BUT
4U1 . j'en ai fait 1Y\; .s ne pouvez 1
me tromper ni la tr Oui, mon Dieu, j
père que vous me conserverez votre grâce et t; ■i j'observe vos commandements, vous me 1
lans votre gloire. Oui, mon Dieu, je voua aime par-dessus tout, car vous n'avez pat cessé de me prouver votre amour.
Ensuite je dis le Pater et Y Ave en m'attachant i en bien pénétrer le sens et à m'appliquer l'adorable miséricorde qui pénètre ces versets. Enfin je méditai le Credo. Puis je m'écriai : — O Mère de mon Dieu, je me remets tout entier entre vos mains et je vous donne mon âme. Daignez la présenter à votre Fils...
Alors, ayant tracé sur moi le signe de la croix, j m'endormis d'un sommeil paisible, tel que je ne l'avais pas connu depuis bien des jours.
Douceur ineffable de la Grâce, lorsqu'elle rentre, en ondes radieuses, dans l'âme qui croyait l'avoir perdue.
C'est d'abord comme un Angélus qui tint* lentement sur la campagne par une aube un peu brumeuse de la fin d'avril. On sent qu'il va faire beau* car on devine le ciel bleu par-dessus les vapeurs diaphanes qui flottent sur les pommiers chargés de délicates floraisons. La cloche épand ses notes assourdies à travers les volutes neigeuses du brouillard que nuancent des clartés roses. Tout est calme, recueillement, attente émue de la pleine lumière.
Puis la Grâce se fait plus éclatante. VAngelus
•'est tu : la nature prie. Et c'est alors le lever du
soleil qui monte rapidement de l'horizon et
ouvre de sa gloire les jeunes verdures. Il as-
pire la brume, il chasse les fantômes de la nuit qui se traînaient encore dans les coins d'ombre, tandis que de larges souffles chargés du parfum des violettes, font frémir les frondaisons légères des peupliers et des bouleaux. Tout être tressaille à l'unisson ; et l'hymne du printemps s'épanouit dans l'air frais du matin... Ainsi de l'âme pénitente à qui la Grâce prodigue ses mystérieuses splendeurs.
Qu'il eut raison le Père Lacordaire quand il dit dans le passage de ses Mémoires où il parle des effets de la Grâce : « Les deux grands biens de notre nature, la vérité et la béatitude font irruption ensemble au centre de notre être, s'y engendrant l'un l'autre, s'y soutenant l'un par l'autre, lui formant comme un arc-en-ciel qui teint de ses couleurs toutes nos pensées, tous nos sentiments, toutes nos vertus, tous nos tctes enfin, jusqu'à celui de notre mort qui l'empreint, au loin, des rayons de l'éternité.Tout chrétien connaît plus ou moins cet état ; mais il n'est jamais plus vif et plus saisissant qu'en un jour de conversion. Et c'est pourquoi l'on pourrait dire de l'incroyance, lorsqu'elle est raincue, ce qui a été dit du péché originel : i Félix culpa, heureuse faute ! »
O sainte Eglise catholique, dispensatrice des
Hifrronit t>Vwi coNVKRSiow
ilu Bon Dieu, que tu es aiîmirnMe quand tu recueilles, en toute mansuétude, l'enfant prodigue qui, dompté par la Grâce, vient se prosterner dm autels...
Telles étaient mes pensées pendant que, sous les auspices de l'abbé M... à qui je rendais quotidiennement visite, je me préparais au sacrement de Pénitence. Je ne saurais exprimer à quel point je me trouvais dans un parfait équilibre de toutes mes fonctions. Non seulement mon cœur battaitàl'aise,maisles associations d'idées se faisaient si nettes dans mon cerveau que je pouvais les enregistrer, avec tous leurs détails, dans ma mémoire. Je m'assimilais aussi, avec une facilité extraordinaire,ies enseignements du catéchisme — ce livre d'une si étonnante profondeur pour qui reçut le don de le comprendre. Puis j'assistais aux offices ; j'y priais de mon mieux et j'y méditais les beautés de la liturgie. Et plus j'avançais dans la voie lumineuse, plus la foi poussait de solides racines au tréfonds de mon être. Je la sentais s'épanouir en moi comme un chêne vigoureux que les tempêtes peuvent assaillir mais non renverser.
