A VENUS VICTORIEUSE
Sur tes caps de porphyre et sur tes plages d'or, O reine, je menai jadis les priapées, Sculptant leur frise au ciel : bras nus, thyrses, épées, Dont l'orgueil des couchants divinisait l'essor !
Idole, je t'aimai. De ferveurs usurpées Je t'ai, cœur renégat, mal gardé le trésor, Mais, dans l'affre sacré des flûtes et du cor, Mes désirs ont connu l'émoi dont tu les paies.
Aux gibets de Lampsaque, un soir propre à tes jeux, Le bouc camard au front ceint d'un myrte outrageux Déterra pour ma soif la brune mandragore.
Et tes Pasiphaës au fatidique airain
Des mortiers ont broyé le philtre souverain
Dont, deux mille ans trop tard, le feu me brûle encore.