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DU STYLE DE LA MISE EN SCÈNE

D'autre part une simplification par principe préconçu qui n'est pas un résultat, mais un point de départ — et de faux départ. Ce que celle-là nous donne, avec un minimum de moyens, c’est un minimum d’expression. Elle est là avant que le travail de création ne commence, elle est là pour donner une excuse et un semblant de légitimation à la pauvreté intérieure. Ellé fait le bonheur du metteur en scène dépourvu d'imagination, elle l’aide à cacher son peu d'invention sous un principe reconnu — souvent même, sous une grande ingéniosité technique.

C'est, en effet, l'ingeniosite qui dans bien de créations modernes tient la place de l'imagination. Les moyens restreints que nous offrent tel ou tel théâtre peuvent, certes, nous inspirer des tours de force. Cette ingéniosité sera légitime quand elle se mét au service d’une imagination vraiment créatrice. C’est même l’équilibre de la force créatrice et de l'invention technique qui fait le don spécial du metteur en scène architecte. Mais dans bien de décors à éléments fixes ou à rideaux, c’est uniquement une solution technique ingénieuse qu'on nous présente pour création. L’ingéniosité ne sert plus des qualités artistiques, elle les remplace. D'où une simplification sans signification expressive, nulle au regard de l'art.

Inévitablement, d’ailleurs, ceux qui usent de cette simplification avant la lettre finissent par généraliser, Et un art qui doit témoigner de la différentiation de notre sens esthétique aboutit ainsi à nous rendre moins différenciés. C’est, cependant, leur différentiation plus grande qui est la marque d’une plus fine sensibilité, d’une intelligence plus développée ; maïs en s’enfermant dans une formule étroite, on émousse la sensibilité, ôn tarit jusqu'aux sources mêmes d’où découle l’art de la scène.

Le bon metteur-en-scène-architecte sera donc doué d’une sensibilité assez affine pour prêter l'oreille aux nécessités de style de chaque pièce. En restituant à chaque art son domaine, en

demandant à chacun des éléments scéniques son expression particulière, il collaborera à l'œuvre scénique intégrale. Et il n'aura point besoin de vouloir être « moderne » pour être vraiment moderne. Né dans une époque, nourri de ses conceptions, partant de ses données, comment ne serait-il pas moderne ?

Telle est la raison pourquoi je ne crois même pas nécessaire de réclamer un style de mise en scène; et, en effet, c’est pour nous peine perdue que de vouloir donner autre chose que ce que nous portons en nous. Aussi bien, toutes ces discussions, ces articles, ces conférences pour savoir si nous sommes « modernes », nous semblent inutiles. Actuellement, notre « intellectualisation » voudrait nous faire croire que tout passe par le cerveau, et qu'il suffit d’un acte de volonte pour être moderne. Résultat : dix mille faux artistes, plus ou moins à la mode, qui braïillent le langage du jour. Vanité, dis-je : il est aussi vain de « vouloir » être moderne que de vouloir ne pas l'être. On est de son temps parce qu’on a la sensibilité de sa génération.

L'artiste de la scène ne fait donc pas du « moderne » en AN des formules toutes faites ; il connaît les moyens qui sont susceptibles de satisfaire notre sensibilité, il laisse en jouer librement sa fantaisie; après quoi il se soucie peu de faire du « moderne » :

l’œuvre, d'elle-même, est moderne, si l’artiste est de son temps.

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