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Du délire chez les dégénérés

Pendant le cours de notre internat dans les Asiles d’aliénés de la Seine, et en particulier dans le service de P Admission à Sainte-Anne, nous avons eu l’occasion d’observer une quantité considérable de malades qui, en raison de leurs antécédents héréditaires, devaient être classés dans la catégorie des dégénérés. Parmi ces malades, un certain nombre n’offraient pas de délire proprement dit. Ces dégénérés, idiots, imbéciles, débiles ou individus intelligents, présentaient un état mental particulier incompatible avec la vie journalière au sein de la société, nécessitant en conséquence la séquestration. Un certain nombre d’autres malades, également dégénérés, présentaient à l’observation l’un de ces syndromes si variés, mais si caractéristiques, qui font partie de l’évolution même de la folie des héréditaires dégénérés (folie du doute, dipsomanie, etc.). Enfin, un dernier groupe de malades, sur lequel M. Magnan attira plus spécialement notre attention, avait de véritables idées délirantes. Ces délires, implantés sur le terrain héréditaire, auquel ils empruntaient des caractères bien particuliers, n’appartiennent plus en propre à la folie des

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dégénérés. Ils rappellent les manifestations délirantes des autres aliénés. Mais ce qu’il y a de saillant dans les cas dont nous parlons ici, c’est le double fait suivant : d’abord, l’existence d’un terrain spécial ; ensuite, des idées délirantes qui viennent germer sur ce terrain, et qui, en conséquence, conservent dans leur évolution le stigmate ineffaçable de la tare originelle. Prédisposition et délire sont deux facteurs qui réagissent l’un sur l’autre. Si la tare héréditaire prédispose les sujets à fabriquer des idées délirantes, celles-ci, inversement, lorsqu’elles se développent sur un terrain préparé, se ressentent de l’influence de ce terrain.

C’est l’étude de cette dernière catégorie d’he'réditaires dégénérés que M. Magnan nous a engagé à approfondir, et c’est à l’étude du délire chez les dégénérés que nous consacrerons les pages qui vont suivre. Qu’il nous soit permis, avant d’entrer en matière, de témoigner ici publiquement notre reconnaissance envers notre maître, dont nous avons mis souvent à contribution les conseils et l’expérience, et qui a toujours si obligeamment répondu à notre appel. Nous devons encore un témoignage de reconnaissance à M. le professeur Bouchard, qui a bien voulu accepter la présidence de notre thèse, et qui, dans tout le cours de nos études, nous a toujours honoré de ses sympathiques conseils. Remercions encore nos collègues dans les Asiles, et en particulier M. le D r Dericq, pour l’obligeance avec laquelle ils ont mis à notre disposition les renseignements dont nous avons eu besoin pour compléter nos observations.

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