‹ Du demon de Socrate specimen d'une application de la science psycologique a celle de l'histoireChapitre 79 sur 92 · SUR LA FOLIE SENSOBIALE · texte numérisé non relu

SUR LA FOLIE SENSOBIALE

Synonymie. — Délire divin où prophétique de Platon, Aréttie, Cœlius Aurelianus. -

Âlelancholia superstitiosa de Willis.

Melanckoiia enlhusiastica de Sauvages et de Sagar.

Manie religieuse des médecins modernes. ' -

, P., vieillard très-vert encore, d'une forte constitution, d'un tempérament sanguin, est renfermé dans la division des aliénés depuis cinq à six ans. Le 6 février 1813, après quelques semaines, quelques mois peut-être, d'inspirations légères et, pourainsi dire, intérieures, Dieu lui apparût, pour la première fois, dons toute sa gloire, et lui annonça qu'il était son fils, son envoyé, chargé par lui d'annoncer sa volonté aux hommes, et d'opérer, par ses exhortations, la réforme de leur état social. Cela ne l'empêcha pas d'exercer toujours son métier de cordonnier, et de se conduire, comme par le passé, avec toutes les apparences d'une raison parfaite. Ce ne fut que deux mois environ avant son entrée à Bicêtre, et sur l'ordre formel de Dieu, qui le visita encore ce jour-là, que P. cessa de travailler, et qu'il resta, pendant près de six semaines, renfermé volontairement dans sa chambre, à demi nu, ne mangeant pas, ou mangeant peu, en proie à des avertissements divins réitérés, et à toute l'exaltation qui en était la suite'. Ce fut là ce qui détermina son admissiondans la division des aliénés, le 8 octobre 1829. . U était, en ce moment-là, fort calme.

Depuis ce temps, son état n'a véritablement pas îs

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varié. 1*. se croit cri communication avec Dieu> dont il se dit le fils bien-aimé. Les fausses perceptions sur lesquelles il fonde cette croyance sont, à peu près, purement relatives au sens de l'ouïe, et ne s'accompagnent d'aucune incohérence générale dans les idées, d'aucune excitation, d'aucune erreur de conduite. Indépendamment dès deux visions, ou hallucinations de la vue, dont j'ai parlé, il en a eu encore deux ou trois autres. Dans i'une d'elles, il a été ravi en esprit jusqu'au trône de Dieu, en compagnie de la Vierge Marie, et il est allé s'asseoir à la droite de son divin Père. Pour ce qui est de ses fausses perceptions habituelles, c'est-à-dire de ses hallucinations de l'ouïe, quelquefois c'est Dieu qui lui parle en personne ; d'autres fois l'Être suprême se sert pour cela de l'intermédiaire de l'archange Kaphaèl, comme il se servait de Gabriel pour envoyer à Mahomet les articles de la loi musulmane. Ge divin messager lui donne souvent des avertissements très-longs, très-e\plicites, que P, écrit avec grand soin, et dont il m'a transmis un grand nombre. En les lisant, sauf la différence des temps, de3 lieux et des personnes, on croirait lire un chapitre du Goran. II y règne seulement un peu moins d'incohérence. Il y a un de ces avertissements qui contient d'assez bonnes choses sur la valeur de l'art médical, et où se trouvent, sur l'intervention de là Divinité dans la cure des maladies, des idées qui rappellent celle du bon ' Paré : je le pansât/, Dieu te guarit.

* ■ SUR LA FOLIE SENSORIALE, ' 3lS Il arrive quelquefois que, pendant longtemps, la voix, les inspirations, tout se tait. P. alors vit sur son passé. Mais il n'en est pas moins persuadé, pour cela, de la réalité de ses fausses perceptions, et il attend tranquillement qu'elles recommencent, bien convaincu qu'il ne saurait en être autrement, ïîn de ces intervalles a duré, sous mes yeux, douze à treize mois en- ; viron, et la foi du prophète n'en était en rien ébranlée.

Depuis uu ou deux ans, une cataracte s'est formée sur chaque œil. P. n'y voit presque plus, et il est obligé de faire écrire ses avertissements divins par un de ses compagnons de salle. La forme y perd, mais le fond reste le môme. P. se refuse néanmoins il toute opération sur ses globes oculaires. Dieu, dit-il, lui rendra la vue, quand il en sera temp3. J'ai essayé de porter vivement son attention sur la nécessité d'une opération chirurgicale, afin que, pendant le sommeil, quelque avertissement divin, reflétant cetfe excitation, lui enjoignît de se laisser opérer. Le résultat a été opposé à celui que je voulais obtenir. Dieu s'est opposé à l'opération. '

P. est, en ce moment, atteint de scorbut, c'est-àdire d'une maladie grave et essentiellement débilitante. Cela n'a rien changé a son état d'hallucination et de foi religieuse. Cela n'a pas non plus généralisé le délire. Il n'y a rien de plus, chez lui, que ce qui y a toujours existé, c'est-à-dire, de fausses perceptions de l'ouïe, et elles continuent ainsi depuis 23 ans. Celles

310 OBSERVATIONS SIR I.A FOME SKNSOfd ALE>

de Mahomet, à ne les prendre toutefois qn'îi sa sortie de la grotte du mont Hara, n'ont peut-ôtre pas duré aussi longtemps {!).

(i) Dans le mémoire qui suit sur les Analogies de la folie et de la raison, on aura à remarquer surtout celles qui sont relatives aux hallucinations chroniques ou à lafulie sensoriale. Les oh serval ion s qu'on vient de lire et celles qui leur ressemblent m'en ont fourni la première idée, et elles me firent émettre sur le Démon de Sacrale une Opinion qui, à l'époque où je l'énonçais, n'était presque qu'un pressentiment.

REMI. DES ANALOfi. DE LA FOUR ET DE LA RAISOK. 31 7

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