ET ÉCLAIRCISSEMENTS
La mélancolie (1) des Anciens et de beaucoup de pathologistes étrangers est plutôt un degré qu'une
(1) Les anciens, comme on sait, regardaient la mélancolie originelle ou le tempérament mélancolique comme l'attribut du génie, ou au moins comme une de ses condi' tions les plus fréquentes. C'est ainsi qu'Aristote {Problem., sect. xxx) considère comme des mélancoliques ou comme des extatiques, Hercule, Bellérophon, Ajax, Empédocle, Lysandre, Socrate et Platon lui-même. Cette opinion ne veut dire autre chose, sinon qu'il est d'une observation très-reculée, que les hommes éminents par la profon deur et la vivacité de leurs pensées sont disposés à les prendre pour les choses elles-mêmes, ou à les convertir en sensations externes, ce qui peut devenir un acheminement à la folie sensoriale, à la folie de Socrate et de Cardan.
forme de raliéîiation mentale. Liée à Faction d'un système nerveux originellement excitable, elle a pour caractère une susceptibilité maladive^ qui centuple l'eifet des moindres impressions^ soit externes, soit internes, et met le malheureux qui en est atteint dans un état de défiance invincible contre tout ce qui Fenvironne, et de mécontentement profond contre luimême.
Si cet état ne fait pas de progrès, si rien ne vient éveiller une organisation déjà trop disposée à agir, on pourra, pendant longtemps, ne voir dans le mélancolique qu'Hun homme bizarre, défiant, qui, dans son orgueil, a pris en haine une société où il ne se croit pas à sa place. Mais que, par Teffet d'une cause violente ou prolongée, l'activité du système nerveux s^accroisse en se pervertissant davantage, que les impressions des deux ordres de sens deviennent plus répétées, plus douloureuses, bientôt la scène morale change, et son aspect désordonné ne tarde pas à frapper les yeux même les moins habitués à voir.
Le mélancolique devient chaque jour plus irritable, plus défiant, plus sombre. Son sentiment du W202 s'exaspère ; tout ce qui se passe sous ses yeux, il le rapporte à lui-même; il le travestit, le dénature; voit des complots contre sa personne dans des actes qui ne le concernent point; de l'hypocrisie, de la haine, dans des témoignages d'amitié. Jadis il n'avait que des soupçons, maintenant il se complaît dans une fâcheuse certitude.
Tout, dans les aianifestations de son intelligence, se dessine et prend une forme arrêtée. Ses sentiments, ses idées, se transforment en véritables sensations externes, aussi distinctes, je dirais presque aussi physiques, que les objets eux-mêmes : c'est la pensée qui semble se matérialiser, qui devient une image visuelle, un son, une odeur, une saveur, une sensation tactile ; ce sont des hallucinations,
A ne considérer que dans la manie cette forme pour ainsi dire corporelle du délire, et sans vouloir la rapprocher des hallucinations de l'encéphalite, elle est ici, comme on le voit, le dernier terme de la folie, son degré le plus élevé. Elle en est aussi le caractère le moins douteux, le plus facile à saisir.
Il est pourtant des cas, à la vérité assez rares, où les hallucinations se déclarent presque en même temps que le déhre général, et cessent à peu près avec lui. Ce fait a lieu surtout chez les sujets jeunes, d'un tempérament sanguin, d'une constitution mobile et excitable. Les deux observations suivantes en sont des exemples remarquables.