Pour fuir les bruits de la ville et son agitation fiévreuse, j'avais repris mes habitudes de l'été précédent. Je passais la plus grande partie de
mon temps dans l'un de ces beaux jardins publics qui empêchent Paris de devenir tout à fait une sentine funeste aux corps comme aux âmes. J'y récupérais un peu de ma chère solitude.
Mais que ma disposition d'esprit diflérait de ce qu'elle avait été naguère. En juin, je ne savais pas encore au juste où j'allais, je vacillais, indécis, entre mon bon ange et le démon. En octobre, au contraire, assuré de ma rédemption, éclairé, soutenu par l'Abbé M..., je vivais une vie intérieure toute de ravissements et d'adoration.
Enfin, le jour arriva où l'abbé M... m'annonça qu'il méjugeait suffisamment instruit pour que je fisse ma confession générale.
— Vous viendrez dans ma cellule à l'heure habituelle, me dit-il. Auparavant, examinezvous à fond et tâchez d'établir aussi exactement que possible le bilan de vos fautes. Et surtout, écartez toute crainte de n'être point pardonné qui tendrait à vous décourager ; car ce n'est là qu'une tentation diabolique contre laquelle je vous ai déjà mis en garde.
— Je n'éprouve plus rien de tel, lui répondisse. Je n'ai plus qu'un grand désir de me délivrer du poids qui pèse sur mes épaules et de recevoir la sainte Eucharistie.
^E COXVEflSlO* 191
De fait, à aucune des étapes de ma conversion, le M ne m'avait pareillem< • en re-
pos On eut dit que me sentant bien gardé, il renonçait à me chercher noise. Comme toutes ses ruses se résument en ceci qu'il voudrait nous empêcher de prier, il est tout naturel qu'il demeure impuissant contre celui qui ne cesse de lui opposer un bouclier d'oraisons. Or il n'est pas exagéré de dire qu'à cette époque, je passais rarement plus dune heure sans prier, et que je lis de longues stations dans les églises où, à l'abri du Saint-Sacrement, j'élevais mon âme vers Dieu.
Ainsi prémuni, pour me préparer à ma confession, j'allai, dès une heure de l'après-midi, au parc Montsouris. Je m'y installai sur un banc, près du lac où voguent des flottilles de canards multicolores. L'atmosphère était d'une tiédeur exquise. De minces nuées, chatoyantes comme des gorges de tourterelles, passaient dans le riel pâle où luisait un doux soleil d'arrière saison. L'automne commençait à dorer les feuillages. En face de moi, s'élevait un saulepleureur qui trempait sa chevelure harmonieuse dans l'eau limpide. Aux intervalles de ma méditation, j'admirais sa souplesse et l'élégance de *es (ormes. Et — fiction qu'on voudra bien me
pardonner — je m'imaginais que mon ange gardien battait des ailes à travers ses ramures ondoyantes.
J'avais pris avec moi une Concordance des Evangiles que l'abbé M... m'avait donnée et mon catéchisme. Tantôt j'étudiais, dans ce petit livre, les raisons qui expliquent à quel point le sacrement de pénitence constitue un acte d'une portée si divine et si humaine à la fois. Tantôt je recensais mes péchés : et alors, si leur nombre et leur gravité m'effrayaient très tort, je me rassurais à la pensée que j'allais bientôt me débarrasser de ces souillures, et qu'ils me seraient remis non pas tant à cause de mes remords que par la charité miraculeuse de Notre- Seigneur Jésus-Christ.
Puis je lisais les chapitres du Saint-Livre qui retracent la Passion, qui peignent le Jardin des Olives, les Juges iniques, les Juifs acharnés, la voie douloureuse, le crucifiement, le partage de la robe, l'éponge imbibée de vinaigre, les outrages de la plèbe, jusqu'au cri qui fit treuil le ciel, la terre et les enfers et qui annonçait que l'univers coupable entrait dans le règne de la •c : « Tout est consommé ! »
Surtout, assistant, par la foi, au supplies w Agneau, je mettais mes bras autour du gibet
HISTOIRE D'i.NE 00 VJô
où le bon Larron fut garrotté. Et je m'écriais 0 lui : « Seigneur, soum m /-vous de moi dans TOtre Royaume... »
Puis, brisant un juste retour sur moi-ni j'ajoutais : — Mon bon Sauveur, je sais que vous avez voulu toutes ces ignominies et toutes ces tortures pour me racheter de la servitude du péché. Qu'est-ce le peu que j'endurai au regard des souffrances que Vous, la plus innocente des victimes, vous avez acceptées par amour pour moi? Comment pourrais-je reconnaître ce sacrifice? Mais j'ai confiance en Vous et je Vous aime. Ayez pitié de moi, Seigneur Jésus ; médecin des âmes, guérissez-moi de la lèpre qui ronge, depuis si longtemps, mon esprit et mes •ens. N'oubliez pas que Votre Mère auguste a daigné intercéder pour le pauvre caillou brisé 4ue je suis...
