SA MORALE
Socrate ait prononcé jamais^ s'adressait à celui qui les a le premier séparés (1). Ce sont Téternité dans le sein de Dieu^ et IMntiéité dans la conscience humaine^ dès sentiments ou des idées modèles et directrices^ du bon^ du juste^ du beau^ du saint (S); c'est rexcellence de l'amitié (3); c'est le précepte d'augmenter toutes les vertus par la culture (4) ; celui d'aimer ses semblables (5), et de ne pas leur rendre le mai pour le mal (6) ; celui d'obéir aux lois (7), d'honorer les Dieux du pays où l'on est né, où Ton vit (8) ; ce sont, enfin, les éternelles béatitudes d'une vie à venir, données comme encouragement à la pratique de la justice, et comme gage du bonheur dans celle-ci (9).
(1) CicÉRON, De legibuSt lib. I, s. 12. — Clément d'Alexandrie, Stromat.^ lib. II, p. 417.
(2) Platon, Timée, Phédon, Cnayle^ Minon, Pamènide, Phèdre^ Philèbe^ Théagès^ Théétète, Républiqite, vi et vu.
(3) Platon, Phèdre, Banquet y Lysis. — Xénophon, Mémofa6., lib. I, p. 731 ; lib. II, p. 746 et seq.
(4) Xénophon, Memorab.y hb. II, p. 755; lib. 111, p. 778; lib. IV, p. 790, 814. — Aristote, Magnor. moral.y lib. I, cap. I ; Èthicor, Nicomach,, lib. VI, cap. xiu. — Cicéron, De officiis, lib. II, s. 12. — Stobée, Loci communes, serm. 1.
(5) Platon, Gorgias, p. 137 ; Alcibiade I, p. 53.
(6) Platon, Criton, p. 113, 114; Gorgias, p. 74, 75.
(7) Platon, Criton, p. 185 et seq. — Xénophon, Mémo» fa6.,lib. IV, p. 805, 811.
(8) Platon, Phédon, p. 265 ; Phèdre, p. 390. — Xénophon, Memorab., lib. I, p. 722 ; lib. ÏV, p. 803, 811.
(9) Platon, Phédon, p. 143, 243, 258; Gorgias, p. 171 et seq.
i36 HISTOIBE OBDINAIRE DE SOGRATE.
Cette morale^ si différente de celle qui s^était pratiquée^ et même de celle qui s'était enseignée jusque-là^ impliquait le blâme et la réformation de Fétat de civilisation des temps où vivait Socrate ; et elle devait entraîner^ de toute nécessité^ l'abolition de leur droit barbare de la guerre et des gens^ et en particulier celle de Tesclavage. Si elle ne prescrivait pas encore aux hommes de s'aimer et de s'entr'aider comme frères^ elle leur disait au moins de se traiter et de se secourir comme des égaux^ et, en s'appuyant sur la Providence divine et sur les grâces d'un état à venir^ elle donnait une base nécessaire à des préceptes que l'état grossier du cœur humain permettait de cornprendre à peine.
Les croyances religieuses de Socrate offrent le même caractère de supériorité que ses opinions et ses préceptes en morale. Socrate reconnaissait les Dieux de son pays (i), et je ne tarderai pas à montrer qu'il les reconnaissait sincèrement, bien qu'on ait cherché à établir Topinion contraire (2). Hais ces dieux n'étaient plus pour lui l'incestueux et parricide Jupiter, l'impudique Vénus, rhomicide Mars, le fourbe Mercure. So-
{{) Platon, Apologie, p. 61, 62, 63 ; Phédon, p. 137, 138, 266; Phèdre, p. 338, 390; Gorgias, p. 163, 164. — Xkno- PHON, Memorab., lib. I, p. 709 et seq.; lib. III, p. 777; lib. IV, p. 803 ; Apologie, p. 705.
(2) Theodoret, Grœc, affect. curât,, serra. 2. — Saint Justin, Apologia pro Christianis, i, 2. — Charpentier, Vie de Socrate, Paris, in-18, 1657, p. 242.