HISTORIQUE
Les décollements épiphysaires sont connus depuis longtemps, on les trouve signalés dans les plus an- ciens ouvrages de médecine. Quoiqu'il n’y ait aucun indice qui permette d'affirmer que le décollement épiphysaire fut connu dans l'antiquité, on pourrait peut-être considérer comme une allusion à cette lésion un texte d'Hippocrate (in de articulis) rapporté dans un mémoire de Rognetta; on peut y voir : qu'une fable souvent rapportée attribue aux Amazones, la coutume de séparer les épiphyses des os longs de leurs enfants mâles, dans le but d'assurer aux enfants du sexe féminin la suprématie de la force et de la beauté.
Au dix-septième siècle, Ambroise Paré fut un des premiers à voir ce que ces lésions avaient de spécial, il écrit à ce sujet : « Nous avons vu une autre sorte de luxation qui se fait principalement es os des jeunes par une séparation des épiphyses, comme la tête de l’os adjutoire (humérus) et femoris et autres jointures, et celà se recognoist en ce qu'on avait separation des os avec crépitation et impotèce de la partie. » (1614, Opera Omnia, liv. XTIT, p. 546.)
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Fabrice de Hilden, au dix-septième siècle, Verdura, J.-L. Petit et Duverney, au dix-huitième siècle, parlèrent en termes vagues de quelques cas de disjonction épiphysaire.
En 1759, apparaît le premier ouvrage traitant spécialement des décollements épiphysaires, ce fut la thèse de Reichel (Leipsig, 1759). Il distingue bien les disjonctions traumatiques des disjonctions spontanées dues à des causes pathologiques.
Bertrandi, de Turin (1787), Monteggia, de Milan (1814), citent quelques autres faits sans grande importance.
Du commencement au milieu du siècle dernier on trouve des indications plus précises. En France, Portal dans son cours d'anatomie médicale en 1803, dit ceci: « Les épiphyses se détachent quelquefois du corps des os, surtout chez les enfants, l'extrémité supérieure du radius et le col du fémur sont les plus sujets à ces désunions ; on les confond souvent avec la luxation de ces os, ce qui dans le traitement donne lieu à des erreurs. »
Boyer et Dupuytren effleurent à peine la question, Champion et Laurent en donnent quelques exemples particulièrement nets. Un des cas cités par Champion est une observation de décollement épiphysaire de l'extrémité inférieure du tibia (Observation IT).En 1822, Roux, de Brignoles, soutient sa thèse à Montpellier «sur la disjonction des épiphyses ». Il ne cite que deux faits; plus tard, en réponse à un mémoire de Gueretin, il en publia quatre nouveaux. Ce mémoire de Gueretin contient le résultat d'expériences
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cadavériques, faites sur de nombreux sujets, depuis la naissance jusqu’à l’âge de quatorze ans. Il passe en revue les principaux déeollements épiphysaires. En 1845, Salmon, dans sa thèse de doctorat, expose le résultat de ses expériences cadavériques et mentionne l'importance, au point de vue clinique, de la crépitation mâte que l’on obtient par le frottement des deux fragments l’un contre l’autre.
Vers le milieu du dix-neuvième siècle, Cruveilhier Malgaigne (7raité des fractures, 1845) déclarent que les décollements épiphysaires sont très rares et qu’il n'y à aucune nécessité de les distinguer des fractures.
En 1860, Smith publie un cas de décollement épiphysaire de l'extrémité inférieure du tibia.
Sous l'influence des idées de Malgaigue, plusieurs chirurgiens arrivent à nier l'existence de cette lésion, et cette question souleva d’intéressantes discussions à la Société de chirurgie.
En 1865, Dolbeau présenta à cette Société, de la part deM. Leroux, chirurgien à l'hôpital de Versailles deux radius, sur lesquels à la suite de traumatismes les épiphyses étaient séparées des diaphyses. Marjolin déclara que ces décollements étaient tellement rares qu'on les pouvait nier, et, à l’appui de ses dires, fit un relevé de six cents fractures observées par lui à lhôpital Sainte-Eugénie et parmi lesquelles il ne trouve pas un seul décollement épiphysaire. D'ailleurs, ajoutait-il, d'après Malgaigne, on ne pouvait rencontrer un décollement net après deux ans, car toujours des fragments diaphysaires restent accrochés à l’épiphyse arrachée. Chassaignac, de son côté, ne voit dans les