Me disant ces choses et bien d'autres analogues, je me sentais pénétré d'une contrition toute salutaire. C'était un mélange de honte à cause de mes fautes et de regret poignant parce que j'avais contribué, pendant tant d'années, à remettre en croix l'Agneau rédempteur. — Et cependant l'espoir de ma purification prochaine lénifiait l'amertume de mon repentir.
L'après-midi passa de la sorte. Quand vin»
l'heure d'aller au presbytère, je me trouvai for* tifié d'une décision souveraine. Ce fut sans nulle hésitation que je marchais vers la confession.
Dès que je fus entré dans la cellule de l'abbé M..., ce bon père s'informa d'abord de mes dispositions. Je lui dis que je n'éprouvais que cet unique désir : me libérer du péché
Il me fit agenouiller sur un prie-Dieu, devant un crucifix. Puis, après les prières sacramentelles, je récitai le confiteor et je commençai l'étalage de mes fautes...
Et alors, comment exprimer cela — les mots ont peur comme des poules, disait Verlaine — à mesure que j'avouais mes fautes, il me semblait que Notre-Seigneur, lui-même, était là. Il me semblait que, d'une main caressante et impérieuse à la fois, il cueillait mes péchés dans mon âme et les éparpillait en poussière devant «es pieds adorables. En même temps, je sentais ma pauvre âme, toute ployée sous le faix du mal, se redresser peu à peu, reprendre enfin sa rectitude, puis s'épanouir en des flots d'amour et de reconnaissance.
Quand j'eus fini, quand l'abbé M... eut prononcé, sur ma tête inclinée, la sublime formule de l'absolution, je me relevai. Il m'ouvrit les -i et je m'y précipitai tout en pleurs.
Certes, nous étions aussi émus l'un que Tautre. Car si je mettais dans cette accolade toute ma gralitude pour lui qui m'avait été tellement auxiliateur, lui rendait grâces au Seigneur de l'avoir désigné pour guider, vers le bercail de l'Unique Pasteur, la brebis rebelle qui s'en était enfuie depuis son baptême.
Nous causâmes ensuite quelques minutes.
Puis, comme d'autres soins le sollicitaient, je me retirai après qu'il m'eut recommandé de me trouver le lendemain, à la première heure, à Saint-Sulpice pour communier.
Dans la rue, je marchais tout allègre. Je me disais : — Je suis pardonné, je suis pardonné, quel bonheur 1... Cent alléluia me chantaient dans le cœur et il me semblait que j'avais rajeuni de dix ans.
Je me souvins alors d'une page d'En Route où cette sensation de délivrance est on ne peut mieux notée. — Durtal s'éperd en remords de ses péchés et le Prieur de la Trappe lui dit : « La croix, qui était faite de tous les péchés du monde, pesait d'un tel poids que les genoux de Jésus fléchirent et qu'il tomba. Un homme de Cyrène passait là qui aida Notre-Seigneur à la porter. Vous, en détestant vos péchés, vous avez allégé cette croix du fardeau de vos fautes et
i'JB DU DIABLE À DIEU
Tayant rendue moins pesante, vous avez ainsi permis à Notre-Seigneur de la soulever... »
Et moi aussi, pensai-je, Notre-Seigneur m'a permis de l'aider à porter sa croix. Gloire à Lui!...
Le lendemain matin, je me réveillai vers quatre heures. Je me préparai à la communion par la lecture de l'Evangile où il est raconté comment Notre-Seigneur institua la Sainte- Cène. Puis je priai Dieu de m'octroyer la faveur de recevoir sa chair et son sang avec l'humilité nécessaire.
Quand je sortis pour me rendre à Saint-Sulpice, j'éprouvais une joie paisible à l'idée que, dans quelques minutes, l'œuvre de ma rédemption serait tout à fait accomplie et j'admirais à quel point tous les obstacles s'étaient aplanis depuis que je m'étais mis sous la direction de l'abbé M.
