les plaines jaunes et vertes du Seeland. Je jetai un dernier regard sur cette ville belle et calme que je dominais , sur la nature plus calme et plus belle encore qui l'entourait, qui semblait comme l'étreindre de ses merveilles, et je me rendis de là en toute hâte à bord du vapeur rtlxcellence Toll^ qui était en partance pour Christiania et où mes bagages m'avaient précédé.

J'avais pour compagnon de route un commensal de l'hôtel Royal, honnête conseiller d'État, qui se rendait à Gothembourg. Pendant notre trajet, un régiment vint à passer. La musique, qui était en tête, jouait, avec un ensemble parfait, l'hymne national. Cet air, grave, majestueux et entraînant cependant , était exécuté avec enthousiasme et écouté avec une émotion contenue et non moins apparente. L'impression qu'il fit sur moi fut si vive que j'en fus tout bouleversé. Mon compagnon, devinant à mes traits ce qui se passait dans mon cœur, me demanda si je connaissais les paroles de ce chant patriotique. Je dis que non. Il se mit alors à l'entonner pendant le défilé du régiment. Je ne sais si c'est le cadre qui fit démesurément ressortir le tableau ; mais, en présence de ces soldats à l'allure martiale, de cette multitude qui les suivait en cadence et d'un pas fier, sous le ciel gris et profond de la Scandinavie, et devant ce pâle soleil qui l'éclairé si mélancoliquement, ces poétiques accents où respire un si vif amour de la patrie,

un si noble orgueil de son passé, une si ferme confiance dans son avenir, produisirent sur mon âme une émotion indicible. Le rhythme guerrier de cet hymne est encore aujourd'hui présent à ma mémoire ; mais le sens littéral en est sorti. J'ai retrouvé par hasard ces beaux vers, traduits d'une manière convenable dans une compilation écourtée et cependant indigeste que i\I. Geffroy a composée et fait paraître en 1851 sous le titre d'Histoire des États Scandinaves. Les voici, tels que je les y ai lus : « Flotte fièrement sur les eaux de la « Baltique, Danebrog, rouge comme le sang! La nuit « ne cachera pas ton éclat; la foudre ne t'a pas abattu ; M tu as flotté sur des héros qui sont tombés au sein de " la mort; ta croix blanche a élevé jusqu'aux cieux le « nom de Danemark. Tombée du ciel, ô sainte relique, » tu y as conduit des héros, tels que le monde en voit « rarement. Tant que la Renommée parcourra les « terres et les mers, tant que résonnera la harpe scan- (• dinave, ta gloire ne mourra pas. Frémis vaillamment a au bruit du combat, frémis en l'honneur de Juel. « Quand le tonnerre gronde et t'enveloppe dans ses « roulements, chante le brave Tordenskjold , et si tu « voles vers le ciel, embrasé par la foudre, parle devant « les étoiles du brave Hvitfeld. A chaque étoile qui « brille tu peux nommer un héros, mais pas un qui « efface ton grand Christian IV. Il se tient, en habit << de victoire, à l'entrée des régions de la lumière et re- « çoit les héros qui viennent visiter Otto Rud et Abn salon... Déploie fièrement tes couleurs sur les côtes « danoises, sur la côte indienne et dans les pays bar- « bares. Fcoute la voix des flots ; elle célèbre tes M louanges et la gloire de tes défenseurs. Ceux qui te

« restent se gonflent d'orgueil à ton nom et veulent « aller au devant de la mort en ton honneur. Marche '< donc sur les mers. Jusqu'à ce que les cuirasses du <« Nord volent en éclats, jusqu'à ce que s'éteignent tous » les cœurs danois, tu n'iras pas seul. »

Cet incident m'avait retardé ; il était onze heures du matin, quand j'arrivai à bord. Déjà, depuis longtemps, la cheminée grondait , sifflait et fumait Le vaisseau, après un moment d'hésitation , se mit à fendre allègrement les flots du Sund, et quelques minutes s'étaient à peine écoulées que je ne voyais plus que les clochers et les dômes de cette charmante ville oii j'avais passé de si doux instants, et dont le nom seul éveillera toujours en mon cœur un monde de souvenirs.

Fl^

TABLE DKS MATIERFS.

AVAM-PR(»POS.

Veis de liegiiaid. — Hoclier de Jnkas-Jeivi. — Les Lapons. — Bal

à Hapariinda. — Coup d'œiljett' sur les trois Etats Scandinaves. 1 a 11

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