‹ Du demon de Socrate specimen d'une application de la science psycologique a celle de l'histoireChapitre 55 sur 92 · lÏKS TH0I8 C.RANDS DUMONOGHAPIIKS · texte numérisé non relu

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}ii crois inutile do faire remarquer tout ce qu'il y n de similitude entre l'histoire précédente et celle de Sacrale. C'est, sur une plus petite échelle, le même état intellectuel , ce sont les mêmes hallucinations; e'est la mêmu durée de la maladie dans sa forme exclusivement sensorialo ; un ange seulement au lieu d'un démon. Je ne veux qu'appeler l'attention sur l'écrivain qui a ainsi apprécié ce fait de psychologie morbide et sur Ira opinions du temps où il vivait.

J. Bodiu était une des fortes télés de celle époquelà, et sou livre de la République, alors suivi dans les écoles d'Angleterre, a joui longtemps d'une grande réputation. Cela n'a pas, comme, on le voit, empêché l'auteur de croire à toutes les extravagances de lu magie et de la sorcellerie, et de raconter sérieusement, comme un fait d'assistance divine par l'intermédiaire d'un ange, l'histoire que je viens d'extraire de sa Dêmonomanie. i. Wicr, qu'il combat en fermi-

présidenl Fauche t fut un des premiers qui s'en aperçut ; car, proposant à Bôd in d'aller à quelqu' en droit, aussitôt un escabeau se remue, et fiodin dit : C'est mon bon ange, qui me Fait connaître par là qu'il n'y fait pas bon pour moi. Dans plusieurs autres occasions, quand on lui conseillait d'entreprendre quelque chose, s'il entendait remuer quelqu'un de ses meubles, il disait : Je n'en ferai rien, mon génie me le défend. n (Naud&ana et Patiniana, ou Singularités prises des conversations de MM. Naudé et Patin; Paris, in-12, 1101, p. t3 du Palinitma; voir aussi les pafles ) et 9.J

(I\'of« de la première "I <!e ia deti:rième édition.}

WIER, liODIN, NAl!DÉ. 249

nant son ouvrage, avait dans l'esprit tout à la fois plus Je philosophie et de bonté. Si, dans son livre, Du prestigiis Dœmonum, il ne met pas en doute le pouvoir malfaisant du Diable, et celui des véritables magiciens, au moins ne croit-il pas que ce pouvoir soit partagé par les sorcières, et c'est dans cette persuasion qu'il fait tous ses efforts pour arracher au bûcher ces pauvres vieilles abusées, que Bodin, au contraire, y traînait. Ce serait une grave erreur que.de penser que Wier ait feint de partager une partie des croyances superstitieuses de son temps, pour se soustraire aux persécutions des ministres du culte, et pour obtenir plus sûrement le résultat auquel .il voulait arriver, l'extinction des bûchers pour crime de sorcellerie. Une pareille opinion sur Wier prouverait qu'on n'a pas lu son livre, ou qu'on n'entend rien h l'esprit des époques et de leurs représentants. Wier a eru tout ce qu'il a dit, le faux comme le vrai, et peu de temps après lui, G. Nandé, dans son Apologie des grcmdx hommes faussement soupçonnés de viagie, n'a pas émis des idées beaucoup plus raisonnables. Lui, contemporain et ami du fameux Campanella, il croyait aussi à la magie,aux maléfices; seulement il ne voulait pas qu'on en accusât tous les grands personnages en l'honneur desquels il est venu rompre une lance, et qu'il regardait seulement comme des savants, ou des politiques. Aussi, pas plus qu'à Wier, pas plus qu'à Bodin, il ne lui est venu dans l'esprit que tous ces fameux magi-

550 LES TROIS il HA MIS DÉMO NOG R A P HÉS.

ciens étaient, pour le moins, des hommes igm pliysique, et, par cela même, créduies et superstitieux; car lui Naudé, aussi bien que Wier et Bodin, était dans le même cas. A plus forte raison ces trois coryphées de la démonographie des xvi e et xvu° siècles ne pouvaient-ils voir, dans la plupart de leurs sorciers, de leurs magiciens, de leurs politiques, des hallucinés de haut ou de bas étage, dont l'état intellectuel ressemblait h celui de Socrate; et s'ils ne l'ont pas vu, la Grèce, comme eux ignorante et superstitieuse, ne pouvait, deux mille ans avant leur époque, apprécier, comme il convient, l'état de raison du plus grand de ses philosophes. C'est là la conclusion où j'en voulais venir.

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