Entré dans l'église, j'allai à la chapelle du Sacré-Cœur où ce bon père dit, tous les jours, la messe de six heures et demie. Il y avait fort peu de inonde : quelques femmes du peuple, deux ou trois religieuses, un seul homme en plus du pauvre moi. Je m'agenouillai près d'eux et j'ouvris mon âme au Seigneur, le suppliant d'y entrer quoi qu'elle fût si imparfaite.
HISTOIKK \
A mesure que le moment de la communion approchait je DM sentis soulevé par un de ces Il d'adoration q -nt l'âme, j»;inni des
orules de lumièi ure, jusqu'aux pieds du
Trône divin. Je balbutiais : — O mon Dieu, je ne suis pas digne, mais venez en moi pour que je vous possède.
Et dans mon âme rénovée ne d'aflîuer les splendeurs de la Grâce. Au^ lorsque je quittai ma chaise j'étais si pénétré de cette clarté indicible qu'il me semblait que mon être entier était pareil à une blanche flamme qui montait joyeusement se perdre dans le ciel.
Me fais-je comprendre? Cet état n'ayant rien de terrestre, il est à peu près impossible de l'analyser. Ce que je puis dire, c'est que ni les plaisirs des sens les plus raffinés ni même le» ivresses cérébrales que procurent l'art et la poésie n'approchent de cette extase où l'âme, qui t'unit à Dieu, se fond tout entière.
L'abbé M... me communia. Je regagnai ma place ; et tandis que je récitais mon action de grâces, je savourais pleinement la paix radieuse qui régnait eu moi. Ah 1 que ne peut-on an le temps à cette heure solennelle de quiétude et d'innocence. Pourquoi faut-il que le monda re-
W wr diible k pieu
vienne vous obséder de ses bas appétits et de sps viles rumeurs?...
Pendant la journée qui suivit, je vécus dans •ine sorte de rêve lumineux. Toutes mes pensées se tournaient vers le Seigneur ; toutes les choses me semblaient avoir revêtu un aspect de fête. A la lettre, je voyais l'univers avec des yeux nouveaux.
Sainte Eucharistie, qu'ils sont à plaindre les ignorants et les égarés qui méconnaissent vos vertus I Pour moi, je sais que vous êtes la source de tout bien, la fontaine d'espoir et d'énergie où, aux jours de tristesse et de découragement, l'âme puise le réconfort et la joie. Faites, ô mon Dieu, que je ne l'oublie jamais. Gardez-moi digne d'approcher toujours de votre Sainte-Table dans les mêmes sentiments où je me trouvai ce jour de ma première coramuaiou.
Pendant les trois semaines que je demeurai à Paris après ma première communion, la règle d'existence que je m'étais tracée dès mon retour continua. Je rendais de fréquentes visites à l'abbé M... et je mettais de mon mieux en pratique les avis pleins de sagesse qu'il me prodiguait. Fortifié par ses conseils, j'éprouvais une grande satisfaction à les suivre. Obéir m'était devenu facile à moi le révolté de naguère. Puis je goûtais intensément la sérénité joyeuse qui, pour la première fois de ma vie, me comblait l'âme.
Je faisais un retour sur mes angoisses passées et je me disais : — Si tous ceux qui enent irrésolus, désorbités, bourrelés d'incertitudes pouvaient savoir la paix intérieure qu'on acquiert nd on se réfugie dans les bras charitables
200 DC DIABLE k LIEU
de l'Eglise. S'ils rompaient les mailles du filet d'orgueil qui les enlace, ils connaîtraient la joie de s'humilier devant le Crucifix rédempteur...
Je m'approchais souvent de la Sainte-Table ; chaque communion me rendait l'âme encore plus tranquille et plus pénétrée de la miséricorde divine. Enfin, mêlant logé près de Notre-Dame, je ne manquais pas d'aller y entendre, tous les matins, la messe de sept heures.
Il faisait encore presque nuit lorsque j'entrais dans la basilique ; il y régnait une obscurité que coupaient faiblement la clarté mince de quelques cierges votifs et la lueur tremblante de la lampe qui veille devant le Saint-Sacrement. La messe était dite par un vieux prêtre dans la chapelle où l'on voit le tombeau de Monseigneur Darboy surmonté d'une statue de Saint-Georges terrassant le Démon. Je me plaçais contre un pilier qui fait face à l'autel et je m'unissais, de tout mon cœur, au Saint-Sacrifice. Que c'était bon de prier dans cette ombre recueillie. Que les entretiens avec Dieu y étaient féconds en grâces sanctifiantes.
