‹ Du demon de Socrate specimen d'une application de la science psycologique a celle de l'histoireChapitre 77 sur 92 · SIR LA FOL! H SESSORIALE · texte numérisé non relu

SIR LA FOL! H SESSORIALE

Hlusio, hallucinatio.

Hypocondrie suicide. .

itijpocondriacal insanity d'Arnold, etc. ' ■ : ..

Cas analogues : Pertec tonnais o/ïtwanif y.,'ease vin, etc.). Pinel [Traité de l'aliénation mentale, p. 169 et Buiv.).

M.,admisdansla division des aliénés, le 2 juillet 1832, à l'âge de trente-huit ans, est un ancien militaire, qui s'est fracturé les deux jambes en cherchant à déserter de la citadelle de Besançon. 11 en est résulté une double amputation faite avec succès, et après laquelle M. s'est marié et a repris son état de vannier. Mais il est resté plus sombre qu'avant, et il n'a cessé d'être chagrin du souvenir de sa faute, du résultat qu'elle a eu pour lui, et de celui qu'elle eût pu avoir, si la mutilation, qui en a été la suite, n'eût adouci en sa faveur la sévérité de la justice militaire.

Ces souvenirs et une misère profonde ont peu à peu altéré la raison de M., el l'ont fait conduire à Bicètre dans l'état suivant :

Marche difficile sur deux jambes de bois ; exercice normal des fonctions étrangères à l'encéphale • physionomie iriste et abattue ; action complètement naturelle des sens externes. Au premier aspect, apparence d'une raison intacte, et surtout point de délire maniaque général, pas d'accroissement de la circulation, soit générale, soit encéphalique. A un plus ample examen, hallucinations très-violentes et continuelles de l'ouïe,

qui font croire à M. qu'on le persécute, qu'on l'injurie, qu'on le menace de le fusiller, do le faire mourir dans les plus horribles souffrances. De là privation à peu près complète de sommeil ; erreurs de conduite ; pratiques singulières ; paroles en réponse à celles que le malade croit entendre, ou prononcées conformément à de prétendus ordres, donnés par les voix. Idées tristes, presque toutes relatives à la nécessité de mettre fin, par le suicide, à un état de souffrance morale qui va jusqu'il la douleur physique et se confond avec elle. Cet état d'anxiété et d'hallucinations s'exaspère quelquefois jusqu'au point de dégénérer en un véritable délire maniaque, presque général, et accompagné d'injection de la face et d'une agitation extrême, qui force à maintenir le malade par le gilet de force, et qui le rend beaucoup moins sensible aux impressions venues du monde extérieur.

Pendant dix mois de séjour dans la division des aliénés, cet état, loin d'offrir la moindre rémission, n'a fait qu'aller en augmentant, malgré l'emploi suivi des émissions sanguines, des bains, des exutoires. M. s'est de plus en plus concentré dans ses fausses perceptions, et est devenu d'autant moins attentif aux impressions extérieures. Le sommeil a été presque constamment nul ; mais il n'y a jamais eu dans les idées une grande incohérence maniaque.

Le point le plus saillant de l'état mental de M. a été son désir de recevoir ou de se donner la mort. 11 avait

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\ ou ce lu un double but : 1° terminer ses souffrances morales et corporelles; 2° ne pas mourir dans d'horribles supplices, ce qu'il croyait inévitable. Ce but, il a constamment cherché à l'atteindre, et cela par tous les moyens possibles. Une première fois il se donnasur les parois de la poitrine des coups de canif, dont il ne tarda pas à guérir. Une autre fois il trouva moyen desedébarrasserde sa camisole, et il se traînait sur ses moignons pour aller se pendre, avec une sangje, à la rampe d'un escalier voisin, lorsqu'on l'arrêta. Je l'ai vu plusieurs fois encore se mettre en route de la même manière, pour se jeter du haut en bas des degrés de la salle supérieure à la sienne, ou pour aller dans la cour de l'infirmerie chercher la mort qu'il croyait y trouver. On exerça sur lui la plus grandè surveillance; on lui ôta ses jambes de bois. Onlegarda à vue ; on lui laissa presque constamment appliqué le gilet de force. Alors, à plusieurs reprises, il voulut se laisser mourir de faim. Il fallut lui ingérer par le nez, avec la sonde* œsophagienne, des aliments liquides. On parvint à vaincre ainsi son obstination, étale forcera prendre de lui-même des aliments plus substantiels.

Mais dans les premiers jours du mois de mars 1833, son état d'hallucination et de souffrance s'augmentant, . Ses idées de suicide le reprirent de plus belle, et il refusa obstinément jusqu'au jour de sa mort 3 c'est-à-dire pendant près d'un mois, de prendre de gré aucun aliment. 11 fallut en revenir à l'ingestion de bouillon par

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la sonde œsophagienne, répétée plusieurs lois par jour. Celte opération était un supplice pour M. : elle l'empêchait de terminer ses souffrances par la mort, et elle le faisait désobéir à ses a voix, » qui lui disaient de ne pas manger. C'était une chose pénible, et tout à la t'ois presque grotesque, de l'entendre, dans son langage fortement accentué du Midi, vous demander la mort, comme uabonfme, sur le point d'être assassiqé, demanderait grâce. Pour lui, il n'y avait plus désormais d'idée que celle-là : la mort. Je suis persuadé qu'il se serait prêté avec joie à tout ce qu'on eût voulu faire pour la lui donner.

Les hallucinations ne discontinuaient pas; mais le dépérissement devint considérable, l'altération de la l'ace profonde et étrange. Il s'y joignait une impression de douleur el de crainte extraordinaire. Le pouls était lent et faible, l'haleine fétide, les lèvres et les dénis fuligineuses. La mort eut lieu dans cet élat.

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