‹ Du désir aux destinéesChapitre 72 sur 91 · INTERMEZZO · texte numérisé non relu

INTERMEZZO

Oh! le soir, le soir, le soir...

Oh ! tes yeux, tes yeux, tes yeux.

Chanson arabe.

Vents marins, avez-vous comblé la place creuse Où dans les sables blonds du rivage si beau L'Amour a mesuré notre taille au tombeau, Dans le parfum du sel et la clarté nombreuse ?

Grève qui fut frappée à notre étreinte heureuse , 0 libre nuit sur nous flottant comme un drapeau ! Au moule tiède encor des fièvres de sa peau Quel fondeur jettera la médaille amoureuse ?

C'est là qu'au dernier soir je veux que Ton nous couche, Nous y viendrons dormir enlacés, bouche à bouche Et nus comme l'on est pour naître et pour aimer...

Hélas, au grand néant si près de m'abîmer. Je ne retrouverai pour le songe suprême. Ni la place d'amour, ni l'heure, ni toi-même.

Au fond de l'anse douce à ton nid fortuit, Entre le bris des flots au pied de la falaise Et le souffle adoré qui lentement s'apaise, Immobile, repose, amour, seul en la nuit.

Si seul. Attarde-la cette heure qui s'enfuit, Unique, bienheureuse, et sur sa lèvre baise Son silence enivré du secret qui lui pèse... Et chaque souffle meurt et chaque flot détruit.

Puissante est ta langueur, double rythme, mystère De la mer et la mort où plonge solitaire Mon esprit vagabond en attendant le jour ;

O Volupté sublime, ô Nuit religieuse, Tairez-vous donc jamais sous l'étoile oublieuse La plainte de l'abîme et celle de l'amour ?

Dans l'aurore marine et le bondissement Des rayons empourprés et de la vague blonde, Dans le galop tonnant des thyrses blancs de l'onde, Dans vos fêtes Lumière, Energie, Elément !

Tous nus — comme les Dieux et les bêtes — humant Vos coupes, soleil d'or, vents salés, eau profonde, Voix paniques riant à la beauté du monde, La nature nous roule en son embrassement !

Viens ! crions au-devant de la lame qui brise. Viens ! l'écume, âpre vin, d'éternité nous grise. L'horizon fait là-bas comme deux bras tendus ;

Nous sombrerons, joyeux, dans le matin sublime. Sûrs que les Firmaments réclament à l'abîme Nos astres fraternels sous les flots descendus !

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