Dans le grand silence de la cathédrale, presque déserte à cette heure, c'est à peine si l'on entendait parfois un pas résonner sur les darrcs tl tinter les sonneries liturgiques. Puis tout se
histoire d'u.ne 00 201
taisait : il n'y avait plus que la voix grave de l'officiant et le cliquetis des chapL-lets égrenés par quelques servantes du quartier veniu-s j:our i Dieu de les assister dans leur labeur.
J'ai connu là des ravissements si adorables,
je m y suis senti tellement détaché de moi-même,
nient transporté aux sommets de la foi que
le souvenir de ces messes matinales ne cesse de
m'illuminer la mémoire...
Dès que 17/e missa est s'était envolé, alouette de la Grâce, vers le ciel, j'allais m'agenouiller devant la statue de la Sainte-Vierge dont j'ai parlé plus haut. Je récitais une dizaine puis je causais paisiblement avec la Bonne Dame. Elle est si tendrement accueillante cette douce Reine des Anges. Quand on souffre du corps ou de l'esprit, il est si consolant de poser son Iront fiévreux sur ses genoux et de l'implorer pour qu'elle vous soulage. Alors, on sent ses mains radieuses vous caresser l'âme et on l'en- • end qui vous dit tout bas : — Pourquoi t'affli- ? Est-ce que je ne suis pas là pour t'enlever les peines?...
Mais ce n'était pas seulement afin de la solliciter que je m'attardais de la sorte auprès d'Elle. C'était surtout pour l'exaUer, pour répéter, avec
une entière ferveur, ses litanies, pour respirer le parfum spirituel qui s'en dégage. Tandis que je murmurais ses louanges, il s'ébauchait en moi des strophes à sa gloire. Sorti de l'église, je les notais aussitôt ; et mon bon ange aidant je les fixerai, quelque jour, dans un poème...
Mes journées, je les passais soit au Parc Montsouris, soit au Jardin des Plantes, soit dans ce petit square qui fait la proue de navire au bas du Pont-Neuf. Tout en admirant les splendeur» défaillantes de l'automne, tout en regardant mes frères les arbres semer autour d'eux des feuilles d'or, je méditais l'Evangile et l'Imitation de Jésus-Christ. C'étaient mes seules lectures avec celle de mon paroissien. Car on ne saurait se figurer à quel point les choses littéraires m'étaient devenues lointaines.
L'Evangile, c'est la nourriture essentielle du chrétien, celle dont on ne saurait trop se sustenter. Je l'avais si bien compris que depuis lors, je n'ai guère manqué d'en relire quotidiennement deux ou trois chapitres.
Limitation, c'est une essence de prières. On pourrait la comparer aussi à un outil indispensable pour sarcler le champ de notre âme lorsque les faux jardiniers qui s'appellent Orgueil et Luxure tentent d'y cultiver de mauvaise!
IKK I» l I
herbes ou d r des floraisons
I puis q Cacc tue l'aut unnu de
I livre qu'où n'a qu'a ou >que au :
tard, lorsqu'on ne voit pas tris clair en soi, \n uver le ooni
— Dans limitation, mu disait l'abl sent passer le souffle du Saint-Esprit...
aaut que je m'occupais de la sorte, Yiûè* me vint l'histoii . conversion,
tôt elle s'imposa si despotique que je c. plaire au Bon Dieu en la mettant a exécution. Je consultai l'abbé M... qui approuva fort mon projet. Je lui dis alors combien il me lemblait indiqué d'aller rédiger cette œuvre de réparation dans la solitude. Il en tomba d'accord, de sorte que, deux jours plus tard, après avoir communié encore une fois de sa main, je partis pour Arbonne.
Comme on n'en doute pas, la première chose que je lis, en arrivant, ce fut de monter à Cornebiche. Tout heureux de revoir ma chère forêt que novembre habillait de pourpre et d'or, je gravis la colline et j'allai me mettre aux pieds de Notre Dame de Grâce pour la remercier de l'aide qu'elle m'avait départie et pour la supplier de m'être auxiliatrice dans mon travail.
Je récitai, de tout cœur le Salve Regina. A peine avais-je fini qu'une oraison jaillit en moi ti nette que je pus la noter tout de suite.
La voici :